L'assommoir
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #7
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:
-Tout le monde dort, dit Gervaise, apres avoir sonne trois fois, sans que les Boche eussent tire le cordon.
La porte s'ouvrit, mais le porche etait noir, et quand elle frappa a la vitre de la loge pour demander sa clef, la concierge ensommeillee lui cria une histoire a laquelle elle n'entendit rien d'abord. Enfin, elle comprit que le sergent de ville Poisson avait ramene Coupeau dans un drole d'etat, et que la clef devait etre sur la serrure.
-Fichtre! murmura Lantier, quand ils furent entres, qu'est-ce qu'il a donc fait ici? C'est une vraie infection.
En effet, ca puait ferme. Gervaise, qui cherchait des allumettes, marchait dans du mouille. Lorsqu'elle fut parvenue a allumer une bougie, ils eurent devant eux un joli spectacle. Coupeau avait rendu tripes et boyaux; il y en avait plein la chambre; le lit en etait emplatre, le tapis egalement, et jusqu'a la commode qui se trouvait eclaboussee. Avec ca, Coupeau, tombe du lit ou Poisson devait l'avoir jete, ronflait la dedans, au milieu de son ordure. Il s'y etalait, vautre comme un porc, une joue barbouillee, soufflant son haleine empestee par sa bouche ouverte, balayant de ses cheveux deja gris la mare elargie autour de sa tete.
-Oh! le cochon! le cochon! repetait Gervaise indignee, exasperee. Il a tout sali... Non, un chien n'aurait pas fait ca, un chien creve est plus propre.
Tous deux n'osaient bouger, ne savaient ou poser le pied. Jamais le zingueur n'etait revenu avec une telle culotte et n'avait mis la chambre dans une ignominie pareille. Aussi, cette vue-la portait un rude coup au sentiment que sa femme pouvait encore eprouver pour lui. Autrefois, quand il rentrait emeche ou poivre, elle se montrait complaisante et pas degoutee. Mais, a cette heure, c'etait trop, son coeur se soulevait. Elle ne l'aurait pas pris avec des pincettes. L'idee seule que la peau de ce goujat toucherait sa peau, lui causait une repugnance, comme si on lui avait demande de s'allonger a cote d'un mort, abime par une vilaine maladie.
-Il faut pourtant que je me couche, murmura-t-elle. Je ne puis pas retourner coucher dans la rue... Oh! je lui passerai plutot sur le corps.
Elle tacha d'enjamber l'ivrogne et dut se retenir a un coin de la commode, pour ne pas glisser dans la salete. Coupeau barrait completement le lit. Alors, Lantier, qui avait un petit rire en voyant bien qu'elle ne ferait pas dodo sur son oreiller cette nuit-la, lui prit une main, en disant d'une voix basse et ardente:
-Gervaise... ecoute, Gervaise...
Mais elle avait compris, elle se degagea, eperdue, le tutoyant a son tour, comme jadis.
-Non, laisse-moi... Je t'en supplie, Auguste, rentre dans ta chambre... Je vais m'arranger, je monterai dans le lit par les pieds...
-Gervaise, voyons, ne fais pas la bete, repetait-il. Ca sent trop mauvais, tu ne peux pas rester... Viens. Qu'est-ce que tu crains? Il ne nous entend pas, va!
Elle luttait, elle disait non de la tete, energiquement. Dans son trouble, comme pour montrer qu'elle resterait la, elle se deshabillait, jetait sa robe de soie sur une chaise, se mettait violemment en chemise et en jupon, toute blanche, le cou et les bras nus. Son lit etait a elle, n'est-ce pas? elle voulait coucher dans son lit. A deux reprises, elle tenta encore de trouver un coin propre et de passer. Mais Lantier ne se lassait pas, la prenait a la taille, en disant des choses pour lui mettre le feu dans le sang. Ah! elle etait bien plantee, avec un loupiat de mari par devant, qui l'empechait de se fourrer honnetement sous sa couverture, avec un sacre salaud d'homme par derriere, qui songeait uniquement a profiter de son malheur pour la ravoir! Comme le chapelier haussait la voix, elle le supplia de se taire. Et elle ecouta, l'oreille tendue vers le cabinet ou couchaient Nana et maman Coupeau. La petite et la vieille devaient dormir, on entendait une respiration forte.
