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READ-E-BOOK » Научная фантастика » La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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— Le pouvoir, répondit Delagard. L’autorité. Nous voulons exercer notre domination sur Hydros. Nous avons vécu trop longtemps sur cette planète comme de misérables et pitoyables réfugiés. Le moment est venu de faire ramper les Gillies à nos pieds ! J’aimerais fonder sur la Face une colonie vingt fois, cinquante fois plus importante que n’importe quelle île Gillie et y développer une communauté digne de ce nom, de cinq mille, dix mille personnes. Bâtir un astroport et établir des relations commerciales avec toutes les planètes habitées par des humains dans cette foutue galaxie. Commencer à vivre comme de vrais êtres humains au lieu de continuer à mener cette existence misérable dans une humidité permanente, à bouffer des algues et à nous laisser ballotter sur l’océan comme nous le faisons depuis cent cinquante ans.

— Et vous dites cela avec un tel calme. Vous paraissez si raisonnable.

— Vous croyez que je suis fou ?

— Peut-être, je ne sais pas. Mais ce que je crois, c’est que vous êtes un salopard à l’égoïsme monstrueux. Oser nous prendre tous en otage comme vous le faites pour réaliser vos projets chimériques ! Si Grayvard refusait de tous nous accueillir, vous auriez pu débarquer un petit groupe d’entre nous dans cinq ou six îles différentes.

— C’est vous-même qui avez dit qu’il n’en était pas question. L’auriez-vous oublié ?

— Vous croyez que la situation actuelle est préférable ? Entraîner tout le monde avec vous dans cette folie ? Mettre toutes nos vies en péril pour vous permettre de poursuivre votre utopie ?

— Oui, c’est préférable.

— Vous êtes un fieffé salaud, un salaud fini ! Oui, vous êtes fou !

— Non, dit Delagard, je ne suis pas fou. Cela fait des années que je mets ce projet au point. J’ai passé la moitié de ma vie à y réfléchir. J’ai longuement questionné Jolly et j’ai acquis la conviction qu’il avait bien fait le voyage qu’il prétendait avoir fait et que la Face est bien telle qu’il la décrivait. Cela fait des années que je projette d’y envoyer une expédition. Gospo était au courant. Nous devions partir ensemble, bientôt, dans moins de cinq ans. En nous chassant de Sorve, les Gillies m’ont fourni un excellent prétexte et, quand j’ai vu que les autres îles refusaient de nous accueillir, je me suis dit : c’est le moment, c’est l’occasion. Ne la laisse pas passer, Nid. Et voilà.

— Vous aviez donc l’intention, depuis le départ de Sorve, de nous conduire ici ?

— Oui.

— Et vous n’en avez même pas parlé à vos capitaines ?

— Seulement à Gospo.

— Qui a trouvé l’idée géniale ?

— Absolument, dit Delagard. Il m’a soutenu dès le début. Le père Quillan aussi, quand je l’ai mis au courant. Il me soutient sans réserve.

— Bien sûr. Plus quelque chose est farfelu, plus cela lui plaît. Plus il peut s’éloigner de la civilisation, plus il se sent à l’aise. Pour lui, la Face, c’est la Terre promise. Quand nous serons installés dans votre pays de cocagne, il pourra fonder une Église dont il sera le grand-prêtre, le cardinal, le pape, que sais-je ? Et pendant ce temps, vous, Nid, vous bâtirez votre empire. Et tout le monde sera content.

— Vous avez tout compris.

— Alors, la question est réglée. Nous venons d’atteindre la Mer Vide et nous nous y engageons sans hésiter.

— Ça ne vous plaît pas, doc ? Vous voulez quitter le navire ? Allez-y, ne vous gênez pas. Que vous le vouliez ou non, nous allons continuer.

— Et vos capitaines ? Vous croyez qu’ils vont vous suivre quand ils connaîtront votre véritable destination ?

