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Le grand silence [The Alien Years - fr]

Электронная книга - «Le grand silence [The Alien Years - fr]». Краткое содержание книги:

Cette fois, ce n’est plus du cinéma ! Surgis de nulle part, les extraterrestres ont débarqué sur la Terre pour s’installer dans les principales métropoles du globe : Los Angeles, New York, Londres, Prague, Paris…
Indiciblement beaux ou incroyablement hideux – les avis sont partagés sur les géants d’outre-espace –, refusant toute communication depuis les enclaves impénétrables où ils se sont enfermés, ils dirigent la planète selon des voies mystérieuses par l’intermédiaire de collaborateurs humains télépathiquement asservis. Communications, gouvernements et systèmes bancaires disparaissent, plongeant le monde dans le chaos. Coupures d’électricité à grande échelle, pandémies, déportations et exécutions massives sanctionnent les tentatives de rébellion. Les Entités, comme on les appelle, sont venues, Elles ont vu, Elles ont vaincu. Mais pas sur toute la ligne… En Californie du Sud, le vieux colonel Carmichael prêche la Résistance au milieu de son clan rassemblé dans les collines de Santa Barbara. Ex-hippie ou ex-militaire, escroc repenti ou musulman mystique, professeurs d’université ou informaticiens de haute volée, au fil des générations, la pittoresque tribu Carmichael va unir ses compétences pour bouter l’envahisseur hors de la Terre…
A la fois étrange et familière, une chronique de cinquante ans d’occupation extraterrestre qui atteint à l’ampleur d’Autant en emporte le vent.
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Il attendit. Les heures passèrent et il commença – calmement – à se rendre compte qu’il risquait de revenir bredouille cette nuit-là, car il fallait qu’il soit rentré et recouché avant que Richie ne se réveille et s’aperçoive de son absence et de celle du lance-grenades. Un heure de plus, deux au grand maximum, c’était tout ce qu’il pouvait se permettre.

Puis il aperçut une lumière turquoise sur la grand-route et comprit qu’un véhicule extraterrestre approchait, venant de Salis-bury. Il apparut un moment plus tard : il transportait deux créatures, debout, côte à côte, dans leur bizarre chariot sur coussin d’air.

Khalid le considéra avec une terreur respectueuse. Et s’émerveilla une fois de plus de l’élégance de ces Entités, de leur grâce, de leur lumineuse splendeur.

Que vous êtes belles ! Mais si. Mais si.

Elles passèrent devant lui sur leur étrange véhicule comme si Elles avançaient sur un fleuve de lumière, et il lui sembla, en examinant froidement celle qui était de son côté, que ce qu’il voyait là était sûrement un djinn des djinns : une de ces créatures d’Allah faites de feu sans fumée, une création distincte. Qui néanmoins devrait finalement se tenir devant Allah pour être jugée, tout comme nous.

Qu’elle est belle. Quelle est belle !

Je t’aime.

Oui, il l’aimait. Pour sa beauté cristalline. Un djinn ? Non, c’était un être d’une classe supérieure ; un ange. C’était un être de pure lumière, un être de feu froid et limpide, sans fumée. Il était subjugué par cette perfection angélique.

Sans cesser de l’aimer, de l’admirer, de l’adorer même, Khalid épaula calmement le lance-grenades, visa calmement, centra calmement sa cible dans le collimateur. Il vit l’Entité, malgré son éloignement, parfaitement encadrée par le réticule. Il libéra calmement le cran de sécurité, comme Richie le lui avait imprudemment montré, et posa calmement le doigt sur le bouton de mise à feu.

Son âme était pleine d’amour pour la créature de toute beauté qu’il voyait devant lui lorsqu’il appuya – calmement – sur le bouton. Il entendit un bruit de décompression et sentit l’arme reculer contre son épaule avec une force étonnante, l’envoyant heurter un arbre derrière lui et lui coupant momentanément le souffle. Un instant plus tard, le côté gauche de la tête de la splendide créature explosa dans une cascade de flammes, une averse de fragments rayonnants. Une brume rouge-verdâtre de ce qui devait être du sang extraterrestre commença à se répandre dans l’air.

L’Entité touchée chancela et tomba à la renverse, disparaissant sur le plancher du véhicule.

