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Le grand silence [The Alien Years - fr]

Электронная книга - «Le grand silence [The Alien Years - fr]». Краткое содержание книги:

Cette fois, ce n’est plus du cinéma ! Surgis de nulle part, les extraterrestres ont débarqué sur la Terre pour s’installer dans les principales métropoles du globe : Los Angeles, New York, Londres, Prague, Paris…
Indiciblement beaux ou incroyablement hideux – les avis sont partagés sur les géants d’outre-espace –, refusant toute communication depuis les enclaves impénétrables où ils se sont enfermés, ils dirigent la planète selon des voies mystérieuses par l’intermédiaire de collaborateurs humains télépathiquement asservis. Communications, gouvernements et systèmes bancaires disparaissent, plongeant le monde dans le chaos. Coupures d’électricité à grande échelle, pandémies, déportations et exécutions massives sanctionnent les tentatives de rébellion. Les Entités, comme on les appelle, sont venues, Elles ont vu, Elles ont vaincu. Mais pas sur toute la ligne… En Californie du Sud, le vieux colonel Carmichael prêche la Résistance au milieu de son clan rassemblé dans les collines de Santa Barbara. Ex-hippie ou ex-militaire, escroc repenti ou musulman mystique, professeurs d’université ou informaticiens de haute volée, au fil des générations, la pittoresque tribu Carmichael va unir ses compétences pour bouter l’envahisseur hors de la Terre…
A la fois étrange et familière, une chronique de cinquante ans d’occupation extraterrestre qui atteint à l’ampleur d’Autant en emporte le vent.
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— Un crétin intégral, suggéra Ronnie. Ou un parfait sociopathe.

— Oui, certes. Ça pourrait marcher, si on pouvait apprendre à un crétin à se servir d’un lance-grenades, ou si on trouvait un sociopathe qui ne prenne pas son pied rien qu’à la pensée de tirer pour tuer. Mais il y a d’autres possibilités, tu sais.

— Par exemple ?

— Au Viêt-nam, on en avait l’expérience tous les jours : des gens absolument impassibles qui accomplissaient les pires horreurs sans sourciller. Une vieille femme qui aurait pu être ton arrière-grand-mère venait te balancer tranquillement une grenade dans ta bagnole. Ou un mignon petit bonhomme de six ans te plantait un couteau dans le ventre en plein marché. Des gens capables de tuer ou de mutiler sans prendre le temps de réfléchir à ce qu’ils allaient faire et qui le faisaient sans éprouver la moindre animosité envers toi. Ou de remords ensuite. La moitié du temps, ils sautaient avec leur victime et cette probabilité les laissait froids. Peut-être que ça ne leur effleurait jamais l’esprit. Ils faisaient ce qu’on leur disait de faire sans se poser de questions. Il se pourrait qu’un champ mental extraterrestre soit inefficace contre des individus pareils.

— J’ai du mal à imaginer une telle mentalité.

— Moi pas. J’ai vu cette mentalité à l’ouvre, et de très près. Ensuite, j’ai passé une bonne partie de ma carrière universitaire à l’étudier. J’ai même fait des cours là-dessus, rappelle-toi. Professeur de psychologie non occidentale. Mais c’est de la préhistoire, hein ? » II secoua la tête. « Alors, ils en ont tué une pour de bon, reprit-il. Ça alors… Et les représailles ?

— Londres dit que les Entités ont nettoyé une demi-douzaine de localités environnantes.

— Nettoyé ? C’est-à-dire ?

— Elles ont rassemblé tous les habitants. Les ont emmenés quelque part.

— Et les ont tués ?

— Ce n’est pas clair. Mais à mon avis, ça ne se présente pas trop bien pour eux. »

Le Colonel hocha la tête. « Ça s’arrête là, alors ? Des représailles purement locales ? Pas de pandémies à l’échelle mondiale, de coupures de courant généralisées ?

— Jusqu’ici, non.

— Jusqu’ici… Il ne nous reste plus qu’à faire des prières. » Ronnie s’approcha du chevet de son père. « En tout cas, c’étaient les nouvelles. J’ai pensé que tu aimerais être informé ; maintenant tu l’es. Alors, dis-moi : comment te sens-tu ?

— Vieux. Fatigué.

— C’est tout ? Rien qui te fait mal en particulier ?

— Vieux et fatigué, c’est tout. Jusqu’ici. Bien sûr, de leur côté, les Entités n’ont pas encore lâché de fléaux dans la nature… »

Ron et Peggy sortirent dans le couloir. « Tu crois qu’il est en train de mourir ? lui demanda-t-il.

— Ça fait longtemps qu’il est en train de mourir, très, très lentement. Mais je crois qu’il n’est pas encore au bout du rouleau. Il est plus coriace que tu ne le crois, Ron.

