Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
1 ... 66 67 68 69 70 71 72 73 74 ... 156
Перейти на страницу:

D'être assise en sa présence, sans être obligée de feindre, de parler, de répondre, lui fit du bien.

Le calme solide qui émanait de lui, et l'amour passionné qu'elle le sentait éprouver pour elle, endormait sa douleur comme une drogue.

Avec bonne volonté, elle réussit à porter à ses lèvres quelques cuillerées de potage et, quand elle relevait les yeux, elle voyait son bleu regard fixé sur elle avec intensité.

– À quoi penses-tu, Colin ?

– Je pensais... Combien les femmes deviennent inaccessibles quand leur enfant est en danger. Et combien nous nous sentons impuissants, nous autres hommes, pour les défendre de cette angoisse.

– Vous pouvez plus que vous ne croyez. C'est bon de ne pas être seule à aimer un enfant.

Et elle se souvenait de Joffrey s'inclinant devant la petite Honorine, un bébé encore, qui lui demandait ardemment :

« Pourquoi m'aimes-tu ? Pourquoi ? »

Et lui, répondant avec un grand salut :

« Parce que je suis votre père, damoiselle. »

Elle n'était pas seule.

Colin posa sa large main chaude sur la sienne.

– Tu n'es pas seule, fit-il en écho à sa pensée. Notre amour veille près de toi. Notre amour veille sur elle.

Et il répéta avec assurance la même phrase que Siriki avait dite :

– Ne crains rien. Ta fille sera sauvée.

Septième partie

L'odyssée d'Honorine

Chapitre 32

Honorine savait que la femme aux yeux jaunes voulait sa mort. Et pire encore !

Quand le regard de la dame était tombé sur elle, au parloir, elle s'était sentie très mal.

Et la nuit, elle avait rêvé de ses yeux jaunes sur elle. « Dame Lombarde, l'empoisonneuse. »

Et depuis que mère Bourgeoys était partie, elle était habitée par une maladie qui l'empêchait de respirer et presque de dormir. Si elle en avait expliqué les symptômes à la mère infirmière, celle-ci lui aurait peut-être dit que cette maladie se nommait la peur.

Elle n'avait jamais éprouvé cette maladie.

« Même l'ourse qui voulait nous tuer pour défendre son petit n'était pas aussi féroce que cette femme aux yeux jaunes... »

Mère Jalmain et ses petites amies qui s'extasiaient : « Vous allez monter en carrosse avec la femme du gouverneur... » étaient stupides. Quand la dame reviendrait, elles l'obligeraient toutes, avec des tas de rires et de phrases idiotes, à suivre cette femme horrible, à partir avec elle. Et elle sentirait se refermer sur son poignet cette main, comme la première fois, mais cette fois, mère Bourgeoys ne serait pas là pour intervenir. Et elle ne pourrait rien faire !

Contre cela même, son arc et ses flèches ne pouvaient rien. Si elle essayait, tout le monde rirait et se moquerait d'elle. Et elle se laisserait entraîner. Et elle allait être prisonnière !...

Lorsqu'on l'avertit que, dans l'après-midi, madame de Gorretat allait venir la chercher pour l'emmener à la fête, elle décida de se cacher. Mais on aurait tôt fait de la dénicher.

Elle pensa s'enfuir. Mais où ?

Tout à coup une idée lui vint.

– Je vais aller chez mon oncle et ma tante du Loup, près de la Chine.

C'était bon de s'en souvenir.

« J'ai une famille ! »

Elle faisait partie de cette famille. Une famille se doit de défendre ceux qui lui appartiennent, comme dans les tribus. Tandis qu'avec les étrangers, même s'ils vous aiment beaucoup, on ne peut être jamais sûr qu'un jour ils ne se détourneront pas de vous. Vous ne faites pas « partie » de leur famille.

« Mon oncle, ma tante, mes cousins » se répéta-t-elle avec satisfaction.

Et sa tante était si gentille.

