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Le grand silence [The Alien Years - fr]

Электронная книга - «Le grand silence [The Alien Years - fr]». Краткое содержание книги:

Cette fois, ce n’est plus du cinéma ! Surgis de nulle part, les extraterrestres ont débarqué sur la Terre pour s’installer dans les principales métropoles du globe : Los Angeles, New York, Londres, Prague, Paris…
Indiciblement beaux ou incroyablement hideux – les avis sont partagés sur les géants d’outre-espace –, refusant toute communication depuis les enclaves impénétrables où ils se sont enfermés, ils dirigent la planète selon des voies mystérieuses par l’intermédiaire de collaborateurs humains télépathiquement asservis. Communications, gouvernements et systèmes bancaires disparaissent, plongeant le monde dans le chaos. Coupures d’électricité à grande échelle, pandémies, déportations et exécutions massives sanctionnent les tentatives de rébellion. Les Entités, comme on les appelle, sont venues, Elles ont vu, Elles ont vaincu. Mais pas sur toute la ligne… En Californie du Sud, le vieux colonel Carmichael prêche la Résistance au milieu de son clan rassemblé dans les collines de Santa Barbara. Ex-hippie ou ex-militaire, escroc repenti ou musulman mystique, professeurs d’université ou informaticiens de haute volée, au fil des générations, la pittoresque tribu Carmichael va unir ses compétences pour bouter l’envahisseur hors de la Terre…
A la fois étrange et familière, une chronique de cinquante ans d’occupation extraterrestre qui atteint à l’ampleur d’Autant en emporte le vent.
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— La mère de ma mère. Sa belle-mère, en fait. Elle a été comme une mère pour moi. Une femme d’une grande bonté.

— Cela ne fait pas de doute. Et je crois que vous êtes un homme très, très en colère.

— Libre à vous de le croire », répéta Khalid.

Une demi-heure plus tard, assis près du hublot, Khalid scrutait sans la moindre curiosité le vaste océan bleu piqueté d’îles qui s’étendait sous ses yeux. Elle revint à la charge et lui demanda une fois de plus si elle pouvait s’asseoir à côté de lui. Pareille politesse de la part d’un membre de l’administration le plongeait dans la perplexité, mais il lui fit signe, la paume ouverte, de faire comme il lui plaisait. Elle s’assit en tailleur avec, encore une fois, une aisance surprenante.

Elle désigna du menton Moulay ben Dlimi, assis le dos contre la coque de l’avion, le regard voilé comme s’il était en transe. « II ne comprend vraiment pas l’anglais ? demanda-t-elle.

— Il n’en a jamais donné l’impression. Nous avions dans notre équipe une femme qui lui parlait en français. Il n’a jamais adressé le moindre mot à quelqu’un d’autre.

— Parfois, des gens comprennent une langue mais se refusent encore à la parler.

— Ça doit être ça. »

Elle inclina le buste vers le Nord-Africain et dit : « Tu ne comprends vraiment pas l’anglais ? »

II la considéra d’un regard absent puis repartit dans ses nuages.

« Pas un seul mot ? »

Toujours pas de réaction.

Avec un sourire engageant, elle lui dit alors, sur le ton de la conversation polie : « Ta mère faisait la pute au marché, Moulay ben Dlimi. Ton père baisait des chameaux. Et toi, tu es le petit-fils d’un porc. »

Moulay ben Dlimi secoua mollement la tête et se remit à fixer le vide.

« Tu ne me comprends pas, même pas un tout petit peu, hein ? dit Cindy. Ou alors, tu as encore plus de sang-froid que l’ami Khalid. Bon, que Dieu te bénisse, Moulay ben Dlimi. Je crois que je ne risque rien à parler devant toi. » Elle se retourna vers Khalid. « Bon. Maintenant, passons aux choses sérieuses. Est-ce que tu serais prêt à faire quelque chose de contraire à la loi ?

— De quelle loi vous parlez ? Il y a une loi dans ce monde ?

— Autre que celle d’Allah, tu veux dire ?

— Autre que celle-là, oui. Il y a une loi ici-bas ? redemanda-t-il.

— Écoute-moi bien, lui confia-t-elle à l’oreille. J’en ai marre de travailler pour les Entités, Khalid. J’ai été leur loyale servante pendant plus de vingt ans et ça suffit. Quand Elles ont débarqué, la première fois, j’ai cru que c’était un miracle pour la Terre ; ça aurait pu en être un, mais ça n’a pas marché. Elles n’ont pas partagé leur grandeur avec nous. Elles se sont servies de nous, voilà tout, sans jamais nous dire à quoi nous servions. En plus, tu sais, Elles m’avaient promis de me montrer leur planète. Mais Elles n’ont pas tenu leur promesse. Elles devaient m’emmener là-bas comme ambassadrice de la Terre : je suis sûre que c’est ce qu’Elles me disaient avec leur esprit. N’empêche qu’Elles n’ont rien fait. Elles m’ont menti, ou alors c’est moi qui ai tout imaginé, et dans ce cas, je me mentais à moi-même. N’importe comment, Elles peuvent aller se faire voir, Khalid. Je ne veux plus être leur quisling.

— Pourquoi me racontez-vous ça ?

