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Le grand silence [The Alien Years - fr]

Электронная книга - «Le grand silence [The Alien Years - fr]». Краткое содержание книги:

Cette fois, ce n’est plus du cinéma ! Surgis de nulle part, les extraterrestres ont débarqué sur la Terre pour s’installer dans les principales métropoles du globe : Los Angeles, New York, Londres, Prague, Paris…
Indiciblement beaux ou incroyablement hideux – les avis sont partagés sur les géants d’outre-espace –, refusant toute communication depuis les enclaves impénétrables où ils se sont enfermés, ils dirigent la planète selon des voies mystérieuses par l’intermédiaire de collaborateurs humains télépathiquement asservis. Communications, gouvernements et systèmes bancaires disparaissent, plongeant le monde dans le chaos. Coupures d’électricité à grande échelle, pandémies, déportations et exécutions massives sanctionnent les tentatives de rébellion. Les Entités, comme on les appelle, sont venues, Elles ont vu, Elles ont vaincu. Mais pas sur toute la ligne… En Californie du Sud, le vieux colonel Carmichael prêche la Résistance au milieu de son clan rassemblé dans les collines de Santa Barbara. Ex-hippie ou ex-militaire, escroc repenti ou musulman mystique, professeurs d’université ou informaticiens de haute volée, au fil des générations, la pittoresque tribu Carmichael va unir ses compétences pour bouter l’envahisseur hors de la Terre…
A la fois étrange et familière, une chronique de cinquante ans d’occupation extraterrestre qui atteint à l’ampleur d’Autant en emporte le vent.
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Steve en fut suffoqué. « Vous allez la laissez venir au ranch, alors ?

— Si Ron estime que nous le devons, oui. Je suis d’accord.

— Oh, mon colonel ! Mon colonel, comment puis-je…

— Du calme, mon garçon. Rien n’est encore décidé, tu sais.

— Mais ça va marcher. Je le sais. Ron va voir du premier coup quelle genre de personne elle est. Il va l’adorer. Et vous tous aussi… Et je veux tout de suite vous dire, grand-père, que si l’enfant est un garçon, il portera votre nom. Il y aura un Anson de plus au ranch : Anson Gannett, cette fois-ci. Anson Carmichael Gannett. Vous avez ma promesse, grand-père. »

Mais ce fut une fille qui naquit. Sabrina Amanda Gannett, donc, en l’honneur de la mère et de la grand-mère de Lisa. L’enfant suivant fut aussi une fille, qu’ils baptisèrent Irène, du nom de l’épouse depuis longtemps disparue du Colonel, la grand-mère que Steve n’avait jamais connue. Quant à Anson Carmichael Gannett, il attendit encore trois ans pour venir au monde, et cela, par une remarquable coïncidence, le jour du quatre-vingt troisième anniversaire du Colonel, qui tombait la vingt et unième année après la Conquête.

« Tu vas être le plus grand génie de l’informatique de tous les temps », dit Steve au nouveau-né qui reposait, âgé de deux heures, tout rouge et gargouillant dans les bras de sa mère épuisée. « Et un brillant héros de la Résistance, en plus. »

Ces prophéties devaient se révéler à peu près correctes. Mais pas exactement dans le sens que Steve avait prévu.

« Vise-moi un peu ce putain d’engin, Ken ! dit Richie Burke. C’est pas la plus fantastique saloperie qu’on ait inventée ? »

Ils se trouvaient dans ce qui avait été la salle à manger principale du défunt restaurant. C’était le début de l’après-midi. Aïcha était sortie, Khalid ne savait pas dans quel but. Son père maniait ce qui rappelait un peu une carabine, ou peut-être un fusil d’assaut ultra-profilé, mais l’engin ne ressemblait à aucune arme à feu qu’il ait déjà vue. C’était un tube métallique bleu-verdâtre, long et mince, avec une embouchure évasée, ce qui aurait pu être une hausse télescopique montée au milieu du canon et une bizarre sorte de détente informatisée intégrée à la crosse. Une pièce unique, faite sur mesure, l’orgueil et la joie de quelque petit inventeur.

« C’est une arme, pas vrai ?

— Une arme ? Une arme ? Si c’est pas ça, bordel, c’est quoi à ton avis, mon gars ? C’est un putain de flingue à tirer les Entités ! Que j’ai confisqué aujourd’hui dans un repaire de conspirateurs du côté de Warminster. Toute la bande est sous les verrous à l’heure qu’il est – grand merci ! – et moi j’ai ramené la Pièce à Conviction numéro 1 pour la mettre à l’abri. Mate un peu, mon pote. T’as déjà vu un truc aussi diabolique ? »

Khalid comprit que Richie allait le laisser manipuler l’arme pour de bon. Il la prit avec des précautions infinies, la laissant reposer sur ses paumes ouvertes. Le canon était froid et très lisse, l’arme plus légère qu’il ne l’aurait cru.

« Et comment ça marche ?

— Tu le prends. Et tu vises, là, le long du canon. Tu sais comment on fait. C’est comme avec un fusil à lunette normal. »

Khalid épaula, visa la cheminée. Scruta la mire.

