La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
— La moitié du temps, je n’en suis pas sûr, dit le prêtre.
— Quand vous avez vos moments de vide.
— Oui. Pendant ces périodes où j’ai la conviction intime que toute notre évolution depuis le stade des animaux inférieurs n’a pas de finalité. Quand je pense que tout l’interminable processus menant, sur la Terre, de l’amibe à l’espèce humaine et, sur d’autres planètes, d’un micro-organisme quelconque à un être conscient, est aussi automatique que la rotation d’une planète autour de son soleil et tout aussi vide de sens. Quand je pense que rien n’a donné cette impulsion. Que ce mouvement ne se poursuit que parce qu’il est dans sa nature de le faire.
— C’est ce que vous croyez la moitié du temps.
— Pas la moitié du temps, mais parfois. La plupart du temps, non.
— Et quand vous ne croyez pas cela, que croyez-vous ?
— Je crois qu’il y a eu un Créateur qui a tout mis en mouvement pour des raisons qui ne nous seront peut-être jamais connues. Et qui continue de tout animer par amour pour Ses créatures. Car Dieu est amour, comme l’a dit Jésus, dans cette partie de la Bible que vous n’avez pas lue. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour. Dieu est un lien, Dieu est la fin de la solitude, la communion ultime. Celui qui, un jour, aussi indignes que nous fussions, nous recevra tous dans Son sein où nous vivrons dans la gloire éternelle, libérés de tous les maux.
— C’est cela que vous croyez la plupart du temps ?
— Oui. Et vous, pouvez-vous le croire ?
— Non, répondit Lawler. J’aimerais, mais je ne peux pas.
— Vous pensez donc qu’il n’y a pas de finalité ?
— Pas exactement. Mais je pense que nous ne saurons jamais quelle est la finalité. Ou qui elle sert. Certains événements se produisent, comme la disparition en pleine nuit du Soleil Doré, et nous n’en découvrons pas toujours le pourquoi. Et quand nous mourrons, il n’y aura pas de sein dans lequel Dieu nous recevra, pas de gloire éternelle. Il n’y aura rien.
— Ah ! mon pauvre ami ! dit Quillan en hochant la tête. Vous passez tous vos jours dans l’état d’esprit qui est le mien dans mes moments de désespoir absolu.
— C’est possible. Mais je réussis à le supporter.
Lawler plissa les yeux pour se protéger de la réverbération du soleil sur la surface de la mer et tourna la tête vers la proue, comme s’il s’attendait d’un instant à l’autre à voir se profiler au sud-ouest la masse sombre d’une grande île. Il avait des élancements dans la tête. Il avait envie de quelques gouttes d’extrait d’herbe tranquille pour chasser cette douleur.
— Je prie pour que vous réussissiez bientôt à vous décharger de vos maux.
— Je vois, dit Lawler d’un air sombre.
— Vous voyez ? Vous voyez vraiment ?
— Ce que je vois, c’est que, dans votre quête avide du paradis, vous n’avez pas hésité à tous nous trahir au profit de Delagard.
— Je vous trouve très dur, dit Quillan.
— Oui, je suppose que vous êtes dans le vrai. Pardonnez-moi. À votre avis, je n’ai bien sûr aucune raison d’être furieux.
— Mon enfant…
— Je ne suis pas votre enfant !
— Vous êtes Son enfant, au moins.
Lawler soupira. Delagard, Quillan : ils étaient aussi cinglés l’un que l’autre. L’un dans sa quête de rédemption, l’autre dans sa conquête du monde, ils étaient prêts à tout.
Quillan posa une main bienveillante sur celle de Lawler et sourit.
— Dieu vous aime, dit-il d’une voix douce. Il vous accordera Sa grâce, n’ayez crainte.
— Dis-moi tout ce que tu sais sur la Face des Eaux, demanda Lawler à Sundira. Tout.
