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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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– Dame Angélique, fit la voix de Siriki perçant les brumes de sa détresse, nous savons le danger qui pèse sur ton enfant. Bakari-Temba se propose de t'aider.

– Qui est Bakari-Temba ? demanda Angélique après avoir fait effort pour retomber sur terre.

– Le fils d'Akashi. Son aîné. Qui est venu avec elle du pays des herbes sèches, en Afrique, dont je suis aussi originaire.

À son dernier passage, Angélique n'avait fait qu'entrevoir la petite famille du fidèle serviteur des Manigault. Elle savait seulement que la belle Akashi était de nouveau enceinte.

Les yeux se portèrent sur le garçon que lui nommait Siriki. Il n'avait pas grandi depuis le jour où Joffrey de Peyrac l'avait acheté sur le quai de Newport, et où Angélique, reprenant conscience après une sévère maladie, l'avait aperçu aux côtés de Timothy, ce qui lui avait fait croire qu'elle se trouvait encore au royaume de Marocco, dans le harem de Moulay Ismaël. Il ne grandirait plus. Cela donnait l'impression que sa tête était devenue plus grosse et ses jambes plus grêles et plus torses, tandis que s'accentuait la courbure déviée d'une épaule.

– Temba propose de t'aider, répéta Siriki.

– M'aider ? Mais comment peut-il m'aider ? s'étonna Angélique caressant machinalement la tête crépue du pauvre gnome.

Siriki jeta un regard vers son épouse, puis, ayant reçu d'un signe, son approbation, il commença un récit qu'il ferait aussi bref que possible mais qui était indispensable pour qu'elle pût comprendre l'intérêt de leur proposition.

Dans le pays d'où venaient Akashi et son fils, une tradition contraignait les tribus à sacrifier les nouveau-nés débiles ou infirmes. La dure vie que ces Noirs nus, gardiens de troupeaux, affrontaient au cœur d'une savane infestée de fauves, à la lisière d'une forêt qu'habitaient des races étrangères, anthropophages et primitives, contraignait les hommes à n'être que vigoureux, guerriers rompus à tous les exercices de la chasse et de la bataille. Pas de bouches inutiles. Les enfants condamnés étaient déposés au sommet d'une fourmilière géante qui s'élevait non loin du village et dont les habitantes carnivores se chargeaient, d'éliminer très rapidement la chétive existence.

Lorsque la reine mit au monde, malheur sans précédent, un enfant qui s'annonçait bossu et contrefait, elle ne put se soustraire à la loi.

Le nouveau-né fut porté sans cérémonie aux insectes voraces. Deux jours plus tard, un chasseur qui suivait la piste d'un lion passant au large de la « tour » des fourmis, entendit les vagissements d'un bébé. S'approchant, il constata que, non seulement l'enfant condamné était toujours vivant, mais que les fourmis avaient « décabané » comme l'on disait par ici, au Nouveau Monde.

Devant ce signe de la protection des dieux sur lui, l'enfant débile fut rendu à la mère, la reine Akashi.

Seul à être difforme et disgracié, au sein de cette tribu d'hommes et de femmes splendides, il grandit entouré de crainte et de respect pour ses dons de magie, qui se révélèrent sans tarder.

Passèrent les marchands d'esclaves avec leurs arquebuses, qui payèrent le roi voisin, de la grande forêt, pour aller provoquer les chasseurs de la savane et les attirer loin de leur enceinte.

Profitant de cette absence, ils raflèrent tout ce qu'ils purent de femmes et d'enfants demeurés au village.

C'est ainsi que la reine et son fils bancal se retrouvèrent sur la côte du Sénégal et passèrent des mains de leurs ravisseurs arabes en celles d'un négrier hollandais, puis aboutirent, première escale, à Saint-Eustache,.puis Saint-Domingue, pour échouer, marchandise invendable déclarée marchandise calamiteuse sur ce quai de New-port, de l'État de Providence, l'une des sept colonies anglaises du Nord de l'Amérique, où leur couple pitoyable avait attiré l'attention du comte de Peyrac, qui, par compassion, les avait achetés.

