La victoire d'Angélique
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:
Car, la discernant enfin, immobile, dans son encoignure, comme une statue, comme un totem de bois, elle eut un doux et triomphant sourire.
Au-dehors, les voix, le rire satanique se rapprochaient.
La jeune Indienne mit un doigt sur sa bouche. Elle fit signe à Honorine de la suivre. Puis comprenant qu'elle était incapable de se mouvoir, elle l'enleva dans ses bras frêles.
Ceux qui arrivaient et s'arrêtaient devant la remise, venant chercher leur innocente victime pour une immolation abominable, et, assurés de son impuissance, ne se hâtaient pas de tourner les clés, savourant les prémisses des jouissances malsaines qu'inspirent aux hommes dépravés la terreur et les tortures infligées à l'être faible et sans défense, et sur lequel ils ont pris pouvoir – seules jouissances dont la plupart d'entre eux, perdus de vices et débauchés, pouvaient encore se prévaloir –, les démons ricanants qui se groupaient derrière leur égérie, déjà prêts à l'assister dans son cruel et luxurieux divertissement, se souviendraient plus tard, d'avoir entr'aperçu, tandis qu'ils s'approchaient, une femme indienne portant un enfant et dont la mince silhouette drapée dans sa couverture de traite rouge, avait disparu au tournant de la ruelle.
– Oh ! Catherine ! Tu m'as sauvée ! dit Honorine en mettant ses bras autour du cou de la jeune Iroquoise. Oh ! Catherine, tu m'as sauvée « in extremis » !...
Huitième partie
Les feux de l'automne
Chapitre 34
Par les sentiers du Maine américain, entre Kennébec et Penobscot, cheminait la caravane, et sous les ramures, philosophaient des petits enfants.
– C'est quand le Malheur vient, que lui, Sire Chat, ne vient pas.
– Comment il est le Malheur ?
– C'est un grand bonhomme noir avec un grand sac.
– Peut-être que le Malheur va manger Sire Chat ?
Charles-Henri et les jumeaux discutaient de l'absence de Sire Chat qui, au moment du départ de la caravane vers Wapassou, s'était révélé introuvable, ce qui les privait de leur compagnon de jeu jusqu'à la prochaine saison. Et Angélique n'aimait pas cela. Non pas qu'elle craignît pour Sire Chat. Il reparaissait toujours triomphalement là où il lui plaisait d'être. Mais Angélique ne pouvait s'empêcher de penser que, s'il l'abandonnait, elle, c'est qu'il devait avoir des raisons graves.
Et tandis que les pas des mules, qui portaient les enfants, et ceux de son cheval sonnaient sur le sentier pierreux, elle se demandait si le chat ne fuyait pas, en elle, la malédiction de la démone, comme des miasmes contagieux.
C'est de cela que s'entretenaient les enfants, bien fixés, chacun dans de petits fauteuils, sur des mules alertes au pied sûr. Ils n'étaient pas restés sourds aux conversations qui avaient agité Gouldsboro, et, d'après ce qu'elle comprenait de cette importante conversation dont Charles-Henri était à la fois l'interprète et le commentateur – car le langage des jumeaux, pourtant très volubiles, exigeait parfois des éclaircissements – ils s'étaient forgés dans leurs petites têtes une image de ce Malheur gigantesque et sombre qu'ils avaient senti planer sur les adultes inquiets.
– Je ne veux pas que le Malheur mange Sire Chat, dit Gloriandre, dont la lèvre rose trembla sur des sanglots proches.
– Sire Chat ne se laisse pas manger, la rassura tout de suite Angélique. Au contraire, ce sera peut-être Sire Chat qui lui crèvera les yeux, au Malheur.
– Mais le Malheur n'a pas des yeux, lui répondit Raymon-Roger en la regardant d'un air hautain, ses prunelles marron noir qui contrastaient avec ses cheveux bouclés et mordorés et son teint blanc s'arrondissant au point que, lorsqu'il vous fixait ainsi, on ne voyait qu'elles.
Angélique aimait leur babillage au long du chemin.
