La victoire d'Angélique
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:
– N'étaient-ce pas des Hurons ?
Mais les indigènes étaient formels. Leur instinct, durement aiguisé par les massacres du passé, ne les trompait pas. Certains commencèrent à se glisser vers l'arrière de la caravane dans l'intention de fuir. Les soldats d'avant-garde vinrent se regrouper près d'Angélique et des enfants.
Elle se tenait sur son cheval, et, regardant autour d'elle, reconnu qu'ils n'étaient pas loin de cet endroit qu'on avait appelé la « crique des trois nourrices ». Beaucoup de bâtiments y avaient été bâtis depuis car, de là, on continuait par voie d'eau, avec les montures, sur des barges.
– Essayons de continuer jusqu'à ce poste, proposa-t-elle. Nous pourrons nous regrouper, édifier un camp de défense s'il le faut.
Elle n'était pas vraiment inquiète. Elle avait dans ses bagages la « parole » des Mères des Cinq Nations iroquoises qui lui avait déjà servi à Québec.
Des yeux, par-dessus la rivière, elle chercha le guet qui ne devait pas être loin. Et voici que, sur l'autre rive, entre les arbres, aussi immobile que les arbres selon son habitude théâtrale, elle reconnut Outtaké, le chef des Mohawks.
C'était lui, malgré une coiffure différente.
Son panache était plus court et raide comme une brosse, encollé de cire teintée de vermillon, et traversé d'une unique plume de corbeau noir.
Il était seul. Mais si loin de la Vallée des Cinq-Lacs, on pouvait supposer qu'il ne s'était pas rendu seul jusqu'en ces régions ennemies et que chaque arbre de la forêt dissimulait un Iroquois aux aguets.
O'Connell, qui avait fait escorte à la caravane jusqu'à la prochaine étape, respira bruyamment.
La dernière fois que les Iroquois étaient passés par là, il avait tout perdu dans cet horrible incendie de Katarunk, toute sa réserve de fourrures. Ça n'allait pas recommencer !...
Outtaké leva la main et salua Angélique en disant :
– Salut à toi Orakawanentaton !
Pour plus de solennité, il énonçait de tout son long le nom qu'ils lui avaient donné et qui était celui de l'étoile polaire, « celle qui nous guide au firmament et ne se dévie pas de la route salvatrice qu'elle indique ».
Elle répondit :
– Salut à toi Outtakéwatha.
– Nous sommes venus laver les ossements de nos morts, annonça Outtaké.
La rivière était étroite et l'on pouvait se parler sans trop élever la voix. Il y avait comme un écho qui ricochait à la surface de l'eau.
– Le temps est venu où nous devons rendre hommage à nos morts de Katarunk. Nous ne pouvons encore les ramener parmi les leurs pour le grand festin des morts, mais nous devons laver leurs ossements et les envelopper dans des robes de castors neuves pour les honorer. Ils nous en voudraient de ne pas les visiter, eux, nos frères et nos chefs, assassinés traîtreusement à Katarunk. Plus tard, nous reviendrons encore et les ramènerons au pays des longues maisons où est leur place, mais aujourd'hui, ils doivent recevoir notre visite et être consolés par notre présence.
« Nous ne pourrons, hélas, leur conter les exploits de la grande fédération iroquoise. Les promesses que nous t'avons faites, à toi et à ton époux Ticonderoga, et aussi à Ononthio, enchaînent les fiers Iroquois, prisonniers de leurs villages, et de leurs cultures comme des femmes, où ils vont perdre le goût et l'art de la guerre, tandis que ces chiens de Hurons, ainsi que les Algonquins nomades, vermines de la Terre, en profitent pour aiguiser le tranchant de leur hache et polir la boule de leur tomahawk. Mais qu'importe ! Nous avons échangé nos « paroles » et je ne reviendrai pas là-dessus.
« Pour te plaire, j'ai lancé mon cri : Osquenon, qui veut dire paix. Et je ne le retire pas, et je le répète encore.
Il leva le bras derechef et lança son cri :
– OSQUENON !...