Aujourd'hui, apprenant le danger qui planait sur la fille de leur bienfaiteur, le petit sorcier sollicitait l'autorisation de faire ce qu'il appelait, dans la langue véhiculaire de l'Ouest africain, un « bilongo », c'est-à-dire une opération magique.

– Il a vu en songe la femme mauvaise. Il assure qu'il peut quelque chose pour l'empêcher de nuire. Il a déjà préparé, dans le bois et l'os, une figurine à son image.

Par chance, l'enfant africain avait pu emmener, dans son exode, les principaux outils dont il avait besoin pour ses conjurations et ce petit bagage ne lui avait pas été enlevé, car les esclaves étaient bien traités sur les navires hollandais s'ils se montraient dociles.

Comme il aurait exhibé avec fierté ses jouets préférés ou le produit d'une pêche ou d'une cueillette dont il serait fier, il entrouvrit un sac en peau d'antilope et montra à Angélique divers gris-gris dont elle ignorait l'usage, une griffe de panthère au bout d'un manche velu, des plumes, des sachets de poils, de poussières et de poudres, des anneaux de crins de diverses tailles.

Dans un bois dur, il avait commencé de sculpter une grossière statue qui était censée représenter Ambroisine. La tête, le cou suffisaient, dit-il. Il faudrait incruster des pierres de la couleur de ses yeux...

– Tu es sceptique, reconnut Siriki qui ne quittait pas du regard le visage d'Angélique. Tu as tort d'être sceptique quand l'heure est si grave et que la vie de ton enfant est en jeu.

– Tu vois pourtant que la science des sortilèges de ton petit sorcier ne lui a pas épargné, à lui et à sa mère, d'être enlevés par les marchands d'esclaves.

Siriki roula des yeux blancs terribles.

– As-tu oublié que les deux planteurs qui ont acheté Akashi pour sa beauté à Saint-Eustache et à Saint-Domingue sont morts dans les heures suivantes et sans l'avoir touchée ? Et que c'est pour cette raison que les Anglais et les Français des Antilles cherchaient à s'en débarrasser, l'envoyant au Rhode-Island, en désespoir de cause, n'osant même pas la tuer de peur de s'attirer de plus grands malheurs ?

Comme elle se taisait, il poursuivit d'une voix contenue.

– Ne sais-tu pas que la magie est l'arme du faible ? Ce qui reste à la femme, l'enfant, l'esclave, contre la force obtuse de l'homme et de ses armes de fer et de feu. Mais peu sont initiés. Et c'est pourquoi l'homme ne cesse d'étendre son pouvoir sur le faible avec sa force et ses armes, ne lui laissant plus aucune échappatoire.

« Tu me diras que, moi aussi, je suis un homme, un mâle, que j'ai engendré la petite Zoé, mais comme ma bien-aimée Akashi, et son fils, je ne suis rien de plus qu'eux, car esclave. Il faut être un homme prisonnier, tombé aux mains des plus forts, pour comprendre la malédiction qui pèse sur les femmes et les enfants et les faibles. Car je suis passé de la faiblesse de l'enfant à celle de l'opprimé.

« Les marchands de l'Islam m'ont enlevé à ma tribu alors que je n'avais pas encore atteint l'âge d'être envoyé par les miens, armé de deux sagaies, tuer mon premier lion dans la savane afin de prouver que j'étais devenu un homme. Les marchands arabes m'ont traîné dans les sables, battu, affamé, souillé, mais je n'étais pas assez beau ou assez jeune pour plaire à un pacha, pas assez fort pour servir de portefaix, trop faible quand j'arrivai de l'autre côté du désert pour subir l'opération des eunuques, je n'étais rien, mon corps était si décharné que je ne pouvais même pas faire honneur au marchand qui me vendait. Je fus embarqué avec un lot. À La Rochelle, Amos Manigault m'a acheté, tout inutile que j'étais, et dans sa maison j'ai appris le culte du Dieu qui était venu pour défendre les faibles et les opprimés... que m'importe que ses adeptes, mes maîtres, aient quelque peu perdu le sens de la doctrine. Dans leur maison, lui, le Dieu crucifié, me chuchotait : je suis venu pour toi. Connais ma langue et connais mes pouvoirs... Quand elle œuvre pour la défense du faible et de l'innocent, la magie est l'instrument de Dieu.

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