À tour de rôle, elle les prenait sur le devant de sa selle, et pendant quelques heures, par l'intimité de ses bras refermés autour d'un petit corps confiant dont elle sentait palpiter le cœur aux élans neufs, l'esprit en éveil comme celui d'un oiseau qui s'éveille à ses premiers chants, elle tissait les liens étroits et chaleureux entre elle et eux, qui se fortifieraient et s'enrichiraient au long de leurs deux vies : « Mon enfant ! » « Ma mère ! »
Les yeux bleus de Gloriandre, et ses noirs cheveux plus beaux que la plus belle des nuits, la beauté-laideur de Raymon-Roger, le « comte roux » qui, toute sa vie, fascinerait sans qu'on pût déterminer pourquoi, et en lequel elle sentait cette raideur de combat, qui avait dû être celle de Joffrey enfant lorsqu'il avait décidé de refuser la mort, dans le panier du paysan catholique.
Et puis ce Charles-Henri, l'enfant étranger, marqué du destin, bon, vaillant, au rare mais doux sourire, qui, lorsqu'il la regardait avec tant de joie contenue lorsqu'elle le prenait à son tour sur son cheval, lui rappelait le regard de l'enfant disparu dont il portait le nom.
– L'orignal est une bête mélancolique au sombre caractère, se complaisant dans l'humidité.
Sur leur parcours, ils passaient près d'un petit étang d'un vert étincelant, et chaque fois, ils y avaient vu un orignal buvant, dont les bois superbes s'ouvraient sur le ciel comme des ailes.
Angélique se persuadait que c'était toujours le même animal, un peu plus grand chaque année, qui venait les attendre là.
Elle lui disait :
– Bonjour, gardien du Kennébec.
Et les enfants, après elle, répétaient son salut.
Ils mirent près d'un mois à remonter le Kennébec et à atteindre Wapassou.
La saison n'étant pas avancée, rien ne pressait la caravane et l'on pouvait s'arrêter aux étapes devenues familières.
À Wolvich, village anglais du Maine où était né leur ami-ennemi Phips, Angélique pensait retrouver Shapleigh, l'homme des médecines. Il ne vint pas et, regrettant de ne pas l'avoir vu ainsi que son épouse indienne, son fils, et sa bru qui avait nourri Gloriandre, ils reprirent leur route. Angélique était également contrariée de l'avoir manqué, car ses provisions d'écorce de quinquina pour la malaria s'épuisaient, et il était le seul à pouvoir lui en procurer.
L'estuaire du grand fleuve développait son réseau compliqué de multiples presqu'îles et d'îlots, hérissés de sapins noirs dont les branches basses trempaient dans l'eau.
Dans ce labyrinthe se faufilaient canoës d'Indiens et navires dont les mâts et les voiles apparaissaient au-dessus de la cime des arbres.
Chaque été, les pirates des Caraïbes remontaient les premiers miles de son estuaire, dans une vague espérance d'Eldorado pour aboutir au poste du Hollandais Peter Boggen sur l'île de Houssnok, dont les plus grandes richesses étaient représentées par la fabrication de grosses boules de pain de froment, dont les Indiens de la région étaient friands, et des tonneaux de bière.
Les pirates se consolaient autour d'une marmite de sa mixture brûlante dont le Hollandais avait le secret, dans laquelle entraient deux gallons du meilleur madère, trois gallons d'eau, sept livres de sucre, de la mouture d'avoine fine, raisins secs, citrons, épices... le tout flambé dans un grand bol d'argent.
Ils passèrent ensuite au large de la mission désaffectée de Norridgewook qui avait été celle du Père d'Orgeval, s'arrêtèrent quelques jours à la mine du « Sault-Barré » qui était tenue par l'Irlandais O'Connell. Depuis qu'il avait épousé la sage-femme Gloria Hillery, son caractère s'était un peu amélioré.
Au cours de ce voyage, il n'y eut qu'un seul incident, mais de taille.
Un peu après qu'ils eussent quitté la mine du Sault-Barré, les premiers porteurs revinrent en arrière, l'air troublé, en disant qu'ils avaient aperçu des Iroquois en grand nombre. Depuis des années, depuis le drame de Katarunk qui s'était déroulé dans ces parages, aucun parti d'Iroquois, venant l'été piller et tuer, n'avait été signalé dans la région.