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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Elle le regarda s'éloigner, reprenant ses chansons. Il avait bien de la chance d'être un garçon et de pouvoir aller aux bois, jusqu'aux Mers Douces ou jusqu'à la Vallée des Iroquois.

Elle se mit en route, rassurée de reconnaître les lieux. Elle était déjà passée par là quand elle était venue avec sa mère.

Angélique, avant de la quitter, lui avait bien recommandé de chercher à voir sa famille si elle était triste. Mais jusque-là, elle n'avait pas été assez triste pour avoir envie de les voir. Car elle était très heureuse chez mère Bourgeoys. Son oncle et sa tante étaient venus la visiter de temps en temps, mais elle leur avait « fait la tête », elle ne savait plus pourquoi.

Mais, malgré cela, elle était certaine que son oncle la défendrait.

Son oncle dirait : « C'est la fille de ma sœur ! N'approchez pas ! »

Elle aussi, quand elle serait grande, elle défendrait les enfants de Gloriandre. Elle dirait : « C'est la fille de ma sœur ».

Elle essaya d'imaginer Gloriandre avec des enfants...

Elle trottinait courageusement. Il faisait très chaud. La sueur mouillait son front. Le havresac devenait lourd. Elle le passa sur l'autre épaule. Elle se demanda si elle serait habilitée pour défendre aussi les enfants de Florimond et de Cantor.

Cantor, certainement, ne voudrait pas. Il ne lui faisait pas confiance et la rejetait de la famille. Et Florimond était bien trop malin pour laisser ses enfants avoir besoin de la protection de quelqu'un d'autre que de lui.

Elle serait obligée de se rabattre sur ceux des jumeaux. Ils n'étaient pas très débrouillés, et certainement lui seraient reconnaissants de les aider. Et tout d'abord, ils n'auraient pas à discuter car elle était leur sœur aînée.

Ces considérations, qui absorbaient son esprit, avaient permis à Honorine de franchir un long parcours. Quand elle releva la tête qu'elle tenait penchée, sous l'intensité de ses réflexions, elle vit devant elle le sentier dont avait parlé Pierre Lemoine et qui traversait de vastes champs en pente douce où paissaient des moutons et des vaches.

Elle s'y engagea. De nouveau elle avança, le front baissé pour ne pas se décourager devant la distance à franchir. Elle crut entendre, voguant par-dessus les prés, un bruit de roues cahotantes et de chevaux galopant, mais n'y prit pas garde. Le sentier montait. Elle était fatiguée.

Elle aperçut enfin, au revers du coteau, les cheminées du manoir de l'oncle Josselin. Son petit cœur battit. Bientôt, elle serait dans « sa famille ». Sa tante Luce viendrait au-devant d'elle, et quand elle se pencherait pour l'embrasser, Honorine mettrait ses bras autour de son cou et cacherait son visage dans l'ombre de son épaule. C'était bien qu'il y ait des femmes comme sa tante Luce qui aiment les enfants et ne les craignent point.

Elle se hâtait et à force d'être essoufflée, elle avait la gorge toute sèche et brûlante.

Elle parvint au sommet de la colline et la sente se continuait devant elle à travers le plateau, mais elle voyait maintenant non loin le manoir tout entier avec sa façade blanche un peu rosée par le soleil et son beau et grand toit bleu.

Des barrières clôturaient les champs par lesquels elle s'avançait. À ces barrières, un groupe de personnes se tenaient appuyées, des gentilshommes, car à contre-jour, on voyait les panaches déployés de leurs chapeaux à plumes.

Ils venaient d'arriver en carrosse par la voie malaisée que, pour une lieue ouverte, on appelait « le chemin du Roy ». Ils s'interposaient entre Honorine et la maison de son oncle. Une femme en grands falbalas se tenait parmi eux.

En la reconnaissant, l'enfant s'arrêta, pétrifiée.

La femme aux yeux jaunes !...

Chapitre 33

Dans cette remise poussiéreuse où ils l'avaient conduite à l'arrière d'une maison de bois, vétusté et inhabitée, son propriétaire était en France, qu'un jardin mal entretenu isolait des autres demeures et de la rue passante, ils la regardaient sans pitié, insensibles à sa terreur.

