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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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– M. Pistolet, interrompit Lirette, a fait un rapport sur M. Remy d’Arx. Je l’ai lu et j’ai bien pleuré.

– Adressé à qui, ce rapport? à la préfecture?

– Oh! non… à M. Abel Lenoir.

– Bigre! fit Échalot: il n’a donc pas renoncé, le docteur! Encore un qui a été mordu!

Lirette reprit avec une certaine emphase:

– M. Pistolet est un plus gros poisson que vous ne croyez, mon père. S’il n’a pu empêcher ni l’arrestation ni la condamnation d’un innocent, du moins lui a-t-il rendu la liberté. Hier au soir, pour l’évasion du prétendu Clément-le-Manchot, il avait plus de soixante agents autour de la Force.

Échalot enfla ses joues.

– J’avais pourtant bien promis de ne plus me mixturer dans tout ça! murmura-t-il. Est-ce que je vas m’y replonger! Je savais que le Manchot de la Force était aux champs; mais soixante agents! bigre, bigre!… Et le Dr Lenoir à leur tête!

– C’est pour aller chez lui, ma belle robe, expliqua Lirette, et M. Pistolet va venir voir si elle me va bien.

– À quelle heure?

– Il devrait être ici depuis minuit…

Une petite voix faible et cassée entra dans la cabine comme un souffle de vent. Ni Échalot, ni Lirette n’auraient su dire d’où elle partait.

– À minuit comme à midi, prononça-t-elle distinctement, il fait jour, si c’est la volonté du Père…

XIII Oremus

Une pâleur terreuse avait envahi le visage d’Échalot au son de cette petite voix. Tout était gris sur sa pauvre face, jusqu’aux rubis de son nez. Ses dents claquaient dans sa bouche.

Il essaye de se lever, mais ses jambes flageolantes plièrent sous le poids de son corps.

Lirette le regardait bouche béante, plus effrayée peut-être de l’effroi de son père que du fait bizarre qui venait d’avoir lieu.

– Qu’est-ce que c’est que cela? demanda-t-elle. Qui a parlé?

– On ne sait pas, balbutia Échalot. Les morts ne reviennent pourtant pas…

– Tu mens, bonhomme, interrompit la petite voix, qui était doucette et de bonne humeur. Il y a des morts qui reviennent et tu sais bien le nom de celui qui a parlé.

Échalot essaya un signe de croix. Trois coups légers furent frappés au panneau qui servait de croisée. Une toux sèche et creuse se fit entendre en même temps au-dehors.

– Faut-il ouvrir? demanda encore Lirette, qui était la vaillance même, et dont l’effroi comportait une bonne dose de curiosité.

Échalot dit, frissonnant de la tête aux pieds:

– Père, si c’est une couple de messes dont vous avez besoin qu’on vous paye à la sacristie des Batignolles, pour la tranquillité de votre âme aux enfers ou aux Champs-Élysées, je ne suis pas fortuné, mais c’est égal…

– Ouvre, imbécile! interrompit la petite voix avec un peu de colère. Je suis le dernier propriétaire de l’hôtel Fitz-Roy, rue Culture; c’est à moi que le cher duc confia la cassette en mourant, et c’est moi qui confiai, à mon tour, les papiers au vieux Morand qui était un peu mon domestique: je veux voir celle qui va être bientôt la duchesse de Clare.

Échalot s’appuya des deux mains aux épaules de Lirette, et tourna le taquet qui tenait le volet.

Il se rejeta en arrière dès que la croisée fut ouverte.

La jeune fille, au contraire, s’élança et mit tout son buste dehors pour mieux regarder.

Elle ne vit rien, sinon la place déserte, tour à tour sombre et vaguement éclairée par la lune au-devant de laquelle les nuages se hâtaient, poussés par le vent d’hiver.

– Qui est là? dit-elle étonnée; où êtes-vous, vous qui avez parlé? Il y eut un bruit comme si deux mains de bois eussent applaudi doucement.