Au même instant, la deuxième Entité, celle qui se tenait de l’autre côté, fut parcourue d’une convulsion si frénétique que Khalid se demanda s’il n’avait pas réussi à la tuer elle aussi avec cet unique projectile. Vacillante, elle partit en avant, puis en arrière, et s’écrasa contre le garde-fou du véhicule avec une telle violence que Khalid crut presque entendre le choc. L’immense corps tubu-laire se tortillait, agité de secousses, et semblait même changer de couleur : la teinte violette fonça un instant presque jusqu’au noir et les taches orange virèrent au rouge incandescent. Il était difficile d’en avoir la certitude à pareille distance, mais Khalid eut également l’impression que sa peau membraneuse se plissait et se gonflait comme pour témoigner d’une douleur presque insupportable.

Il comprit qu’Elle devait vivre l’agonie de sa compagne. En voyant l’Entité tituber aveuglément sur la plate-forme du véhicule en proie à ce qui devait être d’atroces douleurs, l’âme de Khalid fut inondée de compassion pour la créature, de chagrin et d’amour. Il était impensable de tirer une nouvelle fois. Il n’avait jamais eu l’intention d’en tuer plus d’une ; et de toute façon, il se savait aussi incapable de tirer sur l’infortunée survivante que sur Aïcha.

Entre-temps, le véhicule n’avait cessé d’avancer en silence comme si de rien n’était. Un instant plus tard, il entama un virage, disparut aux yeux de Khalid et poursuivit sa route vers Stonehenge.

Il resta un moment immobile à observer l’endroit où s’était trouvé le véhicule quand il avait tiré le coup fatal. Il n’y avait plus rien, aucune trace de ce qui s’était passé. S’il s’était passé quelque chose. Khalid n’éprouvait ni satisfaction ni chagrin ni, à vrai dire, d’émotion d’aucune sorte. Son esprit était totalement vide. Il veilla à le maintenir dans cet état, sachant qu’il signerait son arrêt de mort s’il se laissait aller une seule fraction de seconde.

Il fixa le lance-grenades sur le porte-bagages, enfourcha sa bicyclette et rentra sans se presser. Minuit était passé depuis longtemps ; la route était déserte. Chez lui, il trouva tout dans l’état où il l’avait laissé : la voiture d’Arch garée devant la maison, l’entrée encore allumée, Richie et Arch en train de ronfler dans la chambre de Richie.

Ce ne fut qu’à ce moment-là, entre quatre murs, que Khalid se permit le luxe de caresser, rien qu’un instant, la réjouissante pensée qui papillotait depuis une heure au seuil de sa conscience.

Je te tiens, Richie ! Je te tiens, salaud !

Il remit le lance-grenades dans le placard, se coucha, s’endormit presque immédiatement et dormit à poings fermés jusqu’aux premiers chants d’oiseaux.

Au milieu de l’effervescence considérable qui s’empara de Salis-bury le lendemain – des véhicules extraterrestres partout, des détachements de ces créatures luisantes en forme de ballons que tout le monde appelait les Globules allant de maison en maison –, ce fut Khalid en personne qui fournit la clef du mystère de l’assassinat perpétré durant la nuit.

En ville, devant le marché couvert, il aborda un garçon du nom de Thomas qu’il connaissait un peu de vue et lâcha, presque négligemment : « Tu sais, je crois que ça pourrait bien être mon père qui a fait le coup. Quand il est rentré hier soir, il a ramené une sorte de gros fusil bizarre. Il a dit que c’était pour tuer des Entités et il l’a planqué dans un placard du séjour. »

Thomas ne voulait pas croire que le père de Khalid ait pu être capable d’un acte d’héroïsme aussi démesuré que l’assassinat d’une Entité. Mais si, mais si, soutint Khalid impatiemment, avec un aplomb dans le mensonge qui frisait le sublime. C’est lui, je sais que c’est lui, il parlait tout le temps d’en tuer une un de ces jours, et il y est finalement arrivé.

Sans dêconner !

Ben oui, depuis le temps qu’il en rêvait…

Mais alors…

Oui. Khalid repartit. Thomas aussi. Khalid prit soin de ne pas s’approcher de la maison de tout le matin. Richie était la dernière personne qu’il voulait voir. Mais il n’avait rien à craindre de lui. À midi, Thomas avait de toute évidence répandu efficacement la délirante fanfaronnade de Khalid Burke dans toute la ville, car à cette heure-là le bruit courut dans les rues qu’un détachement de Globules était allé chez lui et avait emmené Richie Burke.

« Et ma grand-mère ? demanda Khalid. Elle n’a pas été arrêtée elle aussi, au moins ?

— Non, uniquement lui, lui répondit-on. Billy Cavendish a assisté à la scène, et il était tout seul. Il gueulait tout ce qu’il pouvait, sans arrêt, comme un type qu’on embarque pour le pendre. »

Khalid ne revit jamais son père.

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