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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Cela faisait comme un grondement de borborygmes, de gromellements indistincts parmi lesquels Angélique finit par distinguer, en français, ce mot d'appel :

– Voisine ! Voisine !

– Qui êtes-vous ? interjeta-t-elle.

– Votre voisin.

– Mais encore ? Montrez-vous.

– Êtes-vous seule ?

– Seule ? Oui... hors cet Indien qui m'a conduite jusqu'ici.

Quelque chose bougea dans les buissons qui avait bien l'apparence, la lourdeur et la carrure d'un ours, et un coureur de bois canadien, dont la tuque rouge se confondait avec les feuillages du mimac, apparut.

Elle le reconnut à ses bottes.

– Monsieur Banistère !

– Vous pouvez m'appeler Banistère de la Case. J'ai gagné mon procès d'anoblissement.

– Je vous en félicite.

Une silhouette plus courte se glissait près de lui. Son fils aîné, l'un des quatre.

– Venez donc au fort, tous deux, vous reposer et vous restaurer.

Le rogue Banistère regarda autour de lui avec suspicion.

– Pas question ! Je ne veux point me faire voir, ni qu'on puisse jamais dire qu'on m'a aperçu par chez vous. On me croit sur le chemin des Mers douces et j'ai laissé mes canots et mon chargement au Sault de Maagog. Ça m'a fait un bon dieu de crochet pour venir jusqu'ici, par le tabernacle de notre Seigneur ! Mais il fallait que je puisse vous parler en secret.

D'un signe impérieux, il ordonnait à l'Indien d'approcher, d'un autre, à son fils d'avancer. L'Indien, agité et riant, tendait une petite gourde d'écorce cousue et laquée de résine, et le gamin, attirant un tonnelet qu'il portait sur l'épaule, le débondait, versait dans le récipient une mesure d'alcool dont la forte odeur s'éleva comme un encens âpre, se mêlant aux senteurs de feuilles sèches et de fruits des bois qui régnaient au creux du ravin surchauffé.

Sur un autre signe sans réplique de la main large comme un battoir, l'Indien s'escamota.

– « Ils » tueraient père et mère pour un demiard d'alcool, murmura Banistère, méprisant.

Jetant un regard sur son fils, il lui arracha son bonnet.

– On salue une dame quand on est un seigneur français de la province de Canada !

Lui-même gardait vissé sur son front bas son propre couvre-chef.

Angélique voulut insister pour les convier en sa demeure, mais il mit un doigt sur ses lèvres et se rapprocha d'elle, tandis que ses yeux ne cessaient de surveiller les alentours.

Il avait toujours estimé être persécuté par la société québécoise, et sa méfiance ne semblait pas être prête à se dissiper malgré la réussite de son procès. Il chuchota.

– Je viens vous apporter des nouvelles de la petite voisine, votre fille !...

– Ma fille ! Honorine !

– Chut ! ordonna-t-il encore.

– Honorine ! répéta-t-elle plus bas. Oh ! Dites-moi, je vous en supplie. Où est-elle ?

– ELLE EST AUX IROQUOIS.

Chapitre 35

C'était un matin clair du début d'octobre, avec une soudaine sapidité dans l'air qui faisait penser aux journées d'hiver. Une fraîcheur qui fouettait le sang et rendait les idées vives. Angélique se souviendrait toujours de ce moment où le poids qui l'oppressait s'était allégé. Honorine était sauvée.

Elle passait pourtant par toutes les phases de l'effroi et de l'angoisse, de la colère impuissante en comprenant que ses pressentiments ne l'avaient pas trompée, qu'Ambroisine ressuscitée avait bel et bien cherché à se venger d'elle sur sa fille. Elle frémissait en découvrant avec quelle habileté l'horrible femme s'était appliquée à éloigner de la pauvre petite ceux qui auraient pu la défendre et la protéger, d'apprendre l'acharnement qu'elle avait mis à la retrouver quand l'enfant avait réussi à lui échapper.