– Bien, gentillette! murmura-t-on au-dehors.

L’heure sonnait au restaurant Lathuile. La voix de l’invisible ajouta:

– S’il devait venir à minuit, cela fait trois heures de retard… Échalot!

– Maître?

– Referme, bonhomme, et lis ton papier à la petite dix fois, vingt fois s’il le faut. Au lever du jour, qu’elle sache la prière par cœur. Si Pistolet ne vient pas, un autre viendra.

On toussa pour la seconde fois, petitement et tout sec.

– Ça ne se peut pas, pensa Échalot, qu’un mort soit enrhumé! Lirette se pencha davantage et regarda de tous ses yeux. Par hasard, la lune dégagée éclairait brillamment la place, depuis les baraques jusqu’au boulevard extérieur. Partout c’était la solitude et c’était le silence.

– Bonsoir, dit la petite voix au moment où se refermait la fenêtre; travaillez vite et bien: on s’intéresse à vous, mes enfants.

L’instant d’après, Échalot et Lirette, assis devant le papier déplié, étudiaient leur leçon en conscience. Échalot lisait son grimoire, Lirette essayait de répéter selon ses souvenirs qui allaient s’éveillant.

– Petrat sube onde et Simat, ânonnait Échalot; fili hi taire… je n’ai vu le colonel que deux fois, et la seconde c’était à son enterrement, mais je jurerais bien que c’est lui… siam, regomme hantait…

– S’il était arrivé malheur à M. Pistolet! murmurait Lirette… Oremus. Petra sub undecima, filii tertiam… Croyez-vous donc que ce soit le colonel? Le voilà encore qui tousse, tenez!

– J’en suis sûr!… et que, s’il voulait, il m’apprendrait ma naissance! Tu verras dans toutes les pièces les plus intéressantes que l’homme peut faire des pactes avec Satan… Regomme hantait Jeanne Huam, qu’héritait…

– Regum ante januam quaerite… C’est moi qui voudrais bien le voir celui qui tousse!… Et savoir qu’il n’est pas arrivé malheur à ce pauvre M. Pistolet.

Nous vous épargnerons le reste de l’oraison latine que Lirette retrouvait presque sans effort dans les calembours orthographiques d’Échalot. Marie Stuart, la belle et infortunée reine qui était un peu la grande tante de notre Lirette, parlait, dit-on, latin comme un Polonais, et quand elle vint à Paris toute petite, l’histoire rapporte que, montée sur un tabouret, elle soutint plusieurs thèses dans la langue de Cicéron devant la Cour et les docteurs.

Maintenant, ce n’est plus l’habitude parmi nos dames qui n’en sont pas moins charmantes pour cela.

Quand Lirette eut achevé de reconstruire sa prière, telle que papa Morand la lui avait apprise si laborieusement autrefois, elle battit des mains, mais elle avait les yeux pleins de larmes. Tous les pauvres souvenirs de son enfance lui emplissaient le cœur.

– Il me semble que je le vois encore, papa Morand, dans notre mansarde de la rue Marcadet, dit-elle, si maigre, si malade, tremblant de froid, exténué de besoin. Il m’aimait bien à sa manière, et c’est maintenant que je comprends comme je l’aimais bien, moi aussi. Quelques minutes avant de fermer les yeux pour toujours, il me disait encore: «Souviens-toi bien de ta leçon, fillette. Dans ce grand Paris je ne connais personne à qui je puisse te confier. Je te confie à toi-même. J’enfouis dans ta mémoire le secret qui te fera noble et riche. Attends tes quinze ans, à quinze ans on peut fuir et se défendre… Je ne veux pas qu’il en soit de toi comme de moi, Clotilde Stuart, moi, né dans un palais et qui finis dans un bouge, moi qui meurs de misère auprès d’un monceau d’or…

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