Il fut repris en grande clameur sourde par ses invisibles guerriers, dissimulés derrière les arbres et les fourrés du bois.
– Osquenon !...
Le cri de paix, à lui seul, donnait plus le frisson que n'importe quel cri de guerre d'Europe.
Outtaké réitéra ses promesses et l'assurance qu'il ne venait accompagné d'environ deux cents guerriers chargés de représenter les Cinq-Nations auprès des Anciens décédés – ce qui fit frémir à nouveau ses interlocuteurs – que pour remplir un devoir sacré et traditionnel, que ses intentions étaient pacifiques et que personne n'aurait à souffrir de leur passage dans la contrée, si nul ne cherchait à les attaquer et à les empêcher de repasser le Kennébec pour rentrer chez eux.
– La cérémonie doit durer six à huit jours. Durant ce temps, demeurez dans votre campement que vous possédez un peu plus haut en amont, et que nul n'en bouge avant l'heure. Quand vous apprendrez que la fête des morts est terminée, nous serons loin déjà et sans risque qu'un seul de nous puisse être fait prisonnier par traîtrise.
– Comment serons-nous avertis que la cérémonie est terminée et que nous pouvons nous remettre en chemin ?
– Un aigle viendra survoler votre campement.
*****
– « Un aigle survolera le campement ! » Et voilà ! C'est tout simple ! grognait O'Connell. Comment voulez-vous qu'on s'habitue à vivre dans des pays pareils ! Et dire qu'ils vont se munir de magnifiques robes de castors qui représentent une fortune pour envelopper de vieux débris de squelettes ou des corps pourris plein de pus et de vers, et remettre tout ça dans la terre ensuite. C'est du gâchis !
Mais il fut bien obligé, comme les autres, de prendre son mal en patience au campement pendant les six à sept jours que dura la fête des morts.
L'ancien Katarunk n'était pas loin et parfois voguait à la cime des arbres une rumeur d'orage, un long cri :
« Haé ! Haé ! »
– Est-ce leur cri de guerre ?
– Non. Celui-ci s'appelle le cri des âmes !...
Quand un aigle survola le campement, si haut, si tranquille, personne n'y croyait. L'on se remit en route un peu timidement. Il n'arriva rien.
*****
Les derniers des acacias, les premières grandes masses de conifères, chênes et tulipiers s'espaçant, et puis les colonies royales des érables dont les variétés se distingueraient mieux lorsque les feux de l'automne seraient venus empourprer leurs feuilles aux pointes aiguës.
Suivant les lignes de crêtes, ils traversaient les forêts rafraîchissantes qui garnissaient les sommets des massifs granitiques, et d'en haut, on apercevait la pénéplaine étoilée de lacs glaciaires, puis les montagnes les plus élevées du Maine pointant au loin sur le ciel d'azur prirent des allures superbes, les escortant des premières couleurs de l'automne, tels qu'ils auraient pu l'être par les chants de chœurs solennels ou les cuivres et les trompettes d'un ample orchestre se déchaînant.
Un brusque froid de quelques nuits alluma l'or palpitant des bouleaux dans les frondaisons encore résolument vertes de tous les verts de l'été. Les journées restaient brûlantes et il fallait faire halte aux heures les plus chaudes.
Délire, débauche de couleurs...
La montagne au loin, mauve, les érablières roses, rouge-cerise, et l'or encore, l'or vert, l'or miel, ambre, se reflétant dans des lacs d'un bleu grave qui viraient à l'argenté dans leur centre, au violet sombre ou à l'émeraude le long des rives.
Angélique pensait à son frère Gontran qui aurait su les peindre aux plafonds de Versailles.
Dans les profondeurs des bois où bougeaient des lueurs de fournaise, le geai bleu lançait son cri aigre.
Plus loin, ils retrouvèrent des chevaux. La marche ne présentait plus les difficultés du premier voyage, un pont franchissait le défilé de la Tortue où le signe des Iroquois s'était dressé devant Angélique, paraissant lui interdire l'accès des contrées au-delà.