— Peut-être. Mais j’ai horreur de le voir partir en miettes comme ça. Tu ne peux pas savoir comment il était quand nous étions jeunes, Peggy. La manière dont il se tenait droit, dont il marchait, tout son comportement. Un homme étonnant, qui ne craignait absolument rien, absolument honorable, toujours fort quand on avait besoin qu’il le soit. Et il avait toujours raison. Ça, c’était sidérant. Je me disputais avec lui à propos d’un truc que j’avais fait, tu vois ce que je veux dire, j’essayais de me justifier et j’avais l’impression de m’être bien défendu, et puis il disait tranquillement deux ou trois mots, et je savais que je n’avais pas d’arguments valables. Même si je n’étais pas disposé à l’admettre, à l’époque… Seigneur, je n’aimerais pas le perdre, Peggy !

— Il ne va pas mourir maintenant, Ron. Je le sais.

— Qui ne va pas mourir ? » dit Anse en sortant péniblement d’un des couloirs latéraux. Il s’immobilisa près d’eux, le souffle court, appuyé sur sa canne. Il émanait de lui un léger parfum de whisky, même à cette heure matinale. L’état de sa jambe blessée était récemment devenu beaucoup plus préoccupant. « Ah, lui, vous voulez dire ? fit Anse en désignant du menton la porte refermée de la chambre.

— Qui d’autre ?

— Il va vivre jusqu’à cent ans. Je partirai avant lui. Je plaisante pas, Ron. »

Anse avait probablement raison, songea Ron. Il avait cinquante-six ans et en faisait au moins dix de plus. Son visage était grisâtre et enflé, ses yeux à l’éclat terni perdus au fond d’orbites ténébreuses, ses épaules tassées et voûtées. Tout cela était nouveau. Il semblait moins grand qu’avant. Et il avait perdu du poids. Anse avait toujours été un homme de belle prestance, sans être costaud – le costaud, c’était son frère Ron –, mais avec du muscle à revendre. À présent, il était visiblement en train de rapetisser, de s’affaisser, de diminuer. L’alcoolisme y était pour quelque chose. L’âge aussi, tout simplement. Et sans doute, dans une certaine mesure, cette mystérieuse aura de déception et de mécontentement qui l’entourait depuis si longtemps. Lui le grand frère, qui, pour une raison ou une autre, n’était pas devenu le chef de la famille.

« Arrête, Anse, dit Ron avec toute la sincérité dont il était capable. Tu ne vas pas si mal que ça, tout ce qui te manque, c’est une jambe gauche neuve.

— Que j’aurais probablement pu avoir s’il y avait pas ces saloperies d’Entités… Au fait, Paul dit que les Anglais auraient réussi à en tuer une pour de bon ; l’info vient de tomber sur les réseaux. Ça a des chances d’être vrai ?

— Il n’y a pas de raison de penser le contraire.

— C’est le commencement, alors ? La contre-attaque ?

— J’en doute fort. Nous n’avons pas tellement de détails sur la manière dont ils s’y s’ont pris. Mais papa estime qu’il faudrait un assassin d’une espèce très particulière pour que le coup réussisse : un individu totalement dépourvu d’émotions, qui serait pratiquement un androïde. Difficile de constituer une armée avec rien que des types comme ça.

— On pourrait les former.

— On pourrait, oui. Mais ça prendrait pas mal de temps. Laisse-moi y réfléchir un peu, d’ac ?

— La nouvelle de l’attentat lui a fait plaisir ?

— Il s’est surtout posé la question des représailles. Mais si, si, ça lui a fait plaisir. Enfin, je suppose. Il ne l’a pas dit clairement, c’est tout.

— Il veut qu’Elles soient éradiquées de la Terre une fois que nous serons véritablement prêts pour ça. Ça a toujours été son but, même quand les autres disaient qu’il était devenu pacifiste, même quand ils laissaient entendre qu’il commençait à avoir le cerveau ramolli. Tu le sais. Et maintenant, c’est la seule chose qui le maintienne en vie : l’espoir de tenir le coup assez longtemps pour les voir complètement liquidées.

— Ça, il ne le pourra pas. Ni toi, ni moi non plus. Mais on peut toujours rêver. Et tu sais, frangin, il n’a jamais été autre chose qu’un pacifiste. Il a horreur de la guerre. Depuis toujours. Et son idée pour empêcher la guerre, c’est de se préparer en permanence à la faire… C’est quelqu’un, non ? Sûr que le moule qui a servi à le fabriquer s’est cassé. Je ne peux pas te dire à quel point j’ai horreur de le voir mourir à petit feu comme ça. »

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