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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Il reprit haleine et, avant qu'elle ait réussi à l'interrompre, repartit de plus belle.

– As-tu oublié que Jésus fut un magicien, et ne se fit connaître que par cette arme ? Qui plus faible parmi les hommes de son temps que ce Jésus ? Un homme du bas peuple, un artisan, travaillant de ses mains, pauvre, citoyen d'une nation occupée par des peuples guerriers, dont ces Romains, le glaive au poing, casqués, bardés de plastrons de cuir et qui régnaient sur toute la Terre ! Qui était-il ce jeune homme démuni qui ne pouvait, malgré sa vigueur, faire usage de violence et s'imposer par la force et le maniement des armes ?... Tout lui avait été refusé dans son enfance, sa jeunesse, à part l'oppression... Le pouvoir magique fit sa force. Il chassa les démons qui tourmentaient de pauvres gens et s'étaient introduits partout, il multiplia les pains, guérit les infirmes, ressuscita les morts...

« Et ses disciples ? Les premiers chrétiens ? Pauvres gens aussi, ignorants, qu'étaient-ils sans le miracle, devant lequel puissants, riches et lévites ne purent que s'incliner et même tomber à genoux en disant « je crois... » ?...

– Siriki, tu m'étourdis par tes prêches ! soupira Angélique. Je ne sais plus où j'en suis !...

Immédiatement, le grand nègre adressa quelques mots dans sa langue au garçon qui lui répondit en phrases volubiles. Ensuite, tout alla très vite.

– Il dit qu'il est certain d'avoir tous pouvoirs sur le démon de cette femme s'il pouvait posséder un objet, un vêtement lui ayant appartenu, qu'elle aurait porté ou touché, et qui mieux serait, des rognures d'ongles ou des mèches de ses cheveux...

– Des objets ! Des rognures d'ongles de cette femme ? Vous êtes fous ! Qui oserait conserver par-devers soi la moindre chose ayant appartenu à cette créature ?... S'il y en a qui se sont trouvés dans ce cas, il y a longtemps qu'ils ont tout jeté ou fait brûler avec prières à l'appui. Je sais que Mme Carrère s'est débarrassée des aiguilles avec lesquelles elle avait raccommodé ses vêtements.

Le vieux Siriki réfléchit et proposa :

– Si nous allions interroger les deux femmes qui viennent de Québec et qui l'ont vue récemment ?

Le groupe partit à la recherche de Delphine et de La Polak. Toutes deux poussèrent de hauts cris.

– Un objet ? Un vêtement lui appartenant ! Dieu nous en préserve ! Nous aurions commencé par le jeter au feu. De toute façon, nous avons pris la « poudre d'escampette » sans même avoir le temps de rassembler nos propres hardes !

Contre laquelle affirmation Aristide Beaumarchand, qui avait porté les valises de Mme Gonfarel, s'inscrivit en faux car lesdites valises étaient fort lourdes.

La conversation ayant lieu à l'Auberge-sous-le-fort, Mme Carrère se rapprocha et confirma que non seulement elle avait jeté les aiguilles qui avaient servi à ravauder les atours de la duchesse, soi-disant abîmés par le naufrage, mais aussi le dé, et les bobines de fil qui avaient participé à ces travaux. Elle ne l'avait pas fait sans hésitation et regrets car la mercerie coûtait cher en ces parages, mais elle préférait cela à tout ce qui aurait pu avoir effleuré de près ou de loin, ou lui rappeler cette femme maléfique et empoisonneuse qui avait voulu l'envoyer « ad patres ».

Sur ces entrefaites, arriva Séverine Berne qui avait eu écho de leurs recherches. Elle se souvenait que tante Anna, chez qui elle habitait une partie de l'hiver afin de lui tenir compagnie, prétendait avoir reçu de la duchesse de Maudribourg un châle des Indes en remerciement de son hospitalité. Elle l'avait en effet hébergée dans une remise attenante à son logis. Tante Anna mit un moment à comprendre ce qu'on lui demandait. Pourtant, sa cohabitation avec une démone n'avait en rien altéré sa santé, ni celle de sa compagne et servante, la vieille Rebecca. Sans avoir besoin d'utiliser le camphre que l'on recommandait pour chasser les esprits malins des literies, ni l'ail en chapelets pour éloigner les vampires, elles étaient passées toutes deux sans dommage au travers de la sinistre aventure.

