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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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– Aide-moi, fit-elle en tendant vers Angélique, qui n'en revenait pas, son bras dodu. Eh bien ! Oui, quoi ! C'est moi ! Qu'est-ce que tu croyais ? Que j'étais pas capable, comme tout un chacun, de monter sur un navire pour te rendre visite dans ton Gouldsboro du bout du monde ?

Les embruns avaient mouillé une sorte de haut édifice de lingerie qu'elle portait dressé sur la tête et qu'elle redressait de temps à autre d'un coup de main lorsqu'il retombait piteusement.

– C'est une « fontanges », expliqua-t-elle. Paraît que la maîtresse du roi, celle qui s'appelle Angélique, comme toi, ne s'attife qu'avec ça. Et ta Mme de Gorrestat a lancé la mode à Québec.

– « ma », Mme de Gorrestat, interjeta Angélique, que signifie ?

– Julienne m'a affranchie, lui glissa Janine Gonfarel avec un clin d'œil entendu. Je sais tout. Mais, motus. On va s'expliquer tranquillement et j'ai trop de choses à te raconter. Ce qui urge, c'est une bonne assiette de soupe au lard allongée d'un verre de vin rouge, car je ne tiens plus debout de faiblesse.

Angélique aperçut Julienne, c'était la seconde voyageuse. Encore une Fille du Roy qui avait fait naufrage sur ces côtes avec La Licorne et qui éprouvait le besoin d'y revenir en des circonstances troublantes. Son époux, Aristide, le pirate repenti, n'était pas loin, montant le sentier venant de l'embarcadère en portant les sacs en cuir bouilli de ces dames, et malgré son jabot de dentelles et son costume de bon lainage à boutons de corne et son tricorne posé légèrement de travers, mais juste ce qu'il fallait pour marquer l'honorabilité désinvolte du personnage, il appréhendait de se retrouver à Gouldsboro, qui l'avait vu, en un temps oublié, chargé de chaînes et prisonnier.

– Si ce n'était de la Julienne, vous ne me verriez pas ici, Madame, fit-il en apercevant Angélique. Mais elle a voulu quitter Quécbec comme si elle avait eu le diable à ses trousses.

Il ajouta en baissant la voix :

– Paraît que la Bienfaitrice, la « dussèche » du diable, est vivante !

Depuis que Janine Gonfarel lui avait jeté « ta Madame de Gorrestat», Angélique était incapable de prononcer un mot et de se répandre, comme la situation l'aurait exigé, en protestations de surprise et de joie. Une boule glaciale s'était logée au creux de son estomac. En fait, elle comprenait que, jusqu'alors, elle n'avait pas ajouté foi à l'histoire de Delphine. Maintenant ; il faudrait se rendre à l'évidence : Ambroisine, la Démone, était revenue !...

En silence, elle guida ses visiteuses qui, sans prendre conscience de son mutisme, se contentaient de son sourire machinal, et faisaient les demandes et les réponses, excitées et soulagées d'être enfin parvenues à leur but, après des jours de navigation.

Elle les fit entrer dans l'Auberge-sous-le-fort, puis les amena dans une pièce attenante à la grande salle où elles pourraient s'entretenir sans être entendues et être l'objet de la curiosité publique.

Comme attirée et appelée d'intuition, Delphine du Rosoy s'y trouvait déjà qui se jeta d'un élan au cou de Julienne.

– Ainsi donc, toi aussi tu l'as reconnue, s'écria-t-elle, oubliant dans son émotion les distances qu'elle avait toujours marquées à la pauvre Julienne lorsqu'elles faisaient partie du même contingent des Filles du Roy amenées en Canada par leur Bienfaitrice Mme de Maudribourg.

La joie de Julienne en reconnaissant Delphine fut surprenante car elles s'étaient toujours évitées.

– Delphine, ma mie, je vous ai trouvée parfois pimbêche, mais nous avons naufragé ensemble, pas vrai ? Ensemble nous avons souffert mort et passion avec cette diablesse, ensemble vécu des années à Québec dans la paix et le bien, et je suis heureuse de voir que vous avez réussi à lui échapper.

On y venait donc.

– Alors, c'est donc bien vrai ? Vous aussi, Julienne, vous l'avez reconnue ? demanda Angélique.

