Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
Trois jours plus tard, on sut par Marmont, toujours aussi bien renseigné, que le prince François participerait avec son régiment à des manœuvres d’inspection sur le glacis des remparts proches de la Hofburg. C’était l’occasion rêvée pour ce que voulait faire Felicia et, une bonne demi-heure avant l’arrivée des troupes, Hortense, Felicia et Palmyre se mêlaient à la foule des badauds qui, déjà, se rassemblait. Les Viennois, en effet aimaient les parades militaires autant que les grandes processions de la Sainte-Anne ou les parties de plaisir à la campagne. Ils éprouvaient une sorte d’orgueil à voir évoluer des troupes dont ils appréciaient en connaisseurs la belle tenue et le bel ordonnancement. Les femmes et les jeunes filles se montraient encore plus friandes de ce genre de spectacle et ce n’était, sous le clair soleil d’été, que robes bleues, roses, jaunes ou blanches mêlées aux charmants costumes dont on trouvait toujours, à Vienne, un large échantillonnage.
Ce jour-là, d’ailleurs, un bruit parti on ne sait d’où avait chuchoté que l’on verrait le duc de Reichstadt, et les femmes étaient peut-être encore plus nombreuses que d’habitude sur son parcours. En effet, nombre de jeunes cœurs – et de moins jeunes ! – battaient pour ce prince si beau, si charmant et auquel un destin malheureux conférait une auréole. On avait haï son père mais le petit Napoléon, comme disait Wilhelmine, faisait oublier les heures noires et emportait tous les suffrages. Aucun archiduc ne pouvait rivaliser avec lui pour le charme et l’élégance.
Quand les troupes apparurent, elles récoltèrent leur honnête part d’enthousiasme mais c’était lui que l’on attendait et cela se vit bien quand, en avant de la ligne blanche des uniformes, s’érigea sur la robe noire et lustrée de la jument Rouler la fière silhouette du prince. Les cris atteignirent au délire.
Sanglé dans son uniforme blanc et ses culottes bleu clair soutachées d’argent, crânement coiffé d’un bicorne verni noir à ganse d’or, les étoiles de diverses décorations brillant sur sa poitrine et un sabre courbe – celui-là même qui avait appartenu jadis au général Bonaparte – pendu à son ceinturon, François avait vraiment l’air d’un prince de légende.
Sa jument, fermement tenue en main, dansait une sorte de pas espagnol et lui, insoucieux des officiers et des gardes du corps qui le suivaient de près, souriait à tous ces visages, à tous ces sourires, à tous ces vivats…
— Comme il est beau ! souffla Hortense émerveillée.
— Comme il est maigre ! gronda Felicia. Bien plus qu’à notre dernier revoir…
— Comme il est pâle ! gémit Palmyre…
Mais, déjà, elle s’élançait, courait vers le prince au risque de se faire fouler aux pieds des chevaux en criant « Vive le duc de Reichstadt ! » et lui tendait le petit bouquet de roses qu’elle avait jusque-là porté à sa ceinture.
— Tiens, mon beau prince ! Elles te porteront bonheur !
— Venant d’une aussi jolie femme, j’en suis certain !
Il prit les fleurs et, en même temps, le petit billet plié que Palmyre lui fourrait entre les doigts. Mais déjà, on écartait la jeune femme sans toutefois la molester parce que toutes les femmes présentes applaudissaient son geste hardi, en regrettant peut-être de n’avoir pas le courage d’en faire autant. Un instant plus tard, Palmyre, rouge et essoufflée, sa capote de soie corail garnie de muguet rejetée en arrière de sa tête, rejoignait ses compagnes en répondant joyeusement aux félicitations de ceux qu’elle côtoyait.
— Je n’ai pas pu m’en empêcher, expliquait-elle en riant. Ça a été plus fort que moi. Il est si charmant !
Hortense et Felicia la réprimandèrent hypocritement pour le danger « vraiment gratuit » qu’elle avait couru, mais elle haussa les épaules, récitant à merveille sa leçon :
— Avec un pareil cavalier, je n’avais rien à craindre. Et puis c’était si amusant !
