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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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— Elle est trop jeune.

— Trop jeune, elle a vingt-cinq ans!... et encore je crois que S.A. Séré-nissime le grand-duc triche un peu...

— J'irai plus tard ! Mon cher ami, aux princes il faut des épouses mûres, ïaissons-la mûrir!

— Dieux immortels! quelle aventure! Et où allons-nous?

— Partout, à Vienne, à Paris t nous allons nous amuser tant que les florins dureront 1

— Je suis déshonoré ! gémit Blikendorf, que va t'on penser à la cour, d'un précepteur qui laisse son élève se livrer à de tels débordements 1 d'un vieux philosophe comme moi qui... Je vais me pendre 1

— Blikendorf 1 vous rougissez à vue d'oeil, vous êtes rouge comme une énorme tomate, prenez garde à l'apoplexie!... Allons donc ! Blikendorf, pas de faiblesse ! d'abord vous n'avez rien à dire, vous aurez un reçu très régulier. Cour qui était la somme? pour moi. Je ne la détourne pas de sa destination, c'est moi seulement qui me détourne de la mienne, mais c'est mon affaire. Je ne vais pas directement à Klakfeld, mais j'ai l'intention d'y aller un jour. Vous êtes attaché à ma personne en qualité de précepteur, vous devez me suivre !

Quelques avaries à la voiture et aux voyageurs.

Vous n'avez aucune objection à faire, aucune! Allons, vive le plaisir! nous allons nous en donner. Blikendorf, de la gaîté je te l'ordonne! Tiens, tu es mon ami, tu auras le droit de puiser dans les florins...

— Soit, je me livrerai aux vains plaisirs, mais qu'il soit bien entendu que c'est contraint et forcé ! Outre le reçu, vous me donnerez une réquisition écrite pour prouver que je n'ai livré la somme que sur des ordres exprès... Je ferai appela toute ma philosophie... à propos, outre les deux cent mille florins en or, j'ai un supplément de cent mille florins en traites que nous ne devons entamer qu'en cas de nécessité absolue, si la première somme ne suffisait pas...

— Elle ne suffira pas! Et maintenant Blikendorf, tu vas écrire à la cour de Klakfeld pour annoncer que des complications diplomatiques en Orient, exigeant ma présence à Bosnagrad, mon départ a été retardé. Puis tu prépa. reras une série de lettres sur la cour de Klakfeld pour faire prendre patience à mon auguste père.

Quelques heures après, le prince qui consultait une collection de cartes et de guides, changea d'avis, au lieu de prendre le train pour Vienne où sa présence aurait été signalée, il prit celui de Trieste avec Monaco, pour destination définitive.

Le prince était un cœur brûlant. En route il eut le temps de s'enflammer et de s'éteindre plusieurs fois; aucune de ces passions ne dura longtemps! le prince n'avait pas rencontré la femme de ses rêves. A Monaco, le prince

Chez l'épicier.

avec une sagesse digne de Blikendorf, n'aventura pas son argent à la roulette, il roucoula pendant quelques jours un peu à droite et un peu à gauche sans parvenir à se fixer. Il soupa régulièrement tous les soirs et but d'invraisemblables quantités de Champagne en aimable compagnie. Blikendorf en était, car le précepteur n'abandonnait pas son élève; quand il avait trop mal à la tète, il se rafraîchissait en causant philosophie avec un convive hors de combat.

La rencontre de Tulipia Balagny, au casino de Montecarlo, fit sauter le cœur du prince. Ce fut un coup de foudre.

— C'est-elle, dit-il à son précepteur.

— Qui ça, la grande-duchesse?

Le précepteur assura ses lunettes sur son nez et contempla longuement Tulipia.

— Non, ce n'est pas elle,

— Si, c'est elle que j'aime, décidément. Allez lui présenter mes hommages.

— Non, ce ne serait pas convenable. Je vais me tenir à distance respectueuse et vous présenterez vos hommages vous-même.

— Non, décidément je préfère lui écrire... venez, vous me ferez ma lettre ie veux une lettre poétique et fleurie.

