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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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La Polak commença à raconter à mi-voix d'un air mystérieux :

– Moi, bien sûr, je l'ai vue tout de suite, cette « gouverneuse », elle ne m'a pas plu, trop mielleuse... Mais ce n'est pas à une vieille guenon qu'on apprend à faire des grimaces. Me disant tout d'abord qu'elle venait chez moi et me faisait des sourires parce qu'on l'avait informée que j'étais la meilleure table de la ville, et puis, peu à peu, elle en venait de me parler de toi : « Mme de Peyrac ! Vous connaissez Mme de Peyrac ? » et alors on aurait dit quand je prononçais ton nom, Angélique, qu'elle se pourléchait les babines, elle passait la langue sur ses lèvres.

– Décris-la-moi.

– Je ne peux rien en dire. À part les yeux : parfois comme de l'or, parfois comme la nuit. Mais cela n'aurait pas suffi à me mettre en branle pour un voyage. Il y a eu autre chose.

« Un matin, on m'a fait porter un message du couvent des Ursulines comme quoi mes chandeliers de bois que j'avais mis à la dorure étaient terminés. Seulement, seulement mes chandeliers, de longtemps je les avais dans mon oratoire et de commande, point, je me souvins. Mais, tu sais que c'est dans mon principe de ménager les gens d'Église et de chercher à leur plaire, et quelle que fût l'erreur, je me dis qu'il y avait là-dedans peut-être une façon détournée de me faire savoir qu'on désirait me voir là-haut.

« Je claironnais que je m'en allais chercher mes chandeliers chez les Ursulines et je m'y fis porter en chaise.

« À l'atelier de dorure, je vis la mère Madeleine qui y tâchait, seulette, et, quand elle me vit, je crus qu'elle allait défaillir tant elle parut soulagée comme si j'avais eu le pouvoir, en apparaissant, de lui apporter le Bon Dieu :

« – Oh ! Vous êtes venue, chère dame, me dit-elle en me baisant quasiment les mains.

« Elle m'attira près de son établi.

« – Et par bonheur, continua-t-elle en regardant autour d'elle, nous sommes seules. Oh ! Mme Gonfarel, vous qui êtes l'amie de Mme de Peyrac, il faut que vous lui fassiez parvenir un message. Vous lui direz que cette fois je l'ai reconnue.

« – Qui donc ? demandai-je.

« – La Démone de l'Acadie.

« Et comme je la regardais :

« Mais, me dit-elle, n'avez-vous pas entendu parler, bonne dame Gonfarel, vous qui savez tout, de la vision que j'ai eue il y a bien des années sur la Démone d'Acadie ?

« – Pour sûr, lui dis-je. Oh ! Je connais cette vision par cœur, comme tout le monde, et qu'on a eu l'insolence d'y mêler Mme de Peyrac. Mais vous l'avez innocentée. Et maintenant, vous dites que vous avez vu la vraie ?...

« Très bas, elle me confia que c'était la noble dame qui s'était présentée la veille avec le nouveau gouverneur au parloir des Ursulines. De temps à autre, une sœur passait le nez. Elle jetait un coup d'œil et mère Madeleine semblait prise en faute.

« – Mais, ma petite sœur, lui ai-je dit en parlant aussi tout bas. Si vous êtes persuadée de cela, que cette dame, qui à vrai dire ne me plaît guère, est votre démone, alors, pourquoi ne pas en informer l'évêque, ou votre confesseur ? C'est à des gens d'Église de s'occuper d'elle, sans aller plus loin et mêler notre amie Mme de Peyrac à ces histoires de visions dont elle a eu plus que son compte, ne croyez-vous pas, ma petite sœur ?...

« Elle s'est mise à pleurer :

« – Je le leur ai dit, à tous... ! Mais ils ne me croient pas.

« – Alors là, comprenant, j'ai décidé de partir, continua La Polak. Tu dois être prévenue, c'est toi la femme qui lui est opposée. C'est toi qu'elle cherche... pour se venger, paraît-il.

– Elle ne m'a pas trouvée à Québec où elle a dû se rendre en premier lieu. Quant à venir jusqu'ici, ce ne lui sera pas une expédition facile. Et cette fois, nous sommes prévenues. Nous sommes à l'abri ici, et un gouverneur du Canada, nouveau ou pas, n'y a aucune influence.