— Qu’est-ce tu sais de la géographie des Etats-Unis ?

— Vraiment rien. C’est très grand et c’est très loin, c’est tout ce que je sais.

— Le Nevada, là où nous allons, est un endroit aride, désert et inutile où personne ne voudrait vivre à moins d’être cinglé. Mais c’est juste à côté de la Californie, et moi, je suis originaire de Californie. Je veux rentrer chez moi, Khalid.

— Oui, j’imagine. Et en quoi cela me concerne-t-il ?

— Je viens de la ville de Los Angeles. Tu as entendu parler de Los Angeles ? Bon… Il y a environ cinq cents kilomètres, il me semble, de Las Vegas, Nevada, à Los Angeles. C’est plutôt désertique tout au long du parcours. C’est le désert, en fait. Une femme qui voyage seule sur une distance pareille risque d’avoir des problèmes. Même une vieille dame endurcie comme moi. Tu vois en quoi ça pourrait te concerner ?

— Non. Je suis en détention permanente.

— Cette situation pourrait être inversée par un simple recodage de ton dossier. Je pourrais faire ça pour toi, tout comme je me suis arrangée pour me trouver dans cet avion. Nous pourrions quitter le centre de détention ensemble et personne n’y trouverait à redire. Et tu m’accompagnerais jusqu’à Los Angeles.

— Je vois. Et après, je serais libre une fois à Los Angeles ?

— Libre comme l’air, Khalid.

— Oui. Mais au centre, on me donne un endroit pour dormir et de quoi manger. À Los Angeles, où je ne connais personne, où je ne vais rien comprendre…

— C’est beau, là-bas. Il fait chaud toute l’année, il y a des fleurs partout. Les gens sont sympas. Et je t’aiderai. Je ferai en sorte que ça se passe bien pour toi là-bas… Écoute, nous ne serons pas aux États-Unis avant deux jours. Ça te donne le temps de réfléchir à ma proposition, Khalid »

II réfléchit donc. De Turquie, ils passèrent en Italie où ils firent escale à Rome, pour refaire le plein de carburant ; ils se ravitaillèrent à nouveau à Paris et encore une fois en Islande ; ensuite, ce fut une longue période irréelle où ils survolèrent neiges et glaces avant d’atterrir quelque part au Canada. Pour Khalid, ce n’étaient que des noms. Los Angeles aussi. Il agitait tous ces noms dans sa tête et dormait de temps en temps ; une fois, il prit le temps de réfléchir à la proposition de Cindy, la quisling.

Il lui vint à l’esprit que ce pourrait être un stratagème quelconque, un piège ; mais il se demanda alors à quoi cela leur servirait de lui tendre un piège alors qu’il était déjà leur prisonnier et que, de toute façon, les Entités pouvaient faire de lui tout ce qu’Elles voulaient. Plus tard, il se surprit à se demander s’il ne devait pas prier la femme d’emmener aussi Krzysztof avec eux, parce que c’était un joyeux camarade au grand coeur, que Khalid l’aimait bien – pour autant qu’il puisse aimer qui que ce soit –, et qu’en plus, le robuste Krzysztof pourrait se révéler utile dans la traversée de ce désert. Et tout en se posant la question, Khalid se rendit compte que la décision s’était en quelque sorte imposée toute seule dans son esprit.

« Non, je ne peux pas l’emmener, dit Cindy. Je ne peux pas prendre le risque d’en libérer deux comme vous. Si tu ne veux pas venir, je m’adresserai à lui. Mais ça ne pourra être que l’un ou l’autre de vous deux.

— Alors, soit, dit Khalid. J’accepte. »

II regretta d’abandonner Krzysztof. Mais il fallait bien qu’il en soit ainsi, n’est-ce pas ? Il en serait donc ainsi.

Le Nevada était l’endroit le plus laid qu’il ait jamais vu ou imaginé, un pays de cauchemar aux antipodes de la verte et riante Angleterre qui, du coup, lui semblait presque appartenir à une autre planète. On aurait dit qu’il n’avait pas plu depuis cinq cents ans. La Turquie aussi connaissait la chaleur et la sécheresse, mais en Turquie, il y avait des fermes partout, l’océan à côté, et des arbres sur les collines. Ici, il n’y avait apparemment que du sable, des rochers, de la poussière, des arbustes noueux ça et là, et, plus loin encore, de petites montagnes sombres et difformes, totalement dépourvues de végétation. Et la chaleur descendait du ciel comme une chape de métal qui n’arrêtait pas de peser sur vous.

Las Vegas, ville où avait pris fin leur long voyage en avion, était laide elle aussi, mais d’une laideur qui amusait l’œil. Il n’y avait pas deux immeubles semblables : l’un ressemblait à une pyramide égyptienne, un autre à un palais romain, d’autres évoquaient des structures sortant de rêves ou de fantasmes bizarres, et tout était d’une taille colossale. Khalid aurait bien aimé s’y attarder, histoire de faire de ces étranges édifices quelques esquisses qui les implanteraient plus fermement dans sa mémoire. Mais Cindy et lui quittèrent La Vegas presque immédiatement, s’enfonçant ensemble dans l’atroce et sinistre désert qui entourait la ville.

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