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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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Mamadou lui en voulait :

� Alors toi... Alors toi... ne cessa-t-elle de r�p�ter le dernier soir en lui donnant des coups de balai dans les jambes. Alors toi...

� Alors moi, quoi ? s'�nerva Camille au bout de la centi�me fois. Finis ta phrase, merde ! Moi quoi ?

L' autre secoua la t�te tristement :

� Alors toi... rien.

Camille changea de pi�ce.

Elle habitait dans la direction oppos�e, mais monta dans la m�me rame d�serte qu'elle et la for�a � se pousser un peu pour partager la m�me banquette. Elles �taient comme Ast�rix et Ob�lix quand ils sont f�ch�s. Elle lui donna un petit coup de coude dans le gras et l'autre l'envoya presque dinguer par terre.

Elles recommenc�rent plusieurs fois.

� H� Mamadou... Fais pas la gueule...

� Je fais pas la gueule et je t'interdis deu m'appeler Mamadou encore une fois. Je m'appelle pas Mamadou! Je d�teste ce nom ! C'est les filles du boulot qui me traitent comme �a mais je m'appelle pas du tout Mamadou. Et comme tu n'es plus une fille du boulot que je sache, je t'interdis deu me traiter comme �a une seule fois deu plus, tu as compris ?

� Ah bon ? Ben tu t'appelles comment alors ?

� Je te le dirai pas.

� �coute Mam... euh ma ch�re... � toi, je vais dire la v�rit� : je ne pars pas � cause de Josy. Je ne pars pas � cause du boulot. Je ne pars pas pour le plaisir de partir. Je ne pars pas � cause de l'argent. La v�rit� c'est... que je pars parce que j'ai un autre m�tier... Un m�tier que... enfin, je crois... je... Je ne suis pas s�re, hein... mais un m�tier o� je suis meilleure qu'ici et... o� je crois que je pourrais �tre plus heureuse...

Silence.

� Et puis ce n'est pas la seule raison... Je m'occupe d'une vieille dame maintenant et je ne veux plus partir le soir, tu comprends ? J'ai peur qu'elle tombe...

Silence.

� Bon, ben je vais descendre, hein... Parce que sinon je serai encore bonne pour payer le tacos...

L'autre lui tira sur le bras et la rassit de force.

� Reste encore je te dis. Il est que minuit trente quatre...

� C'est quoi ?

� Pardon?

� Ton autre m�tier, c'est quoi ?

Camille lui tendit son carnet.

� Tiens, l�cha-t-elle en le lui rendant, c'est bien. Je suis d'accord alors. Tu peux y aller maintenant mais quand m�me... J'�tais bien contente deu te conna�tre, petite sauterelle, ajouta-t-elle en se retournant.

� J'ai encore un service � te demander, Mama...

- Tu veux que mon L�opold, il te fasse le succ�s

garanti et l'attraction de client�le aussi ?

- Non. Je voudrais que tu poses pour moi...

� Que je pose quoi ?

- Ben, toi ! Que tu me serves de mod�le...

� Moi?

� Oui.

� Tu te moques ou quoi dis donc ?

� Depuis le premier jour o� je t'ai vue, � l'�poque on travaillait � Neuilly, je me souviens... J'ai envie de faire ton portrait...

� Arr�te Camille ! Je ne suis m�me pas belle, moi !

� Pour moi si.

Silence.

� Pour toi si ?

� Pour moi si...

� Qu'est-ce qui est beau l�-deudans ? demanda-t-elle en avisant du doigt son reflet dans la vitre noire. Hein ? O� c'est ce que tu dis ?

� Si j'arrive � faire ton portrait, si je le r�ussis, on verra dedans tout ce que tu m'as racont� depuis qu'on se conna�t... Tout... On verra ta m�re et ton p�re. Et tes enfants. Et la mer. Et... comment elle s'appelait d�j� ?

� De qui ?

� Ta petite ch�vre ?

� Bouli...

� On verra Bouli. Et ta cousine qui est morte et... Et tout le reste...

- Tu parles comme mon fr�re, toi ! Tu jacasses des dr�les deu fantaisies dis donc !

Silence.

- Mais... je ne suis pas s�re de le r�ussir...

