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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— L’envoyé des hjjk ? Qui a bien pu le tuer ? Et pourquoi ?

— Qui sait ? dit Thu-kimnibol en secouant la tête. Ce garçon était incapable de nuire, c’est du moins l’impression qu’il m’a donnée. Quant à l’autre… ce n’était qu’un imbécile, mais si c’était une raison suffisante pour se faire assassiner, les rues seraient rouges de sang. Tout cela n’a aucun sens.

Le front plissé, il se dirigea vers la fenêtre et son regard se perdit quelques instants dans l’ombre de la cour. Puis il se retourna vers Salaman.

— Il va peut-être falloir suspendre les négociations.

— Tu es rappelé à Dawinno ?

— Le messager ne m’a rien dit de tel. Mais avec tous ces événements…

— Tous ces événements ? dit Salaman avec un petit rire. Deux meurtres ? Et tu appelles cela une épidémie ?

— Tu as peut-être cinq morts par jour dans ta cité, mon cousin. Mais nous, nous n’avons pas l’habitude de ce genre de chose.

— Nous non plus. Mais il me semble que deux meurtres ne suffisent pas à…

— Ce sont le capitaine de la garde et l’envoyé des hjjk. Et on a dépêché un messager pour m’en informer. Pourquoi donc ? Taniane redoute-t-elle des représailles de la part des hjjk ? C’est peut-être cela… Peut-être craignent-ils d’avoir des ennuis, peut-être même une attaque des hjjk contre Dawinno…

— Nous avons tué l’envoyé des hjjk dans notre cité, dit Salaman, et il ne s’est rien passé. Vous êtes trop excitables, voilà votre problème. Si tu veux mon avis, poursuivit-il en tendant la main vers Thu-kimnibol, reste ici, puisque tu n’as pas été rappelé officiellement. Taniane et le Praesidium seront tout à fait capables de régler sans toi ces affaires de meurtres. Il nous reste beaucoup à faire ici et nous avons à peine commencé. Reste à Yissou, mon cousin. Voilà mon point de vue.

— Tu as raison, dit Thu-kimnibol en hochant la tête. Ce qui s’est passé à Dawinno ne me concerne pas. Et nous avons encore beaucoup à faire.

C’est la nuit. Seul dans son bureau, au dernier étage de la Maison du Savoir, Hresh essaie de mettre de l’ordre dans ses idées. Deux jours se sont écoulés depuis la disparition de Nialli Apuilana. Taniane est persuadée qu’elle est tout près, qu’elle s’est cloîtrée quelque part en attendant que son terrible chagrin s’apaise de lui-même. Des escouades de gardes passent la cité et ses environs au peigne fin pour la retrouver.

Mais personne ne l’a vue. Et Hresh est convaincu que personne ne la verra.

Il est sûr qu’elle est partie rejoindre la Reine. Si elle réussit à atteindre le Nid saine et sauve, elle passera le reste de sa vie chez les hjjk. Elle deviendra une citoyenne du Nid des Nids. Et quand elle pensera à sa cité natale, si jamais cela lui arrive, ce sera pour maudire le lieu où l’homme qu’elle aimait a été assassiné. Ce sont les hjjk qu’elle aime maintenant. C’est chez les hjjk, se dit Hresh, qu’elle se sent chez elle. Mais pourquoi ? Pourquoi ?

Quel pouvoir peuvent-ils avoir sur elle ? Quel maléfice ont-ils jeté sur elle pour l’attirer vers eux ?

Il ne comprend pas et se sent impuissant, comme paralysé par tous ces événements. Il ne parvient à réfléchir qu’au prix d’un énorme effort. Son âme semble emprisonnée dans une gangue de glace. Ces meurtres… À quand remonte la dernière mort violente à Dawinno ? Et la disparition de Nialli Apuilana… Il doit s’efforcer de penser… de penser…

Quelqu’un a déclaré la veille avoir aperçu une jeune fille chevauchant un xlendi sous la pluie, dans les faubourgs de la cité, le jour où elle a disparu. Mais il l’a vue de loin, il ne l’a vue que de loin. Ce jour-là, les jeunes filles étaient nombreuses dans la cité, et les xlendis aussi. Mais supposons qu’il s’agisse bien de Nialli. Jusqu’où pouvait-elle aller, seule, sans arme, ignorant quelle route suivre ? Était-elle quelque part dans les plaines désertes, égarée, déjà à moitié morte ? Ou bien était-elle attendue par des bandes de hjjk qui allaient la conduire jusqu’au Nid des Nids ?

