La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
— Vous ne vous sentez pas bien, Onyos ? demanda Lawler.
— Vous ne vous sentirez pas bien non plus quand vous aurez entendu ce que j’ai à vous dire. Suivez-moi, docteur.
Felk prit une carte marine dans son casier du gaillard d’avant. Un petit globe vert dont le mécanisme était loin d’être aussi perfectionné que celui que Delagard gardait jalousement. Celui-ci devait être remonté à l’aide d’une clé de bois et les îles remises en position manuellement. Un jouet auprès de l’instrument sophistiqué de Delagard.
Après avoir passé quelques instants à mettre au point sa carte marine, Felk la tendit vers Lawler.
— Voilà, dit-il. Regardez bien ce que je vais vous montrer. Ici, vous avez Sorve et là-bas, tout là-haut, au nord-ouest, vous voyez Grayvard. Voici maintenant la route que nous avons suivie.
Les caractères figurant sur la carte étaient minuscules, un peu effacés et difficilement lisibles. Les îles étaient si proches les unes des autres que Lawler avait du mal à s’y retrouver, même quand il parvenait à déchiffrer les noms. Mais il suivit la ligne que le doigt de Felk traçait vers l’ouest autour du globe et, à mesure que le cartographe reconstituait leur voyage, Lawler commença à comprendre les symboles figurant sur la carte et à retrouver leur itinéraire.
— Voici l’endroit où nous étions quand le filet a emporté Struvin. Là, nous avons vu les Gillies en train de construire la nouvelle île. Voici l’endroit où nous sommes entrés dans la Mer Jaune et c’est là où nous nous trouvions quand les poissons-pilon nous ont attaqués la première fois. C’est là que nous avons rencontré la lame de fond qui nous a fait légèrement dévier, comme ceci. Vous me suivez, docteur ?
— Continuez.
— Voici la Mer Verte. C’est un peu plus loin que nous avons traversé les récifs coralliens et voilà maintenant les deux îles que nous avons longées, l’île des Gillies et celle qui, d’après Delagard, s’appelait Thetopal. C’est là que nous avons essuyé la tempête de trois jours qui a éparpillé la flottille et là que les poissons-taupe nous ont survolés. Dans ces parages, nous avons perdu le Soleil Doré.
Le doigt boudiné de Felk s’était déjà déplacé très loin sur le petit globe.
— Commencez-vous à remarquer quelque chose d’assez étrange, docteur ? demanda-t-il.
— Voulez-vous me montrer encore une fois où se trouve Grayvard ?
— Là-haut. Au nord-ouest de Sorve.
— Suis-je incapable de lire cette carte, ou bien y a-t-il une raison liée aux courants pour que nous fassions route plein ouest, le long de l’équateur, au lieu de remonter en diagonale vers le nord, dans la direction de Grayvard ?
— Nous ne faisons pas route plein ouest, dit Felk.
— Non ? dit Lawler en haussant les sourcils.
— La carte est très petite et il est difficile de distinguer les degrés de latitude quand on n’y est pas habitué. En réalité, non seulement notre cap est à l’ouest, mais nous avons viré au sud-ouest.
— Nous nous éloignons de Grayvard ?
— Oui, nous nous éloignons de Grayvard.
— Vous en êtes absolument certain ?
Une expression de colère difficilement contenue passa très fugitivement dans les petits yeux noirs de Felk.
— Supposons, pour la clarté de la discussion, que je sois capable de lire une carte marine, dit-il en contrôlant sa voix. D’accord, docteur ? Supposons aussi que tous les matins, je regarde où le soleil se lève sur l’horizon. Supposons encore que je me souvienne de l’endroit où il s’est levé la veille, l’avant-veille et la semaine d’avant, et que cela me permette d’évaluer, même approximativement, si notre cap est nord-ouest ou sud-ouest.
— Et nous avons fait route au sud-ouest pendant tout ce temps ?
— Non. Au début, nous avons mis le cap au nord-ouest. C’est dans les parages de la mer de corail que nous avons commencé à changer de cap et que nous sommes revenus dans des eaux tropicales en faisant route plein ouest, le long de l’équateur, et en nous éloignant jour après jour de la route prévue. Je savais que quelque chose n’allait pas, mais je ne me suis pleinement rendu compte de la situation que lorsque nous avons longé les deux îles. La seconde n’était absolument pas Thetopal. Non seulement la véritable île de Thetopal se trouve en ce moment dans des eaux tempérées, vers Grayvard, mais elle est ronde. Celle que nous avons vue était en forme de croissant, vous vous en souvenez ? L’île que nous avons longée s’appelait en réalité Hygala. Regardez, elle est là.
— Presque sur l’équateur.
— Exact. En suivant la route de Grayvard, nous aurions dû passer très au nord d’Hygala. En fait, nous l’avons laissée au nord. Et lorsque Delagard a fait le point après la tempête, il nous a fait virer beaucoup trop au sud. Nous nous trouvons maintenant légèrement au-dessous de l’équateur. Si vous connaissez un peu les étoiles, la position de la Croix d’Hydros dans le ciel le confirme clairement. Mais vous n’avez sans doute pas regardé. Depuis au moins une semaine, nous nous écartons exactement de quatre-vingt-dix degrés de ce que devrait être notre route. Voulez-vous voir où nous nous dirigeons, docteur, ou avez-vous déjà compris ?
— Dites-le-moi.
— Voici la direction vers laquelle nous faisons voile en ce moment, dit Felk en faisant tourner le globe. Vous remarquerez qu’il n’y a pas d’île dans ces parages.
— Nous cinglons vers la Mer Vide ?
— Nous y sommes déjà. Depuis notre départ, les îles ont été très espacées. Nous n’en avons vu que deux, plus celle qui était en construction, pendant tout le voyage et, depuis Hygala, il n’y en a pas eu une seule. Nous n’en verrons pas d’autres. La Mer Vide est vide parce que les courants n’y entraînent aucune île. Si nous avions suivi la route de Grayvard, nous serions là, beaucoup plus au nord, et nous aurions déjà vu quatre îles, Barman, Sivalak, Muril et Thetopal. Une, deux, trois, quatre. Alors qu’à la hauteur où nous nous trouvons, il n’y a plus rien après Hygala.
Lawler contempla le quadrant de la carte que Felk avait tourné vers lui. Il distingua le minuscule croissant d’Hygala ; à l’ouest comme au sud, il n’y avait rien, rien que l’immensité vide de la mer, mais très loin, derrière la courbe du petit globe, il vit la grande tache sombre qui figurait la Face des Eaux.
— Vous croyez que Delagard s’est trompé en déterminant notre route ?
— Certainement pas. Les Delagard font naviguer leurs bâtiments tout autour de cette planète depuis l’époque où elle était encore une colonie pénitentiaire. Vous le savez aussi bien que moi. Il a aussi peu de chances de nous faire prendre un cap sud-ouest alors que nous devrions nous diriger vers le nord-ouest que vous de vous tromper en épelant votre nom.
Lawler porta les pouces à ses tempes et appuya avec force.
— Mais pourquoi diable Nid voudrait-il nous emmener dans la Mer Vide ?
— Je me suis dit que vous auriez peut-être envie de lui poser la question.
— Moi ?
— Il semble parfois avoir pour vous une sorte de respect, dit Felk. Peut-être vous répondra-t-il franchement. Mais rien n’est moins sûr. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il ne me dira rien, à moi. Vous êtes d’accord, docteur ?