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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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C’est alors que le wagon sortit des territoires annexés dernièrement par les Anglais et sur lesquels les agents du gouvernement ont installé des postes assez nombreux déjà.

Madame de Villeroge et sa compagne, familiarisées depuis longtemps avec les voyages au long cours, s’étonnèrent bientôt de ce changement de direction et en manifestèrent toute leur surprise à leur conducteur. Celui-ci ne se démonta pas pour si peu :

– J’ai envoyé, il y a plusieurs jours, un exprès à Nelson’s Fountain, afin d’avoir des nouvelles de votre mari, répondit-il d’un ton bourru.

Anna sentit s’évanouir toutes ses défiances et balbutia un remerciement. Ce sauvage blanc avait véritablement des attentions d’homme civilisé.

– Le messager est revenu.

– Que vous a-t-il dit ? Oh ! parlez !... je vous en prie.

– Eh bien ! le comte va mieux, Sa blessure était moins grave qu’on ne l’avait supposé tout d’abord. Il est reparti depuis longtemps. Il est aux environs des Chutes.

» Voilà.

Ces quelques mots, arrachés comme à regret de la gorge du rustre, semblèrent à la pauvre femme une musique céleste. C’était le premier instant de bonheur depuis le jour où la fatale nouvelle lui était parvenue. Que de souffrances endurées depuis ce moment, que de sanglots étouffés, que de larmes dévorées en silence ! Hélas ! fallait-il que son père ait payé de sa vie cette tentative pour retrouver le cher absent, et que cette suprême joie d’apprendre qu’Albert vivait, ait été refusée au vieillard agonisant.

Les bénédictions de sa victime n’émurent pas plus le Boër que le souvenir des crimes commis pour arriver à son but. Il était à ce point rentré dans la peau de son rôle, comme on dit au théâtre, qu’un peu plus il se serait, et de très bonne foi, regardé comme un bienfaiteur.

Il reprit avec son flegme imperturbable :

– Puisque vous aviez tant fait que de venir jusqu’ici pour revoir un blessé, j’ai pensé qu’il vous serait égal de pousser plus loin pour retrouver un homme bien portant.

» C’est pourquoi j’ai changé de route et pris la direction des chutes Victoria, sauf avis de votre part, termina-t-il avec un sourire équivoque.

Anna, sachant que le but de l’expédition de son mari était précisément ce lieu éloigné, ne douta pas un instant que le Boër ne dît la vérité. Mais comme elle ne pouvait aliéner, par son acquiescement prématuré, la liberté de son obligeante compagne, elle se tourna vers Esther comme pour lui demander ce qu’elle comptait faire.

– J’irai où il vous plaira, répondit doucement la jeune fille. Je vous aime comme ma sœur. Vous êtes désormais toute ma famille. Partons.

Les jours succédèrent aux jours avec l’énervante monotonie particulière aux interminables courses à travers cette immense région. On approchait pourtant du but si ardemment désiré, quand un incident futile révéla brutalement aux deux voyageuses l’horreur de leur situation.

Un soir, tout dormait, bêtes et gens épuisés. Klaas, allongé sous le wagon, son couteau et son fusil à portée de la main, sommeillait, comme on dit vulgairement, en gendarme, bien qu’un ronflement sonore s’échappât régulièrement de sa poitrine, comme d’un soufflet de forge.

Le sifflement métallique, strident, que pousse le serpent pickakolou en fureur, se fit entendre à quelques pas. Le Boër perçut dans son sommeil ce bruit inusité. Avec un sang-froid inouï, il saisit d’un mouvement imperceptible son coutelas, sans changer de posture et sans interrompre son ronflement. Concentrant dans le sens de l’audition toutes ses facultés d’enfant de la nature, il appuya son oreille sur le sol. Un pas léger comme le frôlement d’un insecte faisait crépiter les grains de sable. Ce n’était cependant pas le bruit continu qui caractérise la reptation de l’ophidien. Il se produisait au contraire par intermittences régulières, comme s’il eut été causé par un homme s’avançant pieds nus sur le sol.

