La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
Inutile. C’est le Livre des Hjjk qu’il lui faudrait. Mais il sait que cet ouvrage n’existe pas.
— Trois jours, dit Taniane d’un ton morne. Je veux savoir où elle est. Je veux savoir ce qui lui est passé par la tête.
Le vent soufflait en ce jour d’automne lumineux et son âme était dévastée par un mélange de fureur et de frustration. Elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit et elle avait les yeux rougis et irrités. Elle était parcourue de frissons et de tremblements. Mais elle refusait de se reposer. Elle faisait nerveusement les cent pas sur les dalles de pierre de la salle situé à l’arrière de la Basilique qu’elle avait transformée en poste de commandement pour toutes les recherches concernant Nialli Apuilana, mais également les deux meurtres.
Derrière elle, fixés dans tous les sens sur un panneau mural, se trouvaient des dizaines de documents : dépositions de tous ceux qui prétendaient avoir vu Nialli Apuilana le jour de sa disparition, récits abracadabrants de complots criminels surpris dans des tavernes, rapports vagues et confus des gardes municipaux sur les progrès de leur enquête. Un tas de paperasses inutiles. Elle n’en savait pas plus qu’au premier jour, c’est-à-dire qu’elle ne savait rien.
— Tu devrais essayer de te calmer, dit Boldirinthe.
— Me calmer, c’est cela ! lança Taniane avec un rire amer. Bien sûr ! Je dois avant tout essayer de me calmer. Il y a eu deux meurtres, ma fille a disparu, elle se terre dans une cave ou bien elle est déjà morte et tout ce que tu trouves à dire, c’est qu’il faut que je me calme !
Tout le monde avait les yeux fixés sur elle. La pièce était remplie de gens importants. Hresh était là, l’air hagard et affreusement vieilli, mais il y avait aussi Chomrik Hamadel, le gardien des talismans Beng, Husathirn Mueri et Puit Kjai, les princes de justice, et le capitaine de la garde par intérim.
— Qu’est-ce qui vous fait croire qu’elle soit morte ? demanda Puit Kjai.
— Et si c’était une gigantesque conspiration ? On assassine l’ambassadeur hjjk, on assassine le capitaine de la garde, on assassine la fille du chef, puis le chef lui-même, pourquoi pas, et ensuite…
Tout le monde la regardait maintenant en silence. Elle voyait à leur expression qu’ils commençaient à se demander si elle n’était pas en train de craquer. Peut-être n’avaient-ils pas tort de se poser la question.
— Nialli Apuilana n’a pas été assassinée, Taniane, dit Boldirinthe d’une voix douce. Elle est vivante et on la retrouvera. J’ai invoqué les Cinq Déités et elles m’ont dit que Nialli Apuilana était saine et sauve, qu’elle allait bien et que…
— Les Cinq ! hurla Taniane. Tu as invoqué les Cinq ! Je suppose qu’il faudrait invoquer également Nakhaba ! Nous devrions invoquer tous les dieux que nous connaissons et même ceux que nous ne connaissons pas. Et même la Reine des hjjk… Peut-être devrions-nous la consulter, elle aussi…
— Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée, dit Hresh.
Taniane tourna vers lui un regard stupéfait.
— Ce n’est pas le moment de plaisanter !
— C’est toi qui plaisantais. Moi, je suis sérieux.
— Où veux-tu en venir, Hresh ?
— Je pense qu’il vaudrait mieux que nous en parlions seul à seul, dit-il, l’air embarrassé. C’est à propos des hjjk. Et de Nialli.
— Si cela a un rapport avec la sécurité de la cité, dit-elle en décrivant de la main des cercles impatients, il faut en parler en public, ici et maintenant. À moins que tu n’estimes que Puit Kjai ne mérite pas d’entendre ce que tu as à dire, ou Husathirn Mueri, ou Boldirinthe…
— Il s’agit de notre fille, dit-il en lui lançant un regard étrange, de l’endroit où je pense qu’elle est partie et de ce qui l’a poussée à le faire.