Apercevant la porte du jardin ouverte, elle fut sur le point de mettre aussitôt son projet à exécution. Le regret de ses deux boîtes à trésors qu'elle ne pouvait laisser derrière elle la retint et, par la faute de cette hésitation, elle fut contrainte de suivre à la récréation les autres dans la cour, où on leur distribua, pour la collation de dix heures, une tartine et une poire.

Honorine mit pain et fruit dans la poche de son « devantier » de toile. La route serait longue, et elle aurait besoin de manger en chemin.

Elle réussit, sans se faire remarquer, à rentrer dans la maison et à monter jusqu'à l'étage des dortoirs.

Grimper sur une chaise sommée d'un escabeau pour atteindre l'étagère ne fut pas une petite affaire. Ayant récupéré ses deux boîtes, et se retrouvant au sol sans dommage, Honorine s'empara du havresac indien de Mélanie Couture, ça lui apprendrait à ne jamais le prêter, dans lequel elle mit son bien, et dont elle se passa la bandoulière à l'épaule.

Maintenant, elle suivait le bord du fleuve, heureuse d'avoir pu sortir du jardin et s'éloigner sans être remarquée. Elle n'était pas très sûre de la direction à prendre, et avançait en hésitant. Une brume bleutée pastellisait les alentours, noyait les contours des buissons d'osier et les bouquets de saules. La rive lointaine s'effaçait.

Si la brume se faisait plus dense encore, Honorine espérait ainsi devenir invisible.

L'œil requis par la danse nerveuse d'une libellule, le bourdonnement d'un essaim de moustiques, par instants elle s'arrêtait. Elle se tenait là, rêveuse, petite personne en robe de coutil et caraco d'été, son havresac lui battant les mollets. Et sur ses épaules, ses cheveux qui s'échappaient du béguin de linon blanc mettaient une tache d'aurore à travers les brouillards.

Une voix jeune chanta, derrière le feuillage retombant des saules, et une barque à l'unique voile qu'on venait de laisser tomber, glissa et vint cogner contre la rive.

Le pilote, Pierre Lemoine, un grand jeune homme, reconnut Honorine.

– Vous vous promenez, demoiselle ?

– Je dois me rendre chez mon oncle et ma tante, fit Honorine, importante. Les Seigneurs du Loup, à Saint-Pierre.

Prise d'une inspiration subite, elle ajouta :

– Pouvez-vous m'y conduire ?

– Pourquoi pas ? fit le jeune homme avec entrain.

Fils du fleuve, il n'était heureux qu'à la manœuvre de son esquif et ne perdait aucune occasion de savourer, en des navigations sans fin, la liberté d'être son seul maître, entre ciel et eaux.

Il la fit monter, prendre place sur le banc, et, après avoir gagné à la rame le milieu du fleuve, dressa la voile carrée en sifflotant.

Le vent était bon. Se gardant des courants dont il connaissait toutes les ruses, le jeune nautonier ne mit que deux heures à joindre la crique où les habitants de la région de Saint-Pierre abordaient.

Au-delà de la paroisse de Saint-Martin, le brouillard s'était dissipé, et le fleuve reparut sous le ciel bleu, luisant comme une peau de serpent, agité de remous qui annonçaient les rapides de La Chine.

Ç'avait été une promenade charmante. Ils avaient chanté tour à tour ou en chœur toutes les chansons de leur répertoire d'école ou d'église.

Pierre Lemoine en savait quelques autres pour être allé une fois aux Grands Lacs et il donna à Honorine la primeur de celle qui commence ainsi :

Je m'en reviens des pays hauts

Adieu tous les sauvages...

– Vous avez encore à marcher, lui dit-il, après l'avoir aidée à prendre pied sur la rive, mais je vais vous indiquer un raccourci.

« Lorsque vous aurez remonté jusqu'au hêtre rouge, là-bas, vous ne prendrez pas le chemin du Roy qui fait un long détour, mais vous bifurquerez sur la droite et, après avoir longé un petit bois, vous vous trouverez devant un sentier qui traverse de grands pâturages. Le manoir du Seigneur du Loup est au bout.

1 ... 66 67 68 69 70 71 72 73 74 ... 156
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)