- Ah bon ? Note que si on voit pas ma Bouli sur ma t�te �a m'arrange aussi ! rigola-t-elle. Mais... Ce que tu me demandes, l�, c'est long, non ?

- Oui.

- Alors je peux pas...

- Tu as mon num�ro... D�pose un jour ou deux chez Touclean et viens me voir. Je te payerai tes heures... On paye toujours ses mod�les... C'est un m�tier, tu sais... Bon, je te quitte, l�. On... on s'embrasse pas?

L'autre l'�touffa sur son c�ur.

� Comment tu t'appelles Mamadou ?

� Je te le dirai pas. Je l'aime pas mon nom...

Camille courut le long du quai en mimant un t�l�phone contre son oreille. Son ancienne coll�gue fit un geste las de la main. Oublie-moi, petite toubab, oublie-moi. Tu m'as d�j� oubli�e d'ailleurs...

3

Les premiers jours, Paulette ne quitta pas sa chambre. Elle avait peur de d�ranger, elle avait peur de se perdre, elle avait peur de tomber (ils avaient oubli� son d�ambulateur) et surtout, elle avait peur de regretter son coup de t�te.

Souvent, elle s'emm�lait les pinceaux, affirmait qu'elle passait de tr�s bonnes vacances et leur demandait quand ils avaient l'intention de la ramener chez elle...

� C'est o� chez toi ? s'aga�ait Franck.

� Voyons tu sais bien... � la maison... chez moi...

Il quittait la pi�ce en soupirant :

� Je vous l'avais dit que c'�tait une connerie... En plus, elle perd la boule maintenant...

Camille regardait Philibert et Philibert regardait ailleurs.

� Paulette ?

- Ah, c'est toi, mon petit... Tu... comment tu t'appelles d�j� ?

- Camille...

- C'est �a ! Qu'est-ce que tu veux, ma petite fille ?

Camille s'adressa � elle sans d�tour et lui parla assez durement. Lui rappela d'o� elle venait, pourquoi elle �tait avec eux, ce qu'ils avaient et allaient encore changer dans leurs modes de vie pour lui tenir compagnie. Elle ajouta mille autres d�tails cinglants qui laiss�rent la vieille dame totalement d�munie :

� Je ne retournerai jamais chez moi, alors ?

� Non.

� Ah?

� Venez avec moi, Paulette...

Camille la prit par la main et recommen�a la visite. Plus lentement cette fois. Elle enfon�a quelques clous au passage :

� Ici, ce sont les toilettes... Vous voyez, Franck est en train d'installer des poign�es sur le mur pour que vous puissiez vous tenir...

� Conneries... grommelait-il.

� Ici, c'est la cuisine... Elle est grande, hein ? Et puis elle est froide... C'est pour �a que j'ai rafistol� la table roulante hier... Pour vous permettre de prendre vos repas dans votre chambre...

� ... ou dans le salon, pr�cisa Philibert, vous n'�tes pas oblig�e de rester enferm�e toute la journ�e, vous savez...

� Bon, le couloir... Il est tr�s long mais vous pouvez vous tenir aux boiseries, n'est-ce pas ? Si vous avez besoin d'aide, on ira � la pharmacie louer un autre machin � roulettes...

� Oui, je pr�f�re...

� Pas de probl�me ! On a d�j� un motard dans la maison...

� Ici, la salle de bains... Et c'est l� qu'il faut parler s�rieusement, Paulette... Tenez, asseyez-vous sur la chaise... Levez les yeux... Regardez comme elle est belle...

� Tr�s belle. J'en ai jamais vu des comme �a par chez nous...

� Bon. Eh bien vous savez ce qu'il va faire votre petit-fils demain avec ses amis ?

� Non...

- Ils vont la saccager. Ils vont installer une cabine de douche pour vous parce que la baignoire est trop haute � enjamber. Alors, avant qu'il ne soit trop tard, il faut vous d�cider pour de bon. Soit vous restez et les gar�ons se mettent au travail, soit vous n'avez pas tr�s envie de rester, et il n'y a pas de probl�me, vous faites ce que vous voulez, Paulette, mais il faut nous le dire maintenant, vous comprenez ?

� Vous comprenez ? r�p�ta Philibert.

La vieille dame soupira, tripota le coin de son gilet pendant quelques secondes qui leur parurent une �ternit� puis releva la t�te et s'inqui�ta :

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