— C’est donc une affaire concernant la sécurité. Nous t’écoutons, Hresh.
— Si tu insistes, soupira le chroniqueur.
Mais il ne se décida à parler que lorsqu’elle lui eut donné une petite tape impérieuse.
— Ils allaient s’enfuir pour rejoindre le Nid, commença-t-il.
Mais les mots semblaient avoir de la peine à franchir ses lèvres.
— Nialli et Kundalimon voulaient gagner le Nid des Nids, le plus grand, tout au nord, celui où vit la Reine. Tu sais qu’ils étaient amants et aussi partenaires de couplage. Ils ne désiraient ni l’un ni l’autre vivre dans notre cité. Le Nid les attirait comme un aimant. Ils sont venus me voir et ils m’ont parlé du lien du Nid, de l’amour de la Reine, de rêves et de magie, de la douceur de l’air du Nid qui emplit l’âme et transforme à jamais tous ceux qui l’ont respiré…
Taniane recevait ses paroles comme autant de coups de poignard. Elle pressait la main sur son cœur. Hresh avait eu raison de penser que cela ne devait pas être dit devant tout le monde. C’étaient des affaires de famille, scandaleuses, humiliantes. Mais il était trop tard.
— Ils t’ont dit tout cela ? demanda Taniane d’une voix sans timbre.
— Oui.
— Quand ?
— Le matin des Jeux. Ils sont venus me voir pour me demander ma bénédiction.
— Tu savais qu’ils allaient partir et tu ne m’en as rien dit ? demanda Taniane d’un ton incrédule.
— Comme je te l’ai dit tout à l’heure, fit Hresh d’une voix sèche, le visage assombri, nous aurions mieux fait de discuter de tout cela en privé. Mais tu as insisté pour que j’en parle devant tout le monde. Si j’ai gardé pour moi ce que Nialli m’a dit, Taniane, c’est parce que je savais que tu essaierais de l’empêcher de partir.
— Alors que toi, tu n’y voyais pas d’objection ?
— Que pouvais-je faire ? Donner l’ordre de les jeter en prison ? Cela n’aurait pas résolu le problème. Tu connais ta fille, rien ne l’arrête. Elle a une grande force de caractère. Elle m’a fait part de ses projets par amour filial, pour que je comprenne, le jour où elle disparaîtrait. Elle savait que je ne ferais rien pour m’opposer à son départ.
Taniane secouait la tête avec incrédulité. Incrédulité devant la stupidité de Hresh, devant l’entêtement de Nialli Apuilana et devant la bêtise de sa propre conduite. Non, ce n’était pas de la bêtise ! Si elle avait poussé sa fille dans les bras de Kundalimon, c’était pour le bien de la cité. Il y avait certaines choses qu’elle avait besoin de découvrir et Nialli était la seule à pouvoir l’aider. Si c’était à refaire, elle le referait.
— Tu crois donc savoir où elle est partie ? Vers le Nid ?
— Oui. Le Nid des Nids.
— Même après la mort de Kundalimon ?
— À cause de la mort de Kundalimon, dit Hresh. Le Nid est pour elle un lieu où règnent l’amour et la sagesse. Quand elle a appris sa mort, elle s’est enfuie pour aller se réfugier chez les hjjk.
Un silence pesant s’abattit sur la pièce. Taniane bouillait d’une rage impuissante.
— Mais il lui faudrait plusieurs mois, ou même plusieurs années, pour y arriver, reprit-elle. Personne ne sait où se trouve exactement le grand Nid. Comment Nialli a-t-elle pu avoir l’idée d’entreprendre toute seule ce voyage ?
Taniane était sur le point de craquer. C’était trop. La perfidie de Hresh, la folie de Nialli Apuilana… Et maintenant tous ces visages aux yeux écarquillés et à la bouche béante, tous ces gens trop abasourdis pour parler. Ils éprouvaient de la pitié pour elle et peut-être même du mépris. Elle prétend diriger la cité, mais elle n’a pas la moindre autorité sur sa fille. Non ! Non ! Elle n’allait pas se laisser submerger !