— Je ne sais pas grand-chose, dit-elle. Tout ce que je sais, c’est qu’il s’agit d’une sorte d’île gigantesque, ou de quelque chose qui ressemble à une île, mais qui est infiniment plus grand que toutes les îles connues et habitées. C’est une énorme étendue de terre ancrée d’une manière durable dans les eaux et qui couvre des milliers d’hectares.
— Je sais déjà tout cela. Mais as-tu appris autre chose sur la Face dans toutes les conversations que tu as eues avec les Gillies ? Pardon, les Habitants.
— Ils n’aimaient pas en parler. Sauf un seul, une femelle que j’ai connue à Simbalimak. Elle a accepté de répondre à quelques-unes de mes questions.
— Et alors ?
— Elle m’a dit que c’était le lieu interdit, le lieu où personne ne doit aller.
— C’est tout ? Donne-moi des détails.
— Tout cela est assez confus.
— J’imagine. Raconte-moi, Sundira, je t’en prie.
— Elle est restée assez énigmatique. Délibérément, à ce qu’il m’a semblé. Mais j’ai eu l’impression que, pour elle, la Face n’était pas seulement un lieu tabou, ou sacré, et donc à éviter, mais qu’elle était littéralement inhabitable… physiquement dangereuse. « C’est la fontaine de la création », m’a-t-elle dit. Les Habitants disent d’un mort qu’il est retourné à la source. Et cette femelle m’a dit que lorsqu’un des siens mourait, l’expression qu’ils employaient était : « Il a gagné la Face. » J’ai eu l’impression d’un lieu bouillonnant d’énergie, de quelque chose de violent, d’ardent et de très, très puissant. Comme si une réaction nucléaire permanente y avait lieu.
— Bon Dieu ! dit Lawler d’une voix blanche.
Malgré la chaleur moite qui régnait dans la petite cabine, il sentit un frisson remonter le long de ses jambes. Ses doigts étaient froids, eux aussi, et agités de mouvements convulsifs. Il se retourna pour prendre la bouteille d’extrait d’herbe tranquille et se versa une petite dose. Puis il interrogea Sundira du regard, mais elle secoua la tête.
— Violent, ardent et puissant, reprit-il. Une réaction nucléaire.
— Tu comprends bien que ce ne sont pas les termes qu’elle a employés. C’est moi qui ai interprété ses expressions vagues et probablement métaphoriques. Tu sais comme il est difficile de comprendre ce que les Habitants nous disent.
— Oui.
— Mais, pendant que nous parlions de tout cela, j’ai commencé à me demander si les Habitants ne s’y étaient pas livrés dans un passé lointain à une expérience, peut-être la construction d’une sorte de centrale nucléaire, qui aurait mal tourné. Comprends-moi bien, ce n’est qu’une hypothèse. Mais, en l’écoutant parler, j’ai remarqué qu’elle avait l’air très mal à l’aise. Elle ne cessait de se dérober quand je posais trop de questions, et j’ai compris qu’elle était persuadée qu’il y avait sur la Face quelque chose qu’il faut à tout prix éviter. Quelque chose à quoi elle ne voulait même pas penser et dont, à plus forte raison, elle ne voulait pas parler.
— Merde. Merde.
Lawler but son verre d’un trait et sentit presque aussitôt l’effet apaisant de la drogue.
— Un désert nucléaire. Une réaction en chaîne perpétuelle. Cela ne correspond guère à ce que Delagard et le père Quillan m’ont dit.
— Tu as parlé de la Face des Eaux avec eux ? Pourquoi vous intéressez-vous soudain tellement à la Face ?
— C’est le sujet de conversation en vogue.
— Sois gentil, Val, dis-moi ce qui se passe.
— Nous ne faisons plus route vers Grayvard depuis plusieurs jours, dit-il doucement après une brève hésitation. Nous sommes repassés au sud de l’équateur et nous voguons dans la Mer Vide.
Sundira le regarda d’un air ahuri.