Tu ne peux pas avoir la moindre idée de ce que c’est, père. Ils vivent dans une atmosphère de magie, de rêves, de prodiges. L’air que l’on respire dans le Nid emplit toute l’âme et l’on n’est plus jamais le même après avoir ressenti le lien du Nid, après avoir éprouvé l’amour de la Reine.

Elle avait promis de lui expliquer tout cela avant de partir. Mais elle n’en avait pas eu le temps et maintenant elle avait disparu. Et il ne comprend toujours rien, absolument rien. Le lien du Nid ? L’amour de la Reine ? De la magie, des rêves, des prodiges ?

Hresh se tourne vers le gros et pesant coffret renfermant les chroniques. Il a passé sa vie entière à fouiller dans le fatras d’antiques documents à la signification ambiguë, tous ces ouvrages dépenaillés, inlassablement copiés et recopiés par ses prédécesseurs pendant les centaines de milliers d’années passées dans le cocon. Depuis que, tout petit, il regardait par-dessus l’épaule de Thaggoran, Hresh considérait les chroniques comme une mine inépuisable de connaissances.

Il manipule les fermoirs et les ferrures et commence à sortir un par un les différents volumes qu’il pose sur les tables de travail de pierre blanche dont la pièce est ceinturée.

Voici le Livre du Long Hiver qui contient les récits de la chute des étoiles de mort. Voici le Livre du Cocon qui raconte comment lord Fanigole, Balilirion et lady Theel ont conduit le Peuple en lieu sûr quand le froid et les ténèbres se sont abattus sur la planète. Voici le Livre de la Voie qui renferme les prophéties du Printemps Nouveau et annonce le rôle glorieux dévolu au Peuple au sortir du cocon. Et voici le Livre du Départ, écrit de la main de Hresh, à part les toutes premières pages rédigées par Thaggoran, et qui parle du retour de la chaleur et de l’interminable traversée des vastes plaines par la tribu.

En voici un autre, le Livre des Animaux, qui décrit tous les animaux existant jadis sur la planète. Et encore un, le Livre des Heures et des Jours, qui expose le mécanisme du monde et du cosmos. Celui-ci, dont la reliure n’est plus que lambeaux décolorés, c’est le Livre des Cités, dans lequel figure le nom de toutes les métropoles de la Grande Planète.

Et ces trois-là, comme ils sont tristes ! Ce sont le Livre de l’Aurore Malheureuse, le Livre de l’Éclat Mensonger et le Livre du Réveil Glacé, qui retracent les tentatives malencontreuses de quelques chefs d’un passé lointain qui, ayant cru à tort que le Long Hiver était terminé, avaient conduit le Peuple hors du cocon pour être aussitôt refoulés par les rafales glacées des vents impétueux. Hresh ne trouve sur les hjjk que quelques phrases familières. Dans les sèches contrées septentrionales, où les hjjk vivent dans leur grand Nid, ou bien Et cette année-là, les hjjk se mirent en route en très grand nombre, dévorant tout ce qui se trouvait sur leur chemin, ou bien encore C’est à cette époque que la grande Reine du peuple des hjjk envoya une armée de ses sujets vers la cité de Thistissima et une autre vaste armée vers Tham. Rien que des phrases destinées à figurer dans les annales et dépourvues de renseignements précis.

Hresh continue de fouiller dans le coffret. Les volumes qui en tapissent le fond ne portent pas de titre. Ce sont les plus anciens, de simples fragments elliptiques, rédigés dans une écriture antique dont Hresh ne parvient qu’à effleurer la signification. Ce sont des textes remontant à l’époque de la Grande Planète, peut-être des poèmes, ou des œuvres dramatiques, ou des écrits religieux, voire les trois à la fois. Quand il appuie le bout de ses doigts sur le papier, des images de la glorieuse civilisation anéantie par les étoiles de mort apparaissent sur le vélin. C’est l’époque mémorable où les Six Peuples parcouraient en paix les plus belles artères des magnifiques cités, mais tout est flou, mystérieux, fallacieux, comme dans un rêve. Il repose les livres et referme le coffret.

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