Quelques centimètres carrés de l’âtre étaient visibles dans le réticule, avec un grand luxe de détails. Un grossissement remarquable allié à une optique de première qualité, donc. Il suffirait de toucher le bouton ad hoc et la moitié de la maison serait pulvérisée, n’est-ce pas ? Khalid effleura la crosse de la main.

« Y a un cran de sécurité, dit Richie. Le petit bouton rouge, là. Oui, ça. Fais gaffe à pas le toucher sans faire exprès. Ce que t’as dans la pogne, mon petit, c’est rien moins qu’un lance-grenades à réaction. Un lance-bombes, pratiquement. T’y croirais pas, tellement c’est rachdingue, mais ça te balance un mignon projectile qui explose avec une force incroyable et fait des dégâts extraordinaires. Ex-tra-or-di-naires. Je le sais parce que j’ai essayé. C’est dément, le carnage que ce machin peut faire.

— Il est chargé ?

— Oh, que si, tu peux parier ton petit cul basané que si ! Chargé et prêt à tirer ! Une machine à tuer les Entités du tonnerre de Dieu, le produit de mois et de mois de travail passionné d’une petite bande de desperados super doués pour la mécanique de précision. Mais cons comme les autres, avec toute leur science… Hé, petit, donne-moi ce truc avant que tu nous le fasses péter sous le nez. »

Khalid lui rendit l’arme. « Pas si cons que ça. Ça a l’air très bien fait.

— J’ai bien dit qu’ils étaient doués, non ? C’est un fichu triomphe de la miniaturisation, ce lance-missiles de poche. Mais de là à s’imaginer qu’ils pouvaient bousiller une Entité ! Comme si personne n’avait jamais essayé. C’est impossible, Ken, mon petit. Personne y est jamais arrivé, et personne y arrivera jamais. »

Incapable de détacher ses yeux de l’arme, Khalid demanda obligeamment : « Et pourquoi donc, monsieur ?

— Parce qu’Elles sont indestructibles, bordel !

— Même avec un truc comme ça ? Vous avez parlé de “force incroyable” et de “dégâts extraordinaires”, monsieur.

— Ça bousillerait bien une Entité, pour sûr, à condition qu’on puisse faire un carton dessus. Toute l’affaire, mon petit bonhomme, c’est d’arriver à tirer ! Et ça, c’est impossible. T’es en train de viser, et les autres sont déjà en train de détecter à la source tes putains de mauvaises intentions. C’est comme ça qu’Elles font, Elles lisent dans ton esprit comme dans un bouquin. Elles captent toutes tes méchantes petites pensées hostiles, quoi. Et puis -bang ! – Elles te foutent la Pression dessus, et t’es bon, pif, paf pouf ! Y a au moins quatre cas de connus. Des attentats manques. Les types avaient essayé de tirer sur une Entité qui passait par là. On a trouvé les corps et les armes balancés comme des ordures au bord de la route. »

Richie promena ses mains sur l’arme, la caressant presque amoureusement.

« Le flingue que tu vois là, il a une portée pas ordinaire, un système de visée super, et il peut toucher sa cible à une distance considérable. Mais je suis sûr que ça serait pas suffisant. Les autres peuvent faire leur numéro de télépathie à trois cents mètres de distance. Cinq cents, si ça se trouve. Ou même un kilomètre, qui sait ? N’empêche que c’est une putain de bonne chose qu’on ait démantelé ce réseau cette fois-ci. Au cas où ils auraient réussi leur coup.

— Ça irait mal pour nous si une Entité se faisait tuer, n’est-ce pas ?

— Ça irait mal, tu dis ? s’esclaffa Richie. Putain, ce serait une catastrophe épouvantable. Tu sais ce qu’Elles ont fait la seule et unique fois où quelqu’un a réussi à les amocher un peu ? Merde, tu peux pas le savoir. C’était à peu près au moment où tu venais de naître. Des enculés de Ricains complètement givrés ont lancé une attaque laser depuis l’espace sur un Q.G. des Entités. Peut-être qu’ils ont en tué deux ou trois, peut-être que non ; en tout cas, les Entités nous ont rendu la monnaie de la pièce en lâchant dans la nature une épidémie qui a pratiquement liquidé la moitié de la population mondiale. Rien qu’ici, à Salisbury, les gens tombaient comme des mouches. J’ai attrapé le truc moi aussi. J’ai cru que j’allais y passer. Putain, j’espérais même que j’allais crever, tellement j’étais atteint. Alors je me suis levé de mon lit de douleur et j’ai repoussé le mal. Mais on veut pas risquer de ramasser encore une épidémie sur la tronche, pas vrai ? Ou n’importe quelle punition dégueulasse que les Entités voudront nous infliger. Parce qu’Elles s’en priveront pas. Une chose est sûre, et ça depuis le début, c’est que nos patrons ont pas l’intention de se laisser emmerder par nous, mon pote. À la première petite connerie isolée, attention au retour de flamme. »

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