Le petit remous causé par l’incident se calmait. L’attention se reportait sur le prince, qui s’éloignait en respirant ses roses avant de les glisser à son ceinturon, et sur les soldats qui s’en allaient prendre leur position. La manœuvre d’inspection allait commencer… Les trois jeunes femmes en profitèrent pour s’esquiver.
— Avez-vous réussi ? chuchota Felicia quand elles rejoignirent leur voiture.
— Oui. Il a le billet. Il n’a même pas marqué de surprise. Peut-être a-t-il cru à une lettre d’amour ?
— Auquel cas, il ne le lira même pas ! fit Hortense.
— Allons donc ! Quand on est fait comme lui, on lit toujours une lettre de femme. Au moins une fois avant de la jeter au panier. Mais cela m’étonnerait qu’il jette celle-là. Il la brûlerait plutôt…
— En effet, le billet n’avait rien du poulet galant. Il ne contenait que onze mots : « Allez au plus tôt à Schônbrunn. Il y va d’un empire… »
— Il n’y a plus qu’à attendre, conclut Felicia.
Elles attendirent cinq jours. Cinq jours qui parurent durer une éternité. Mais enfin, au matin du sixième jour, une arpette de chez Palmyre vint porter une lettre de sa patronne au palais Palm : l’archiduchesse Sophie demandait que la modiste vînt dès le lendemain au palais de Schönbrunn lui présenter ses dernières nouveautés.
— Cette fois, dit Felicia à Hortense, c’est à vous de jouer, ma chère amie ! Timour vous conduira ce soir chez Palmyre où vous coucherez afin d’être à pied d’œuvre et bien dans votre rôle dès demain matin.
Le soleil et la chaleur avaient fait place à d’épais nuages et à une certaine fraîcheur, grâce à un orage violent qui avait sévi dans la nuit, quand la voiture de Palmyre, contenant les deux jeunes femmes plus une pile impressionnante de cartons, franchit les deux obélisques soutenant la grille du château. Ces obélisques étaient curieusement surmontés d’aigles napoléoniennes, souvenirs du passage de l’Empereur après Wagram et conservées Dieu sait pourquoi. Peut-être à cause de leur grande beauté. Mais ce souvenir historique inattendu parut à Hortense de très bon augure.
Le cœur lui battait un peu fort, encore qu’elle n’éprouvât aucune crainte. C’était plutôt l’excitation de l’aventure et aussi l’idée que, dans un instant, elle approcherait de nouveau le jeune prince qui avait pris tant de place dans sa vie. Allait-elle se montrer à la hauteur de la tâche qu’on lui avait confiée ?
Pour cette importante visite, les deux jeunes femmes s’étaient habillées avec un soin tout particulier. Ne devaient-elles pas faire admirer le goût français ? Palmyre portait une robe de satin mat pékiné bleu pervenche et blanc sous un petit spencer de velours du même bleu. Une crosse de marabout blanche ponctuait sa capeline bleue. Hortense, elle, se contentait d’une robe de batiste blanche à volants dentelés qu’une large ceinture de rubans verts serrait à la taille. Les mêmes rubans nouaient sous son menton un charmant cabriolet garni de roses pâles. Elles étaient tout à fait charmantes ainsi que les en assurèrent les regards attendris des soldats de garde.
Précédées de deux laquais surchargés de cartons, elles en suivirent un troisième sur le long chemin des appartements de l’archiduchesse dont les fenêtres donnaient sur la cour d’honneur.
Il était encore tôt le matin et les deux jeunes femmes s’attendaient à ce qu’on les reçût en négligé. Ce qui eût été plus commode sans doute pour d’éventuels essayages, mais quand on les introduisit dans le petit salon d’angle donnant sur une terrasse ensoleillée, elles purent constater que Sophie, habillée de pied en cap était, en dépit de l’heure, tirée à quatre épingles. Pas un cheveu ne dépassait de sa chevelure savamment lustrée et sa robe de percale bleu ciel à fichu de dentelle semblait sortir tout droit du repassage. Assise à un petit bureau semi-circulaire en bois de citronnier dont la courbe s’achevait de chaque côté en jardinières garnies de roses fraîches, elle écrivait d’une main rapide et ne leva pas la tête à l’entrée de ses visiteuses :