Klaas sourit et poussa à son tour un sifflement identique, mais plus doucement modulé. Le sable craqua plus fort, et une silhouette noire s’approcha délibérément. Klaas distingua, à la lueur des étoiles, un nègre complètement nu, appuyé sur un faisceau de sagaies.

– Qui es-tu ? demanda-t-il à voix basse.

– Caïman, le mangeur d’hommes, sous-chef des Betchuanas.

– Qui t’envoie ici ?

– Crâne-Fendu et Bison-Borgne.

– Mes frères... Bien. Où sont-ils ?

– Près de Mosi oa Tounya.[31]

– Je sais cela.

– Pourquoi me le demandes-tu ?

– Afin de savoir si tu es bien réellement envoyé par eux.

– N’ai-je pas fait entendre le signal. Le pickakolou ne siffle-t-il pas que pour nous seuls.

– C’est bien, Caïman est un grand chef.

» Que veulent mes frères ?

– Crâne-Fendu demande la femme blanche aux cheveux noirs.

– Mon brave Pieter est bien pressé, riposta Klaas avec un gros rire. Il devrait me donner au moins le temps d’arriver, que diable !

– C’est que les journées sont courtes, et le lendemain incertain, car la grande bataille est proche et Crâne-Fendu veut devenir au plus tôt l’époux de la femme blanche, ajouta sentencieusement le sauvage.

– Tu parles d’une bataille... Leurs existences seraient-elles menacées ?

– Qui sait ?

– Voyons, explique-toi plus clairement. As-tu vu le Révérend ?

– Oui.

– Que t’a-t-il dit ?

– Que les trois blancs d’Europe partis de la Terre des Diamants étaient près d’arriver à Mosi oa Tounya.

– Les trois blancs d’Europe. Tu veux dire celui qu’ils appellent Albert...

– C’est bien cela. Albert qui a fendu le front de ton frère et crevé l’œil du Bison. Il est au moment de retrouver les deux autres. Ils doivent même être réunis maintenant.

– Comment sais-tu cela ?

– Je les ai suivis à la piste avec mes hommes depuis qu’ils ont quitté ce que vous appelez le kopje.

– Le Révérend ne vous a-t-il pas dit de vous emparer d’eux, de les tuer et de lui remettre leurs dépouilles.

– Si. Plus tard il a changé d’avis. C’est dommage. Caïman et ses frères eussent fait un bon repas.

– Que sont devenus les blancs pendant ce temps ?

– Ils ont été les hôtes des Bushmen du Kalahari. Puis, l’un d’eux, le plus grand, devint notre esclave.

– Très bien.

– Mais il s’est enfui.

– Maladroits !...

– Puis il est devenu l’ami de Magopo, le chef des Batokas.

» L’autre que tu appelles Albert a failli mourir de la fièvre, mais ses guides l’ont sauvé.

» Prends garde ! celui-là est terrible. Quand il saura que tu retiens sa femme prisonnière, que tu veux en faire la maîtresse de ton kraal, que tu as tué...

Un gémissement étouffé se fit entendre à ce moment dans l’intérieur du wagon. Pâle, crispée, haletante, Anna collée à la paroi de bois du lourd véhicule, avait saisi par l’interstice existant entre deux planches mal jointes, jusqu’au moindre détail de ce criminel entretien. Cette conversation était tenue dans la langue des Batlapis, une tribu des Betchuanas de l’Ouest, dont le territoire s’étend à la partie méridionale du Kalahari. Les deux complices étaient en droit de supposer que nul ne pouvait les comprendre. Mais madame de Villeroge, familiarisée avec tous les idiomes de la région pendant les nombreux voyages accomplis en compagnie de son père, au cours de ses missions, n’en avait pas perdu un mot.

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Les chutes Victoria.

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