Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Les enfants de Venise - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
1 ... 68 69 70 71 72 73 74 75 76 ... 188
Перейти на страницу:

Scarabello le regarda en silence. Puis il sourit légèrement. « Pour qui tu m’as pris, mon gars ?

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Je t’ai donné l’impression d’être un bouffon ?

— Non…

— Alors, pourquoi tu veux me traiter comme un bouffon ?

— Je comprends pas… »

Scarabello soupira et vint s’asseoir à côté de lui. Il lui posa le bras sur l’épaule. « Tu es à moi, tu comprends ? Si je te dis que j’ai un petit travail pour toi, tu le fais. Je m’en fiche que ton Anna de mes deux veuille que tu sois pêcheur, ou paysan, ou savetier ou n’importe quoi d’autre. Toi, tu es un arnaqueur. Et un génie du déguisement. » Scarabello l’attira contre lui. Cela pouvait ressembler à un geste amical. Ou à un début d’étranglement. « Et tu es à moi. » Alors il le lâcha. « Tu sais ce que je pense ? Que tu me vois… avec les yeux d’une fille. » Il rit. « Tu te laisses prendre à mes habits, à mes manières raffinées… et tu me prends pour un autre. Alors que je suis exactement ce que je suis. Regarde mes yeux. C’est uniquement là que tu trouves la vérité. Ils te font peur, mes yeux ? » Il sourit. « Oui, mes yeux font peur… parce que c’est ce que je suis, et rien d’autre. Et comme je suis ton ami, je me fiche de ce que tu veux, de tes crises de conscience. C’est clair ? »

Mercurio acquiesça. Il sentait son nez qui gonflait.

Scarabello sourit, satisfait. « C’est bien. » Il s’assit de nouveau à sa place, croisa ses longues jambes et resta silencieux.

Mercurio réfléchissait. Il cherchait une solution. Il avait cru que sa vie était arrivée à un tournant. Qu’il pourrait se concentrer sur son rêve, posséder un navire et emmener Giuditta au loin. Amour et liberté. Mais à présent, assis dans cette barque, il se rendait compte de l’absurdité de ses projets.

“Tu n’es qu’un gamin stupide”, se dit-il, sentant monter la rage en lui.

Il regarda Scarabello. Son nouveau maître. « Qu’est-ce que je dois faire ? »

Scarabello lui fit signe d’attendre.

La barque accosta à Rialto et ils se dirigèrent vers le sotoportego del Banco Giro, où se réunissaient marchands et armateurs. Scarabello fit un signe à un homme bien habillé et partit vers l’église de San Giacomo. L’homme les y rejoignit, et ils se faufilèrent dans les ruines des Fabbriche Vecchie. Il y régnait une puanteur d’excréments et d’urine. Avec une odeur de mortier, de briques cuites au soleil et de bois brûlé pourri par la pluie et l’humidité. Un rat, gros comme un chat, les entendit arriver et se sauva en se glissant entre les pierres et les détritus amoncelés depuis l’incendie. Scarabello, l’homme et Mercurio s’arrêtèrent derrière un mur en ruines, à côté de matériaux de construction.

« J’ai la personne qu’il vous faut, votre Seigneurie, dit Scarabello en désignant Mercurio.

— Un gamin, dit l’homme.

— Si quelqu’un peut le faire, c’est lui », répondit Scarabello.

Mercurio éprouva un sentiment de fierté.

« Deux grands cacatois en toile d’Olona, dit l’homme. En ce moment, il n’y en a pas sur le marché et mon bateau doit lever l’ancre dans une semaine. Les seuls qui en aient une bonne réserve, ce sont ces brigands de l’Arsenal. Mais ils la gardent pour eux, et nous, les armateurs indépendants, on…

— Vous êtes armateur ? l’interrompit Mercurio. Vous avez un navire ? »

Scarabello lui lança un regard mauvais.

Mercurio se tut. Il lui sembla cependant que l’affaire prenait une autre tournure. “Tu es un gamin stupide, c’est sûr, se dit-il en souriant. Mais tu as aussi une chance incroyable.”

« C’est un de mes meilleurs hommes, continua Scarabello. Le roi du travestissement. Vous croyez que c’est du sang ? » Il lui ôta le mouchoir des mains. Le jeta dans la poussière. Puis passa un doigt sous le nez de Mercurio et se frotta le liquide rouge sur le bout des doigts. « C’est de la teinture. » Et il rit.

L’armateur ne savait que penser. « Votre Seigneurie, c’est vrai, dit Mercurio. J’ai pas mal. J’ai pas le nez cassé. » Et il poussa sur son nez vers la droite puis vers la gauche, en résistant à la douleur et en ouvrant grand les yeux pour qu’ils ne se remplissent pas de larmes.

Scarabello regarda Mercurio, puis ses hommes, puis l’armateur. Enfin ses yeux se posèrent à nouveau sur le garçon, avec une sorte d’admiration, et il acquiesça de manière imperceptible. Ce jeune homme lui plaisait, même s’il le mettait mal à l’aise. Il avait une nouvelle fois la sensation qu’un jour il lui causerait des ennuis.