— Et comment ! Ils vont où je leur dis d’aller. Ils l’ont toujours fait et il n’y a aucune raison que cela change. Si jamais elles commencent à soupçonner la vérité, les Sœurs refuseront peut-être de nous suivre, mais quelle importance ? À quoi sert cette bande de cinglées ? Elles ne seront bonnes qu’à nous créer des ennuis quand nous arriverons à la Face. Mais Stayvol me suivra partout où je lui dirai d’aller. Bamber et Martin aussi. Et ce pauvre Damis aurait fait pareil. Cap sur la Face ! Et pas d’hésitation. Nous y arriverons, nous en ferons l’endroit le plus florissant, le plus riche qu’il y ait jamais eu à la surface de cette foutue planète et nous y coulerons des jours heureux jusqu’à la fin des temps. Nous réussirons, faites-moi confiance ! Encore un petit verre, doc ? Oui ? Oui, je pense que vous en avez envie. Voilà, bien servi. Vous donnez l’impression d’en avoir besoin.

Accoudé au bastingage, abîmé dans la contemplation extatique d’un vide qui semblait encore plus vide que les étendues désertes qu’ils venaient de traverser, le père Quillan paraissait être dans une phase de haute spiritualité. Il avait le teint vif et les yeux étincelants.

— En effet, dit-il, j’ai bien conseillé à Delagard d’entreprendre la traversée jusqu’à la Face des Eaux.

— C’était quand ? Avant notre départ de Sorve ?

— Non, nous étions déjà en mer. C’était peu après la disparition de Gospo Struvin. La mort de Struvin fut un coup très dur pour Delagard. Il est venu me voir et il m’a dit : « Mon père, je n’ai pas de religion, mais j’ai besoin de parler à quelqu’un et vous êtes le seul en qui j’aie confiance. Vous pourrez peut-être m’aider. » Et il m’a parlé de la Face. Il m’en a fait la description et m’a expliqué pourquoi il voulait y aller. Il m’a parlé du projet qu’il avait mûri avec Struvin et m’a dit qu’il ne savait plus quoi faire, maintenant que Gospo était mort. Il voulait toujours faire route vers la Face, mais il n’était pas sûr de parvenir au terme du voyage. Nous avons longuement parlé de la Face des Eaux. Il m’a expliqué sa nature en détail, d’après les récits que lui en avait fait le vieux marin. Quand il m’eut raconté toute l’histoire, je l’encourageai à réaliser son projet, même sans l’aide de Gospo. J’en avais compris toute la portée et je lui dis qu’il était le seul homme de toute la planète à pouvoir réussir. Je lui dis que rien ne devrait faire obstacle à son dessein. Je lui dis : « Conduisez-nous vers ce paradis, vers cette île encore vierge où nous prendrons un nouveau départ. » Il a donc dérouté le convoi et nous avons mis le cap au sud.

— Mais qu’est-ce qui vous fait croire, demanda précautionneusement Lawler, que nous réussirons à prendre un nouveau départ sur cette île inexploitée vers laquelle vous nous conduisez tous les deux ? Nous ne sommes qu’une poignée d’êtres humains qui vont s’établir dans un lieu inculte et inexploré dont nous ignorons absolument tout.

— C’est parce que j’ai la conviction que la Face est littéralement un paradis, déclara Quillan d’une voix calme et posée, mais assez dure pour graver ses paroles sur une plaque de métal. Je crois que c’est l’Éden. Littéralement.

— Vous parlez sérieusement ? demanda Lawler en écarquillant les yeux. Vous voulez dire l’Éden où Adam et Ève ont vécu ?

— Oui, l’Éden, le vrai. L’Éden se trouve dans les lieux qui n’ont pas été souillés par le péché originel.

— C’est donc vous qui avez mis dans la tête de Delagard que la Face était un paradis ? J’aurais dû m’en douter. Et, je suppose que vous croyez aussi que c’est là que Dieu vit. Ou bien n’est-ce pour Lui qu’une résidence secondaire ?

— Je ne sais pas. Mais j’aime à penser qu’Il y vit. Il est toujours là où se trouve le paradis.

— Bien sûr, dit Lawler. Le Créateur de l’univers vit précisément ici, sur Hydros, sur une gigantesque île marécageuse couverte d’un tapis d’algues. Ne me faites pas rire, mon père. Je ne suis même pas sûr que vous croyiez en Dieu. Et je pense que, la moitié du temps, vous n’en êtes pas sûr non plus.

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