La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
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Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
— Cela fait beaucoup de suppositions, dit Lawler.
Tharp releva la tête. Ses yeux, habituellement enfouis dans les plis lourds de ses paupières, étincelaient et étaient tout grands ouverts d’étonnement.
— La Mer Vide ?
— C’est bien ce qu’on dirait.
— Mais c’est de la folie !
— N’est-ce pas ? Voulez-vous, pendant un petit moment, faire comme si vous n’étiez au courant de rien ? D’accord, Dag ? Et maintenant, appelez-moi Martin Yanez.
— Pas Stayvol ? Votre premier appel est toujours pour Stayvol.
— Yanez, dit Lawler en s’efforçant de repousser l’image de Josc lui adressant un sourire confiant.
Dag tripota quelques boutons et la voix du radio des Trois Lunes leur parvint, déformée par les parasites. C’était une des filles Hain, Lawler ne savait plus laquelle. Quelques instants plus tard, il reconnut la voix grave et posée de Martin Yanez.
— Il n’y a rien à signaler, doc. Tout le monde est en bonne santé aujourd’hui.
— Ce n’est pas l’appel médical de routine, dit Lawler.
— Ah bon ? Vous n’avez pas eu de nouvelles du Soleil Doré, par hasard ?
La voix vibrante de Yanez traduisait une brusque excitation, une flambée d’espoir insensé.
— Non, dit doucement Lawler, rien du tout.
— Ah !
— Je voulais savoir ce que vous pensiez de notre changement de cap.
— Quel changement de cap ?
— Arrêtez vos conneries, Martin, s’il vous plaît !
— Depuis quand les questions de navigation concernent-elles le médecin ?
— Je vous ai dit d’arrêter vos conneries.
— Vous êtes devenu navigateur, doc ?
— Je suis concerné. Nous le sommes tous. C’est ma vie aussi qui est en jeu. Que se passe-t-il, Martin ? Votre soumission à Delagard est-elle si totale que vous refusez de me parler ?
— Vous avez l’air d’être dans tous vos états. Nous avons fait un petit détour vers le sud, et après ?
— Pourquoi avons-nous fait cela ?
— C’est à Delagard qu’il faut le demander.
— Lui avez-vous posé la question ?
— Ce n’est pas nécessaire. Je me contente de le suivre. S’il met le cap au sud, je fais la même chose.
— C’est à peu près ce que m’a dit Bamber. N’êtes-vous donc tous que des pantins dont il s’amuse à tirer les fils ? Bon Dieu, Martin, pourquoi ne faisons-nous plus route vers Grayvard ?
— Je vous l’ai dit : c’est à Delagard qu’il faut le demander.
— C’est bien ce que je compte faire. Mais je voulais d’abord savoir ce qu’éprouvent les autres capitaines à l’idée de s’engager dans la Mer Vide.
— C’est ce que nous faisons ? demanda Yanez sans se départir de son calme. Je croyais que nous faisions juste un petit détour vers le sud, pour une raison dont Delagard n’a pas jugé utile de nous parler. Autant que je sache, notre destination finale demeure Grayvard.
— Vous êtes sincère ?
— Si je vous réponds oui, me croirez-vous ?
— J’aimerais vous croire.
— C’est la vérité, doc. Sur la tête de ce frère que j’aimais, c’est la vérité. Delagard n’a jamais mentionné un changement de cap et pas plus moi que Bamber ou Poitin n’avons posé de question. Je suppose que les Sœurs ne se sont rendu compte de rien.
— Mais vous en avez quand même parlé avec Cadrell et Stayvol ?
— Bien sûr.
— Stayvol est très lié à Delagard et je n’ai guère confiance en lui. Qu’a-t-il dit ?
— Il est aussi perplexe que nous !
— Et vous le croyez sincère ?
— Oui. Mais qu’est-ce que cela change ? Tout le monde suit Delagard. Si vous voulez savoir ce qui se passe, il faudra le lui demander. Et, s’il vous donne une explication, tenez-moi au courant.