Aussi, en regard de la peur rétrospective qu'elle éprouvait, sa déception que le messager, envoyé par elle, n'ait pu gagner sur Ambroisine, et il s'en est fallu de peu semblait-il, et d'apprendre que sa fille se trouvait maintenant si loin, à plus de six cents miles de Wapassou, s'estompait-elle devant la certitude de la savoir en sûreté, grâce à l'intervention d'une jeune chrétienne iroquoise qui avait pu la soustraire à temps aux projets criminels de ses bourreaux pervers.

Après avoir bousculé de questions le pauvre Banistère, moins prompt, et avoir appris l'essentiel, elle le laissa poser son récit comme il l'entendait.

C'était arrivé à cause de la femme du nouveau gouverneur, dit-il, la dame de Gorrestat. Et tant mieux que tous les gouverneurs qui étaient venus jusqu'alors en Nouvelle-France n'eussent pas amené leurs épouses. Car celle-ci en valait bien douze. Dans le même temps, à Montréal, on parlait d'une petite pensionnaire du couvent des Filles séculières de la Congrégation de Notre-Dame qui s'était enfuie, ou avait été enlevée, enfin, avait disparu, et la dame Gorrestat qui se prétendait amie de la famille, offrait une fortune à ceux, habiles pisteurs ou « voyageurs » qui sauraient mener l'enquête et la retrouver.

– « L'hypocrite », ne put s'empêcher de murmurer Angélique tremblante.

Il s'était rendu jusqu'au château où le gouverneur était reçu, ainsi que son épouse, leur escorte et leur domesticité, et il s'était retrouvé avec quelques fameux coureurs de bois chevronnés qui connaissaient les dialectes de tous les peuples sauvages jusqu'au-delà des Sioux.

– Elle nous donna à chacun une bourse pleine de louis d'or et nous dit : « Trouvez-moi l'enfant et je vous récompenserai du double. »

« Voici qu'il m'est venu dans l'idée qu'il me fallait chercher du côté de Khanawake, la réserve des Iroquois baptisés qui est en face de la Chine.

« Dans le même temps, la femme du gouverneur dit qu'elle voulait visiter ces pauvres sauvages sanguinaires de la mission de Khanawake qui s'étaient enfin rendus à la foi chrétienne, et elle traversa le fleuve avec tout son monde et les jésuites fort contents de lui montrer les fruits de leur labeur missionnaire.

« Ça faisait une belle flottille à traverser le Saint-Laurent. M'est avis que cette dame avait autant de flair que nous autres car elle suivait la piste de même. J'entrai dans le camp, que déjà on entendait parler sur l'eau et que toute la belle compagnie débarquait, venant de l'île de Montréal. Et la dame Gorrestat commença à aller dans les allées de la mission, entre les longues maisons de néophytes et baptisés iroquois.

Pour sa part, Banistère se rendit à la grande cabane des Agniers. Déjà son fils en sortait en lui disant :

– Papa, elle est là. Nous sommes riches !

On ne voit jamais très clair dans les longues cabanes des Iroquois. Il faut avoir l'œil exercé. Mais il l'avait reconnue aussitôt. Et il lui avait dit :

– Hé ! N'est-ce point vous, gamine, que l'on recherche par toute l'île de Montréal ?

Elle l'avait agrippé des deux mains par la manche.

– Voisin, ma mère vous a gardé vos bottes et vos écus, et vous nous avez sauvées un soir sur le chemin d'un soldat qui voulait nous faire un mauvais parti. Sauvez-moi encore de la femme aux yeux jaunes. Elle est très méchante.

– Elle est très fine, la petite. Elle a su prononcer les paroles qu'il fallait : « Voisin ! Voisin ! Ne me trahissez pas, pour l'amour de ma mère. »

Angélique l'écoutait, le souffle suspendu, les jointures blanchies à force de serrer l'une contre l'autre ses mains croisées.

Le rude individu semblait avoir été impressionné par la scène et par la tension des Iroquois qui habitaient la longue maison où Honorine avait été recueillie, et qui tous se déclaraient prêts à donner leurs vies plutôt que de la laisser reprendre par la femme qu'elle redoutait tant.

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