La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #2
- Год: 1987
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0300-4
- Переводчик: Daniel Lemoine
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
— Je ne connais pas l’expression de leur peur, releva le Porte-Parole. J’ignore tout d’eux.
— Moi aussi, reconnut Miro. Je suis obligé de m’en remettre à vous… Vous avez provoqué en une demi-heure davantage d’agitation que je n’en ai vu depuis que je viens ici.
— C’est un don, fit valoir le Porte-Parole. Je vous propose un marché. Je ne parlerai pas de vos Activités Discutables et vous ne direz à personne qui je suis vraiment.
— C’est facile, répondit Miro. De toute façon, je ne le crois pas.
Mange-Feuille termina son discours. Il gagna aussitôt la maison et y entra.
— Nous allons demander à un frère âgé de faire don de lui-même, expliqua Humain. Les épouses le veulent.
C’est ainsi que Miro, debout près du Porte-Parole et serrant Ouanda dans ses bras, regarda les piggies réaliser un miracle beaucoup plus convaincant que ceux qui avaient valu à Gusto et à Cida le titre d’Os Venerados.
Les piggies se rassemblèrent en cercle autour d’un vieil arbre qui se dressait au bord de la clairière. Puis, un par un, ils escaladèrent l’arbre et frappèrent dessus à coups de bâton. Bientôt, ils furent tous dessus, chantant et frappant suivant un rythme complexe.
— La Langue des Arbres, souffla Ouanda.
Au bout de quelques minutes, l’arbre s’inclina visiblement. Aussitôt, la moitié des piggies sauta par terre et entreprit de pousser l’arbre afin qu’il tombe dans l’espace dégagé de la clairière. Le reste frappa d’autant plus énergiquement et chanta d’autant plus fort. Une par une, les grosses branches se détachèrent. Les piggies allèrent les ramasser et les éloignèrent de l’endroit où l’arbre tomberait. Humain en apporta une au Porte-Parole, qui la prit prudemment puis la montra à Miro et à Ouanda. L’extrémité coupée, à l’endroit où elle avait été séparée de l’arbre, était absolument lisse. Elle n’était pas plate – la surface ondulait légèrement suivant un angle oblique. Mais il n’y avait aucune déchirure, aucun écoulement de sève, pas la moindre trace de violence dans sa séparation d’avec l’arbre. Miro posa le doigt dessus et constata que la surface était aussi froide et lisse que le marbre.
Finalement, l’arbre fut réduit à un tronc droit, nu et majestueux ; les taches blanches, à la racine des branches, étaient brillamment éclairées par le soleil de l’après-midi. Le chant atteignit son paroxysme, puis s’interrompit. L’arbre bascula puis se coucha à terre en une courbe élégante et régulière. Le sol trembla et gronda à l’endroit où il tomba, puis tout fut silencieux.
Humain approcha du tronc cœur bé puis se mit à caresser sa surface, chantant à mi-voix. L’écorce s’ouvrit progressivement sous ses doigts ; la fissure progressa sur toute la longueur de l’arbre, jusqu’au moment où l’écorce fut totalement coupée en deux. Puis de nombreux piggies s’en saisirent et la détachèrent du tronc ; elle tomba de part et d’autre en deux feuilles, qui furent emportées.
— Les avez-vous déjà vus utiliser l’écorce ? demanda le Porte-Parole à Miro.
Miro secoua la tête. Il était incapable de parler. Puis Flèche approcha, chantant à mi-voix. Il passa les doigts sur le tronc, comme s’il traçait exactement la longueur et la largeur d’un arc. Miro vit les lignes apparaître, le bois se creuser, se fendre, s’effriter, jusqu’au moment où il ne resta plus que l’arc, parfait, poli et lisse, posé dans une longue tranchée creusée dans le bois.
D’autres piggies approchèrent, traçant des formes sur le tronc et chantant. Ils s’éloignèrent avec des bâtons, des arcs, des flèches, des poignards à lame mince et des milliers de baguettes destinées à la confection des paniers. Finalement, lorsque la moitié du tronc fut débitée, ils s’éloignèrent et chantèrent tous ensemble. L’arbre frémit et se fendit en une demi-douzaine de longs poteaux. Il fut alors entièrement débité.
Humain alla lentement s’agenouiller près des poteaux, les mains posées sur le plus proche. Il rejeta la tête en arrière et se mit à chanter, une mélodie sans mots qui était la plus triste que Miro eût jamais entendue. Le chant se prolongea. Humain chantait seul ; ce ne fut que progressivement que Miro se rendit compte que les autres piggies le regardaient, attendant quelque chose.
Finalement, Mandachuva vint près de lui et dit à voix basse :
— S’il te plaît, il serait juste que tu chantes pour le frère.
— Je ne sais pas comment faire, répondit Miro, impuissant et effrayé.
— Il a donné sa vie, reprit Mandachuva, pour répondre à ta question.
Pour répondre à ma question et en soulever mille autres, se dit Miro. Mais il avança, s’agenouilla près d’Humain, serra entre ses doigts le poteau lisse et froid que celui-ci tenait, bascula la tête en arrière et se mit à chanter. Sa voix fut d’abord faible et hésitante, parce qu’il ne savait pas quelle mélodie chanter ; mais il comprit bientôt la raison de ce chant sans thème. Perçut la mort de l’arbre, sous ses mains, et sa voix se fit puissante et forte, produisant des dissonances douloureuses avec celle d’Humain qui pleurait la mort de l’arbre, le remerciait de son sacrifice et promettait de l’utiliser pour le bien de la tribu, pour le bien des frères, des épouses et des enfants, afin que tous vivent, s’épanouissent et prospèrent. Tel était le sens du chant – et le sens de la mort de l’arbre et lorsque le chant fut enfin terminé, Miro se pencha, posa le front sur le bois et prononça les paroles de l’extrême-onction, paroles qu’il avait murmurées devant le cadavre de Libo, cinq ans auparavant.
PAROLE
HUMAIN : Pourquoi les autres êtres humains ne viennent-ils jamais nous voir ?
MIRO : Nous sommes seuls autorisés à franchir la clôture.
HUMAIN : Pourquoi n’escaladent-ils pas la clôture ?
MIRO : Avez-vous déjà touché la clôture ? (Humain ne répond pas.) On a très mal quand on touche la clôture. En escaladant la clôture, on aurait l’impression que toutes les parties du corps sont aussi douloureuses que possible toutes en même temps.
HUMAIN : C’est stupide. N’y a-t-il pas de l’herbe des deux côtés ?