— Promis, dit Lawler.
— Voulez-vous que j’appelle Stayvol maintenant ? demanda Dag Tharp.
— Non. Je crois que je vais me passer de son avis aujourd’hui.
— Quelle merde ! dit Tharp en tirant nerveusement sur la peau flasque de son cou. Non, mais, quelle merde ! Vous croyez que c’est une conspiration ? Que tous les capitaines sont de mèche et qu’ils gardent le silence ?
— Je crois ce que m’a dit Martin Yanez. Quelle que soit la raison de ce changement de cap, Delagard a peut-être mis Stayvol au courant, mais il est probable que les deux autres ne savent rien.
— Et Damis Sawtelle ?
— Quoi, Damis ?
— Imaginons qu’il ait remarqué ce changement de cap et qu’il ait appelé Delagard pour lui demander des explications. Imaginons que Delagard lui ait répondu que ce n’étaient pas ses oignons et que Damis l’ait si mal pris qu’il a modifié la route de son navire en pleine nuit pour mettre tout seul le cap sur Grayvard. C’est une soupe au lait, Damis, vous savez. Il est peut-être en ce moment à cinq cents milles au nord et, pendant que nous essayons désespérément de le joindre, il garde volontairement le silence radio, parce qu’il a décidé de se séparer du reste de la flottille.
— C’est une théorie séduisante. Mais Pelagard est-il capable de faire fonctionner votre équipement radio ?
— Non, répondit Tharp. Autant que je sache, non.
— Alors, comment Damis aurait-il pu communiquer avec lui en dehors de votre présence ?
— Très juste.
— Il y a gros à parier que Sawtelle n’a pas décidé de faire cavalier seul. Le Soleil Doré gît par le fond avec Damis Sawtelle et tout son équipage. Un des habitants de cet océan a attaqué le navire pendant la nuit et l’a coulé rapidement et proprement, une créature très rusée, et il faut souhaiter que nous ne découvrions jamais ce que c’est. Il ne sert à rien de penser au Soleil Doré maintenant. Ce que nous devons savoir, c’est pourquoi nous faisons route vers le sud au lieu de continuer vers le nord.
— Vous allez parler à Delagard, docteur ?
— Je pense que c’est nécessaire, dit Lawler.
Delagard venait d’achever son quart. Il paraissait fatigué. Ses épaules carrées s’affaissaient vers l’avant, tout comme sa tête posée sur son cou de taureau. Il s’enfonçait dans l’écoutille et commençait à descendre l’escalier quand Lawler lui demanda de l’attendre.
— Qu’est-ce qu’il y a, doc ?
— Pouvons-nous parler ?
Les paupières de l’armateur s’abaissèrent fugitivement.
— Tout de suite ? demanda-t-il.
— Oui, ce serait préférable.
— D’accord. Suivez-moi.
La cabine de Delagard, au moins deux fois plus spacieuse que celle de Lawler, était encombrée de vêtements en désordre, de bouteilles d’alcool vides, de pièces d’accastillage diverses et même de quelques livres. Les livres étaient si rares sur Hydros que Lawler fut stupéfait de les voir éparpillés sur le plancher.
— Vous voulez boire quelque chose ?
— Merci, pas maintenant. Mais servez-vous, je vous en prie. Il y a un petit problème, Nid, poursuivit-il après un moment d’hésitation. Il semble que nous nous soyons accidentellement détournés de notre route.
— Allons donc ! fit Delagard sans manifester le moindre étonnement.
— Il semble que nous soyons repassés sous l’équateur. Que notre cap soit sud-sud-ouest au lieu de nord-nord-ouest. C’est un changement considérable par rapport à notre route initiale.
— Nous avons vraiment dévié tant que cela ? dit Delagard en simulant la surprise avec une insistance très lourde. Nous faisons complètement fausse route ?