– Reconnue ? Oui-da. C'est elle. Pas de doute. Et surtout, ce sont ses yeux. Son visage a un peu changé à cause des blessures qu'elle a reçues. Je l'ai vue de tout près. Elle est moins belle. Mais c'est elle. J'ai vu ses cicatrices.

Au moins, Julienne ne s'était jamais trompée sur la Bienfaitrice, ce qui lui avait valu, en son temps, l'hostilité de ses compagnes.

– Quel coup ! Moi, je l'avais depuis belle lurette oubliée, cette salope ! Morte elle était, morte elle restait. Et de l'arrivée de cette Mme de Gorrestat, je n'avais que ouï dire. Pas eu le temps d'aller au port pour saluer le nouveau gouverneur et sa femme. C'est que j'ai du travail sérieux, moi, à l'Hôtel-Dieu avec tous ces malades ou blessés qu'on nous amène, Indiens et Français. Et puis l'autre jour, on nous a amené Henriette.

– Quelle Henriette ?

– Henriette Goubay, la demoiselle de compagnie de Mme de Baumont. Elles venaient toutes deux de revenir de France avec les navires, au printemps. J'avais vu Henriette. Elle parlait de Paris. Elle était fiancée à l'intendant de la maison de Mme de Baumont. Elle était heureuse. Et voici qu'on nous l'amenait mourante. Un accident qu'on dit... Une chute ! J'accourus car nous avions fait partie de la même confrérie, n'est-il pas vrai ? Je vis tout de suite qu'elle était perdue, et, comme je me penchais sur elle en lui disant : « Ma pauvre Henriette, dis-moi, que t'est-il arrivé ? » Déjà le prêtre appelé par mère Jannerot s'amenait avec les derniers sacrements et comme je levais les yeux, je sentis un regard qui m'attirait, et je la vis à quelques pas, de l'autre côté du lit, et c'est ainsi que je l'ai reconnue parce qu'elle me regardait et qu'elle souriait. Elle n'était pas morte et elle était revenue. J'ai cru une vision. Le Diable, et puis, j'ai compris. Dieu ! Quelle terreur. Mme de Baumont me disait que Mme de Gorrestat, étant leur voisine, avait eu la bonté de secourir Henriette quand celle-ci était tombée de son toit où elle était montée pour vérifier que l'échelle d'incendie y était bien fixée, et de suite elle l'avait fait ramasser et porter dans son carrosse à l'Hôtel-Dieu, et avait réclamé un prêtre. Qui sait si Henriette n'a pas chu de l'avoir aperçue d'en haut et reconnue à la fenêtre de l'hôtel voisin ? Qui sait si l'autre ne l'a pas achevée dans le carrosse ?... Qui saura jamais ?... En tout cas, moi, si je ne suis pas morte sur le coup, c'est parce que je suis solide et puis que j'avais comme un pressentiment depuis que le Ronchon était venu me poser des questions sur La Licorne et qu'on réclamait de France nos noms et nos états.

« Et puis, j'en ai trop vu pour n'avoir pas d'abord l'idée de me défendre. J'ai profité de la cérémonie de l'Extrême-Onction pour prendre la « poudre d'escampette » et, par une porte par-derrière de l'Hôtel-Dieu, je me suis sauvée. J'ai d'abord cherché Delphine, ne l'ai pas trouvée chez elle. Pas le temps, me suis-je dit. J'ai commencé par courir à la recherche d'Aristide qui était dans les bois avec son alambic.

– Cette duchesse n'en fera jamais d'autres, grommela Aristide. J'ai dû laisser en plan la fabrication d'une de ces eaux-de-vie comme M. le Gouverneur Frontenac lui-même n'a pas dans sa desserte, pour la suivre, ma Julienne, quasiment sur l'heure, m'embarquer... je ne savais même pas pour où !...

– Je t'ai peut-être sauvé de la mort deux fois, dit Julienne. Tu te serais empoisonné avec ta mixture.

Angélique écoutait leurs voix alternées sans parvenir à décider encore s'ils n'avaient pas tous été victimes d'une crise de folie collective.

Il y avait eu des phénomènes anormaux qui bouleversaient les esprits simples : les canots en feu dans le ciel, les tempêtes, les phoques dans le détroit...

– En tout cas, l'Henriette, elle est morte, conclut Julienne, et si on ne s'était pas sauvés, ç'aurait été bientôt notre tour.

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