Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Que pensez-vous de notre nouvel ami, le Haut Shérif ? demanda ce dernier.
— Je n’ai pas d’opinion sur la question, dit Cuthbert gaiement. Non, pas la moindre. Avoir une opinion, c’est faire de la politique, et la politique est un mal qui a causé la pendaison de plus d’un individu encore dans sa prime et belle jeunesse.
Se penchant en avant, il tapota de ses jointures le crâne de corneille.
— La vigie ne l’a guère apprécié toutefois. Je regrette de dire que notre fidèle vigie a trouvé que le Shérif Avery était un gros plein de soupe sans un seul os dans tout le corps auquel on puisse se fier.
Roland se tourna vers Alain.
— Et toi, Messire Stockworth junior ?
Alain s’accorda un temps de réflexion, à son habitude, mâchonnant un brin d’herbe qu’il avait cueilli au passage au bord de la route, en se baissant sur sa selle.
— S’il nous trouvait en train de brûler dans la rue, j’crois pas qu’il nous pisserait dessus pour nous éteindre, dit-il enfin.
Cuthbert rit de bon cœur à cette saillie.
— Et toi, Will ? Qu’en dis-tu, capitaine de nos cœurs ?
— Lui ne m’intéresse pas beaucoup… en revanche une chose qu’il a dite, oui. Étant donné que la pâture pour les chevaux qu’ils appellent l’Aplomb fait au moins trente roues de long sur cinq ou plus jusqu’au désert, comment supposez-vous que le Shérif Avery ait su que nous campions sur la parcelle appartenant au Piano Ranch de Croydon ?
Ils le regardèrent, d’abord avec surprise, puis en faisant des conjectures. Au bout d’un moment, Cuthbert se pencha en avant et tambourina à nouveau sur le crâne de la vigie.
— On était surveillés et tu ne nous l’as pas signalé ? Tu seras privé de dîner et la prochaine fois que ça se produit, au cachot !
Mais, avant d’avoir eu le temps d’aller bien loin, les pensées de Roland se détournèrent du Shérif Avery au bénéfice de Susan Delgado, ce qui était largement plus plaisant. Il la reverrait le lendemain soir, il en était sûr. Il se demanda si elle aurait les cheveux dénoués sur les épaules.
Il lui tardait de le savoir.
Et à présent, voici qu’ils étaient à la Maison du Maire. Que la partie commence, songea Roland, ne sachant pas trop ce que signifiait cette phrase qui lui traversa l’esprit ; il ne pensait sûrement pas aux Castels… pas encore, à ce moment-là.
Les palefreniers emmenèrent leurs montures et, un instant, ils demeurèrent tous trois au pied du perron — se serrant presque les flancs comme des chevaux par gros temps —, leur visage imberbe baigné par la lueur des torches. À l’intérieur jouaient des guitares, et des éclats de rire s’élevaient en vagues successives.
— Doit-on frapper ? demanda Cuthbert. Ou simplement ouvrir la porte et entrer ?
Il fut épargné à Roland de répondre. La porte principale de l’hacienda s’ouvrit à deux battants et deux femmes, vêtues de robes longues à col blanc qui rappelèrent aux trois garçons celles que les femmes de bouviers portaient dans la partie du monde d’où ils venaient, apparurent sur le seuil. Leurs cheveux étaient serrés dans une résille, faite d’une substance diamantée qui étincelait à la lueur des torches.
La plus boulotte des deux s’avança en souriant et leur fit une profonde révérence. Ses pendants d’oreilles, des sourd-feux taillés carré, semblait-il, dansotaient en lançant des éclairs.
— Vous êtes les jeunes gens de l’Affiliation, sans nul doute, et les bienvenus, ça va de soi. Bonne nuitée, messires, puissent vos jours être longs sur la terre !
Ils saluèrent à l’unisson, botte en avant, et la remercièrent en un chœur imprévu qui la fit rire et applaudir. Sa compagne, plus grande, les gratifia d’un sourire aussi ténu qu’elle était fluette.