-Auguste, laisse-moi, tu vas les reveiller, reprit-elle, les mains jointes. Sois raisonnable. Un autre jour, ailleurs... Pas ici, pas devant ma fille...
Il ne parlait plus, il restait souriant; et, lentement, il la baisa sur l'oreille, ainsi qu'il la baisait autrefois pour la taquiner, et l'etourdir. Alors, elle fut sans force, elle sentit un grand bourdonnement, un grand frisson descendre dans sa chair. Pourtant, elle fit de nouveau un pas. Et elle dut reculer. Ce n'etait pas possible, la degoutation etait si grande, l'odeur devenait telle, qu'elle se serait elle-meme mal conduite dans ses draps. Coupeau, comme sur de la plume, assomme par l'ivresse, cuvait sa bordee, les membres morts, la gueule de travers. Toute la rue aurait bien pu entrer embrasser sa femme, sans qu'un poil de son corps en remuat.
-Tant pis, begayait-elle, c'est sa faute, je ne puis pas... Ah! mon Dieu! ah! mon Dieu! il me renvoie de mon lit, je n'ai plus de lit... Non, je ne puis pas, c'est sa faute.
Elle tremblait, elle perdait la tete. Et, pendant que Lantier la poussait dans sa chambre, le visage de Nana apparut a la porte vitree du cabinet, derriere un carreau. La petite venait de se reveiller et de se lever doucement, en chemise, pale de sommeil. Elle regarda son pere roule dans son vomissement; puis, la figure collee contre la vitre, elle resta la, a attendre que le jupon de sa mere eut disparu chez l'autre homme, en face. Elle etait toute grave. Elle avait de grands yeux d'enfant vicieuse, allumes d'une curiosite sensuelle.
IX
Cet hiver-la, maman Coupeau faillit passer, dans une crise d'etouffement. Chaque annee, au mois de decembre, elle etait sure que son asthme la collait sur le dos pour des deux et trois semaines. Elle n'avait plus quinze ans, elle devait en avoir soixante-treize a la Saint-Antoine. Avec ca, tres patraque, ralant pour un rien, quoique grosse et grasse. Le medecin annoncait qu'elle s'en irait en toussant, le temps de crier: Bonsoir, Jeanneton, la chandelle est eteinte!
Quand elle etait dans son lit, maman Coupeau devenait mauvaise comme la gale. Il faut dire que le cabinet ou elle couchait avec Nana n'avait rien de gai. Entre le lit de la petite et le sien, se trouvait juste la place de deux chaises. Le papier des murs, un vieux papier gris deteint, pendait en lambeaux. La lucarne ronde, pres du plafond, laissait tomber un jour louche et pale de cave. On se faisait joliment vieux la dedans, surtout une personne qui ne pouvait pas respirer. La nuit encore, lorsque l'insomnie la prenait, elle ecoutait dormir la petite, et c'etait une distraction. Mais, dans le jour, comme on ne lui tenait pas compagnie du matin au soir, elle grognait, elle pleurait, elle repetait toute seule pendant des heures, en roulant sa tete sur l'oreiller:
-Mon Dieu! que je suis malheureuse!... Mon Dieu! que je suis malheureuse!... En prison, oui, c'est en prison qu'ils me feront mourir!
Et, des qu'une visite lui arrivait, Virginie ou madame Boche, pour lui demander comment allait la sante, elle ne repondait pas, elle entamait tout de suite le chapitre de ses plaintes.
-Ah! il est cher, le pain que je mange ici! Non, je ne souffrirais pas autant chez des etrangers!... Tenez, j'ai voulu avoir une tasse de tisane, eh bien! on m'en a apporte plein un pot a eau, une maniere de me reprocher d'en trop boire... C'est comme Nana, cette enfant que j'ai elevee, elle se sauve nu-pieds, le matin, et je ne la revois plus. On croirait que je sens mauvais. Pourtant, la nuit, elle dort joliment, elle ne se reveillerait pas une seule fois pour me demander si je souffre... Enfin, je les embarrasse, ils attendent que je creve. Oh! ce sera bientot fait. Je n'ai plus de fils, cette coquine de blanchisseuse me l'a pris. Elle me battrait, elle m'acheverait, si elle n'avait pas peur de la justice.