– Mais, elle pourrait se rendre à Montréal, gémit Delphine.

– À Montréal !

Et tout à coup, Angélique se sentit blêmir. Une sueur d'angoisse lui vint aux tempes.

Montréal, c'était Honorine.

À Montréal, il y avait Honorine...

Et si, de Québec, apprenant ce fait que la fille d'Angélique était pensionnaire à Ville-Marie, l'affreuse créature décidait de se rendre à Montréal et de s'attaquer à Honorine ?...

Angélique vit sur tous les visages se refléter l'effroi que faisait naître en elle une telle supposition.

– Mais, pourquoi vous êtes-vous enfuies comme des lièvres ? s'écria-t-elle tournée vers les arrivantes. Il fallait au contraire ne pas la quitter des yeux, et si elle partait pour Montréal, monter sur la même barge qu'elle !

– La même barge qu'elle ? répéta Julienne en ouvrant des yeux horrifiés.

– Il fallait la surveiller, la dénoncer, l'empêcher de nuire !... Ne comprenez-vous pas ?... Si elle va à Montréal, et si c'est vraiment elle, alors, Honorine va tomber entre « ses » mains !...

La Polak sauta sur ses pieds et, comme un boulet, sortit de la pièce en claquant la porte.

Elle revint peu après, en coup de vent, suivie de Mme Carrère et de ses filles qui, sur leur lancée, jetèrent à travers la table des ècuelles, des bols, des brassées de cuillères et de couteaux, distribuèrent des gobelets, plantèrent trois pichets d'étain, et couronnèrent le tout par deux énormes bassines de chaudrée de coquillages et de ragoût de viande, fumantes.

Angélique se retrouva assise sur un banc par des poignes péremptoires dont elle ne sut si elles appartenaient à Madame Carrère ou à La Polak, peut-être aux deux, l'assiette pleine, le verre |plein, les couverts mis en main comme à une gamine, et La Polak lui portant le verre de vin aux lèvres en lui déclarant que si elle ne l'avalait pas sur l'heure, elle le lui ferait ingurgiter de force avec plus de dextérité que le bourreau des Hautes œuvres de Paris quand il lui versait deux coquemarts d'eau froide dans l'estomac pour lui faire avouer qu'elle avait volé deux onces d'eau-de-vie au cabaretier du coin.

– Beau temps que ce temps-là ! Oui-da. Nous n'y reviendrons pas. Nous sommes libres. Mais je ne laisserai pas une de ces bandites de grandes dames empoisonneuses venir nous empoisonner jusqu'ici. Bois et mange, nous parlerons ensuite.

« J'ai dit à la patronne : ma commère, vous êtes aubergiste, Nourrissez-nous vite et bien. Nous ne pouvons continuer comme cela, sinon nous allons tomber du haut mal.

Renonçant à penser, Angélique accepta de partager ce repas avec ses amies, épuisées par les émotions et les fatigues de leur voyage.

Chapitre 30

– La surveiller ?... la dénoncer ? Tu en as de bonnes ! dit La Polak lorsqu'elles eurent retrouvé des forces et se sentirent moins énervées. Tu as vu ce qui est arrivé à l'Henriette ? à Mme Le Bacheoys ?... Elle fait vite, cette assassine et elle est bien servie. Alors nous autres, en face !... S'ils n'ont pas cru la mère Madeleine, crois-tu qu'on avait des chances de se faire entendre ? la Julienne ou moi ?...

– Mais alors, qui va sauver Honorine ? s'écria Angélique en se tordant les mains.

La distance, le temps qui exigeait pour rejoindre Montréal des jours, des semaines, presque des mois, pour peu que la malchance s'en mêle, l'obtuse inconscience des êtres, se dressaient devant elle comme autant de murailles géantes qui l'empêcheraient de voler au secours de l'enfant bien-aimée.

Elle s'élança dehors et courut vers la maison de Colin, heureusement de retour.

– Et tout d'abord, cette femme, il n'est pas dit qu'elle va se rendre immédiatement à Montréal, argua Maître Berne. Elle et son époux se doivent d'abord à leurs administrés de Québec, ce qui va les retenir dans la capitale. Ensuite, la saison sera trop avancée pour prendre la route du fleuve.

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