— Je suis Olive Thorin, dit la boulotte. L’épouse du Maire. Et voici Coraline, ma belle-sœur.
Coraline Thorin, sans se départir de son fin sourire (qui lui plissait à peine les lèvres et n’illuminait absolument pas ses yeux), se fendit d’une révérence pour la forme. Roland, Cuthbert et Alain saluèrent derechef, la jambe tendue.
— Je vous souhaite la bienvenue à Front de Mer, dit Olive Thorin, dont la dignité était plaisamment modulée par un sourire dénué d’artifice et le ravissement patent dans lequel la plongeait l’apparence de ses jeunes invités du Monde de l’Intérieur.
— Que la joie vous accompagne dans notre maison. Je vous le dis du fond du cœur, si fait.
— Je n’en doute point, madame, répondit Roland. Car votre accueil a mis la joie au fond du nôtre.
Il lui prit la main et, sans calcul aucun, la porta à ses lèvres et la baisa. Son rire charmé le fit sourire. Olive Thorin lui plut d’emblée ; et ce fut peut-être une bonne chose qu’il ait rencontré de prime abord une personne de sa sorte, car à l’exception problématique de Susan Delgado, il n’en rencontra aucune autre qu’il appréciât ou à laquelle il fit confiance de tout le reste de la soirée.
Malgré la brise marine, il faisait assez chaud dans le vestibule et le préposé aux manteaux et capes donnait l’air de n’avoir pas eu beaucoup de pratique. Roland ne fut pas autrement surpris de retrouver l’Adjoint Dave dans ce rôle : il avait plaqué en arrière les quelques cheveux qui lui restaient avec une sorte de gomina, et son monocle se détachait à présent sur le plastron immaculé d’une veste de larbin. Roland lui fit un signe de tête. Dave le lui rendit, gardant les mains dans le dos.
Deux hommes — le Shérif Avery flanqué d’un sieur d’âge certain, aussi décharné que ce bon Vieux Docteur Mort en personne — s’avancèrent vers eux. Plus loin, dans l’embrasure d’une porte ouverte à deux battants, on apercevait une salle bondée ; une foule d’invités s’y pressait, coupes à punch en cristal à la main, et pécorait en picorant dans les plateaux qui circulaient.
Roland eut juste le temps de lancer un clin d’œil comminatoire à Cuthbert : Mémorise tout. Chaque nom, chaque visage… le moindre détail. Et ceux-là, en particulier.
Cuthbert acquiesça d’un discret haussement de sourcil. Puis Roland fut entraîné, bon gré mal gré, dans la soirée, sa première vraie soirée de pistolero en service commandé. Il avait rarement connu plus dur.
Le Vieux Docteur Mort se révéla n’être autre que Kimba Rimer, Chancelier de Thorin et Ministre de l’Inventaire (Roland soupçonna que ce titre avait été créé de toutes pièces à leur intention). Il mesurait facilement dix centimètres de plus que Roland, qui passait pour grand à Gilead, et son épiderme était d’une pâleur cireuse, sans être maladive. Des ailes de cheveux gris fer, aussi fins que des fils de toile d’araignée, voletaient de part et d’autre de sa tête. Il avait le sommet du crâne complètement chauve et un pince-nez en équilibre sur son appendice nasal en forme de buccin.
— Chers garçons ! leur dit-il, une fois les présentations faites, du ton douceâtre et sincèrement navré d’un politicien ou d’un croque-mort. Soyez les bienvenus à Mejis et à Hambry ! Bienvenue aussi à Front de Mer, notre humble Maison du Maire !
— Si vous la qualifiez d’humble, de quel émerveillement me remplirait le palais que vos gens construiraient !
C’était une observation plutôt plaisante, en demi-teinte, et non un trait d’esprit (il laissait d’habitude Cuthbert les décocher), mais le Chancelier Rimer ne s’en esclaffa pas moins. Imité par le Shérif Avery.
— Venez, les garçons ! dit Rimer, quand il jugea avoir suffisamment manifesté son amusement. Le Maire vous attend avec impatience, j’en suis sûr.