Le châle, dit-elle, offert par Mme de Maudribourg : elle ne l'avait jamais porté. Ce qui prouvait qu'elle possédait plus de jugeote qu'elle n'en avait l'air. Elle ne l'avait même pas touché. Malgré les conversations savantes qu'elles avaient eues ensemble, tante Anna n'avait pas éprouvé de sympathie pour Mme de Maudribourg. Le châle était resté dans la remise, et récemment, un jour qu'elle recherchait dans ses malles des livres de mathématiques, elle l'avait aperçu ainsi qu'un réticule de tapisserie contenant des rubans de cou et des objets de toilette que Mme de Maudribourg avait oubliés. Le tout devait y être encore car elles n'avaient jamais eu depuis le loisir, ni elle, ni Rebecca, ni Séverine, de se livrer à des rangements dans cette annexe bien commode qui lui servait de débarras.

On y courut.

Tante Anna, que personne ne proposait d'aider, plongea allègrement dans ce qu'elle appelait son « capharnaüm ».

– Ah ! Voici les objets que m'a laissés cette dame.

Elle se retournait et tendait innocemment vers eux le châle poussiéreux, le petit sac de tapisserie, qui, ouvert, révélait les colliers de rubans plus un peigne, une brosse et, trouvaille mirifique, sur la brosse et le peigne, des cheveux qui, longs et noirs, y demeuraient accrochés.

Devant ces vestiges effrayants que nul, y compris Angélique, Séverine et Mme Carrère, n'aurait voulu toucher pour tout l'or du monde, et que tante Anna finit par poser à terre, le jeune Bakari alla s'agenouiller.

Ils le regardèrent de loin accomplir différentes passes rituelles, marmonnant, crachant à distance par petits jets qui s'accompagnaient de bruits ressemblant aux sifflements du serpent, tandis que ses mains, chacune les pointes des doigts rassemblées, mimaient en direction des objets susdits les mouvements saccadés de têtes de reptiles crachant leur venin.

Temba finissait par cueillir comme avec des pincettes, le châle, les colliers de rubans, le peigne et les cheveux, pour les enfermer chacun à part dans des sachets différents, de peau de vessies d'orignaux, nantis d'un lien coulissant, puis il mit le tout dans un grossier bissac de cuir mal tanné. Cette sacoche, il la porta d'une main, tandis qu'il gardait à l'autre son sac de « médecines » personnel.

Ils remarquèrent une sueur en toutes petites perles au large front bombé de l'enfant qui le mouillait comme la rosée eût fait briller un granit sombre, car les pores de la peau des Noirs, très fins, très serrés, ne laissent sourdre la transpiration qu'avec peine.

Debout, les paupières baissées, il prononça une suite de phrases d'un ton monocorde et d'un air chagrin, puis passant devant eux, s'en fut sans jeter un regard à quiconque.

Lentement, ils sortirent du magasin, et prirent congé de tante Anna, que le « camphre » des mathématiques et « l'ail » des cogitations scientifiques semblaient préserver à tout jamais de l'atteinte des sortilèges.

Angélique voyait au grand Siriki et à la longue et superbe Akashi un teint grisâtre.

– Que vous a-t-il dit ?

– Il dit que c'est un démon très fort. Très fort, très choisi, assisté de multiples démons. Mais il ne faut pas craindre. Quand il sera venu à bout de l'esprit principal, les autres petits esprits s'enfuiront comme poux quittant le cadavre, et d'eux il n'y aura plus rien à redouter... Ce sera dur, très dur, mais il affirme : ta fille sera sauvée. Sa magie à lui sera la plus forte, car il va s'adresser à Zambie, qui est le dieu du ciel, et plus puissant que le dieu de la terre.

– Court-il un danger ?

– Il peut mourir, chuchote Siriki. Et Akashi le sait.

*****

La veille de son départ pour Wapassou, elle dîna seule en tête à tête avec Colin.

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