Tulipia reçut, le soir même, un énorme bouquet et une longue épltre de Blikendorf, mais elle resta sur une prudente réserve et se montra très froide avec le prince quand celui ci se décida à lui parîer à brùle-pourpoint de son amour, pendant un des concerts du Casino.

Le prince dut ce soir-là se contenter au souper obligatoire, de la compagnie de Blikendorf; le précepteur brava le mal de tête pour offrir les consolations de la philosophie à son élève désolé. # Le prince soupira pendant trois jours dans les rochers et sur les grèves, mais après trois jours de soupers en tète à tête avec Blikendorf, il résolut de brusquer les choses. Il se présenta chez Tulipia avec son précepteur.

— C'est moil dit-il, je vous aime, il faut que vous m'aimiez! Demandez à mon précepteur, le docteur Blikendorf, si je ne vous aime pas... voilà trois jours et trois nuits que nous ne parlons que de vous en noyant nos chagrins dans le Champagne! Est-ce vrai, Blikendorf?

— C'est vrai, monseigneur!

— J'allais en Allemagne sous la conduite de mon précepteur pour épouser la grande-duchesse de Klakfeld, j'ai enlevé mon précepteur et la forte somme destinée à pourvoir à mes magnificences, et me voilà! Je renonce à ma grande-duchesse et je me jette à vos pieds ! Blikendorf, fais comme moi et attendris la cruelle!

Blikendorf et le prince s'agenouillèrent.

— Voyons, Blikendorf, attendris-la ! sois éloquent, si tu n'est pas éloquent, à quoi sers-tu? • -^

— Je vais être éloquent, dit Blikendorf.

— Dépêche-toi!

— Vrai! s'écria Tulipia, vous plantez-là une grande-duchesse de Klakfeld pour moi?

— Je la plante là !

— C'est beaul

— Oui, je vous aime, je vous enlève ! je vous donne dix minutes pour préparer vos bagages — j'ai une voiture commandée... nous partons tout de suite !

Tulipia éclata de rire.

— Et si je faisais des objections?

— Je ne les écouterais pas! j'emploierai la violence au besoin ! Blikendorf est un hercule et moi aussi, à nous deux nous vous enlevons de vive force! Blikendorf, montrons que nous sommes forts?

Devant cette belle résolution, Tulipia s'attendrit sans doute, car une heure après, elle roulait avec le prince de Blikendorf sur la route de Nice, sans plus penser à Cabassol qui se berçait pendant ce temps de la plus douce espérance.

L'infortune Cabas§ol fut réveillé à quatre heures du matin, comme il en avait donné l'ordre à l'hôtel de la Rouge et la Noire. Le sentiment de ses malheurs lui revint aussitôt. — Tulipia enlevée parle prince de Bosnie, Mira-doux aux mains des Américains, et la promesse de mariage signée par lui, trois graves sujets d'inquiétude!

Par bonheur l'un de ses points noirs s'évanouit bientôt, car le pauvre Mira-rloux parut tout à coup.

— Eh bien! d'où diable sortez-vousj? s'écria Gabassol

Débarquement à Gènes.

— Ouf! fit Miradoux en se laissant tomber dans un fauteuil, ouf! quelle nuit! quelle aventure!

— Eh bien?

— Je sais tout, mon ami, j'ai assisté à tout! je sais que vous avez été contraint, par les habitantes de la villa Girouette, à signer des promesses de mariage...

— Et vous? vous avez donc pu vous échapper?

— Non, mon ami ! je n'ai pas pu m'échapper... mais je n'ai rien signé du tout, je suis tombé sur une femme de chambre mulâtresse...

— Sans revolver?

— Sans aucun revolver, heureusement ! Elle m'a sauvé des griffes de Pala-mède et me voilà!

— J'ai peur que la dignité de vos fonctions n'ait été légèrement compromise dans votre sauvetage... enfin, je ne le dirai pas à M e Taparel qui vous croit au-dessus de toutes les faiblesses.

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