– Elle est plus maligne que toutes les nonnes réunies, fit Ambroisine en grinçant des dents, mais cela ne lui aura servi de rien, de me redouter, et de me fuir.

Elle considéra la petite forme, tremblante, debout devant eux et se délecta d'imaginer derrière ce rond visage d'enfant terrorisée, celui d'Angélique désespérée.

Elle jubilait et frémissait de joie hystérique. Enfin, elle tenait sa vengeance, si longtemps méditée.

– Nous allons revenir te chercher, dit-elle, et alors, nous nous amuserons bien avec toi, mon petit amour !... Tu regretteras d'être née, et d'avoir été la fille de ta mère.

Elle se rapprochait à petits pas et ses yeux luisaient de plus en plus.

– Oui ! Tu peux regretter d'être sa fille. Sache-le bien. C'est à cause d'elle que je vais te faire périr dans les tourments... Veux-tu avoir un avant-goût de ce que je te réserve ?

Elle attrapa une mèche de cheveux hors du bonnet et tira avec une telle violence qu'elle arracha un peu de chair. Honorine ne poussa pas un cri. Elle ouvrait la bouche et aucun son n'en sortit. Ambroisine éclata de rire.

– Ne voyez-vous pas qu'elle est devenue muette de peur !... Inutile de s'inquiéter. Elle n'appellera pas. Et il n'est pas nécessaire de mettre la chaîne à la porte. Elle ne bougera pas non plus. Retirons-nous. Nous avons perdu assez de temps à la pourchasser. L'on pourrait s'étonner de mon absence. Après les cérémonies, nous reviendrons... Et nous l'emmènerons... où vous savez.

Quoiqu'elle en eût dit, ils mirent la chaîne et Honorine entendit la clé tourner dans le cadenas.

Cela ne changeait rien. La femme aux yeux jaunes avait raison. Elle ne s'enfuirait pas car elle ne pouvait plus bouger.

Honorine éprouvait un sentiment de honte terrible et de rage contre elle-même. C'était cela qui lui faisait le plus mal, plus que la douleur de la déchirure qu'elle avait au bord du front et dont elle sentait le sang couler en filet sur sa tempe et sur sa joue.

Le serpent qui endort le lapin.

« Je suis le lapin. »

Plus sa terreur était grande, et plus elle était paralysée, au lieu de courir et de se battre ! Elle ouvrait la bouche et aucun son n'en sortait, n'en sortirait plus jamais.

« Ne croyez-vous pas qu'elle est devenue muette », avait dit la femme dans un rire exécrable.

Jamais plus elle ne courrait, ne rirait. Sa pensée était figée comme de la glace dans sa tête. Son cœur se fondait. Par instants, elle avait l'impression de disparaître au fond d'elle-même comme si elle se noyait, puis elle revenait à la surface et c'était encore plus horrible car alors, elle se rappelait.

Le temps passait, le temps durait... l'ombre avançait.

Elle perçut un brouhaha lointain, le bruit des voix où perçait un rire démoniaque.

« Ils » revenaient.

« Je veux mourir »

La porte s'ouvrait...

Ce n'était pas la porte, mais une planche qui avait été déplacée dans la paroi branlante de la cabane, et, par l'interstice de lumière, se glissait une silhouette fragile et souple. Honorine reconnut la jeune Indienne Catherine, avec laquelle elle s'était si bien amusée au parloir, le jour de la fête.

« Kateri ! Kateri ! voulut-elle crier. Sauve-moi ! »

Mais l'Iroquoise se pouvait entendre ce cri intérieur qui ne franchissait pas ses lèvres, ni l'apercevoir car la pénombre s'était accentuée.

« Et elle est presque aveugle !... Elle ne me verra pas ! Je suis perdue ! »

Défaillant de détresse, elle se répétait :

« Elle ne me verra pas ! Elle ne me verra pas !! »

Jusqu'à l'instant où elle comprit, dans un délire de joie, que c'était pour elle que Catherine Tetakwita avait pénétré dans le cellier, que c'était elle, la petite Honorine, qu'elle cherchait.

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