« Je peux entrer dans l’endroit que vous avez dit, fit Mercurio. Et je prendrai pour vous ces grands catois de toile à l’aune.

— Grands cacatois de toile d’Olona, le corrigea l’armateur.

— Grands cacatois de toile d’Olona, répéta Mercurio.

— Comme ça… simplement ? s’étonna l’armateur.

— Non. Ce n’est pas du tout simple, intervint Scarabello d’une voix grave. Le garçon prend de gros risques. » Ses lèvres fines se tendirent dans un sourire. « Combien êtes-vous prêt à mettre pour ce risque-là, votre Seigneurie ?

— Débrouillez-vous pour que mon chargement puisse partir pour Trébizonde et vous ne le regretterez pas, dit l’armateur. Il y a autre chose ?

— Oui, dit Mercurio. Quand je vous aurai rendu ce service, vous m’apprendrez comment on achète un navire. »

Scarabello et l’armateur le regardèrent, ébahis. Puis ils éclatèrent de rire, à l’unisson, après quoi l’homme prit congé. Lorsqu’ils furent seuls, Scarabello se dirigea vers la barque qui les avait attendus à Rialto. Mercurio le suivait en silence. Ils montèrent à bord.

« On va où ? demanda alors Mercurio.

— Tu ne sais vraiment pas où est l’Arsenal ? lui demanda Scarabello. T’en as jamais entendu parler ?

— Non. Pourquoi ? »

Les deux hommes qui ramaient se mirent à ricaner.

La barque redescendit le Grand Canal, navigua dans les eaux libres du bassin de Saint-Marc puis, arrivée près de l’église de San Giovanni in Bragora, accosta dans la zone de la Darsena Vecchia[14]. L’eau avait une odeur âcre, de bitume. De grandes taches épaisses et huileuses flottaient à la surface, luisantes, sans se mélanger à l’eau, colorant de noir les algues qui affleuraient.

« L’Arsenal de Venise est le plus grand chantier naval du monde. Près de deux mille personnes y travaillent. Tu sais combien ça fait, deux mille personnes ? Et en temps de guerre, jusqu’à trois mille, expliqua encore Scarabello, avec une sorte de fierté dans la voix. C’est l’endroit le mieux gardé de Venise. »

Mercurio le suivit sur la fondamenta. Ils firent quelques pas puis Scarabello s’arrêta et pointa l’index. « Ça, c’est la Porte de Terre. »

À travers le fin brouillard qui s’était levé, Mercurio vit une très grande porte. Elle lui rappela certains arcs de Rome, même s’ils étaient anciens, alors que cette porte-là avait l’air toute neuve. Sur la droite, deux tours flanquaient la porte sur l’eau. De chaque côté s’élevait une muraille haute et solide, en briques rouges. Deux gardes armés surveillaient l’entrée par la Porte de Terre.

« Mon père était arsenalier, dit alors Scarabello avec dans la voix une intonation qui parut presque triste à Mercurio. Ça veut dire qu’il était un des privilégiés qui travaillent là-dedans. Mais ce grand connard s’est fait prendre à voler des cordages. » Il hocha la tête. « L’Arsenal offre de grands avantages à ses ouvriers, reprit-il. Ils sont entretenus à vie par la Sérénissime et leurs enfants ont le droit d’y travailler. Sauf qu’il y a des règles militaires. Après le déshonneur de mon père, ma mère et moi avons été chassés de chez nous, et abandonnés à notre sort. Ma mère s’est mise à faire… bon, tu te doutes de ce que peut faire une femme. Mais elle avait les poumons faibles et l’année d’après elle est morte de consomption. Et moi, je suis devenu ce que je suis. » Il fixa la Porte de Terre. « J’ai jamais rien regretté. Si mon père ne s’était pas fait prendre, aujourd’hui je serais sûrement ouvrier à l’Arsenal et je me casserais le dos pour quatre sous à construire des navires. Et je me dirais peut-être même que j’ai de la chance. C’est bizarre, la vie… » Il regarda Mercurio. S’emparant d’un bout de bois, il dessina dans la boue le périmètre des murs de l’Arsenal avec la Porte de Terre. Puis il traça un signe. « Les entrepôts des voileries sont là, sur le côté de la Darsena Nuova[15]. Je le sais parce que j’allais voir mon père et il travaillait à côté, dans la Tana, qui est encore plus au sud que les voileries. » Il traça un autre signe, contre les murs d’enceinte. « C’est le grand magasin du chanvre public. Tu verras des cordes et des câbles de toutes les dimensions. Il y a toujours des gens qui vont et viennent. Si j’étais toi, j’irais là après avoir volé les deux grands cacatois. Si on t’arrête, tu dis que ton prote t’a envoyé vérifier le diamètre des garcettes d’envergure parce que les autres se sont toutes grippées.

вернуться

14

Ancienne Darse.

вернуться

15

Darse Nouvelle.

1 ... 68 69 70 71 72 73 74 75 76 ... 188
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)