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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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� Vous avez pens� au tabouret ?

� Pardon ?

� Je suis pas compl�tement impotente, vous savez... Je peux tr�s bien me doucher toute seule, mais il faut me mettre un tabouret, sans quoi...

Philibert fit mine d'�crire sur sa main :

� Un tabouret pour la petite dame du fond ! Je le note ! Et quoi d'autre, je vous prie ?

Elle sourit :

� Rien d'autre...

� Rien d'autre ?

Elle se l�cha enfin :

� Si. J'aimerais bien mon T�l� Star, mes mots crois�s, des aiguilles et de la laine pour la petite, une bo�te de Niv�a parce que j'ai oubli� la mienne, des bonbons, un petit poste sur ma table de nuit, des choses qui bullent pour mon dentier, des jarreti�res, des chaussons et une robe de chambre plus chaude parce que c'est plein de courants d'air ici, des garnitures, de la poudre, mon flacon d'eau de Cologne que Franck a oubli� l'autre jour, un oreiller suppl�mentaire, une loupe et aussi que vous me bougiez le fauteuil devant la fen�tre et...

- Et ? s'inqui�ta Philibert.

- Et c'est tout, ma foi...

Franck qui les avait rejoints avec sa bo�te � outils tapa sur l'�paule de son coll�gue :

� Putain mon gars, nous voil� avec deux princesses maintenant...

� Attention ! l'engueula Camille, tu mets de la poussi�re partout, l�...

� Et cesse de jurer comme �a s'il te pla�t ! ajouta sa grand-m�re.

Il s'�loigna en tramant les pieds :

� Oooh b�nneu m�rrre... �a va �tre chaud... On est mal, l�, mon pote, on est mal... Moi, je retourne au taf, c'est plus calme. Si y en a qui fait les courses, ramenez-moi des patates que j'aie de quoi vous faire un hachis... Et les bonnes cette fois, hein ! Vous regardez... Pommes de terre � pur�e... C'est pas compliqu�, c'est marqu� sur le filet...

� On est mal, l�, on est mal... �, avait-il pressenti et il s'�tait gour�. Jamais de leurs vies ils n'all�rent aussi bien au contraire.

Dit comme �a, c'est un peu cucul �videmment, mais bon, c'�tait la v�rit� et il y avait bien longtemps que le ridicule ne les tuait plus : pour la premi�re fois et tous autant qu'ils �taient, ils eurent l'impression d'avoir une vraie famille.

Mieux qu'une vraie d'ailleurs, une choisie, une voulue, une pour laquelle ils s'�taient battus et qui ne leur demandait rien d'autre en �change que d'�tre heureux ensemble. M�me pas heureux d'ailleurs, ils n'�taient plus si exigeants. D'�tre ensemble, c'est tout. Et d�j� c'�tait inesp�r�.

4

Apr�s l'�pisode de la salle de bains, Paulette ne fut plus la m�me. Elle trouva ses marques et se fondit dans le souk ambiant avec une aisance �tonnante. Peut-�tre avait-elle eu besoin d'une preuve justement ? D'une preuve qu'elle �tait attendue et bienvenue dans cet immense appartement vide o� les volets se fermaient de l'int�rieur et o� personne n'avait touch� � la poussi�re depuis la Restauration. S'ils installaient une douche rien que pour elle, alors... Elle avait failli perdre pied parce que deux ou trois objets lui manquaient et Camille repensa souvent � cette sc�ne. Comment les gens allaient mal, souvent � cause de quelques bricoles, et comment tout aurait pu se d�grader � la vitesse grand V s'il ny avait pas eu l� un grand gar�on patient qui avait demand� � Quoi d'autre ? � en tenant un calepin imaginaire... � quoi �a tenait finalement ? � un mauvais journal, � une loupe et deux ou trois flacons... C'�tait vertigineux... Petite philosophie � trois francs six sous qui l'enchantait et s'av�ra �tre autrement plus complexe quand elles se retrouv�rent toutes les deux au rayon dentifrice du Franprix � lire les notices des St�radent, Polident, Fixadent et autres colles miracles...

- Et... Paulette euh... ce que vous appelez des... des �garnitures�, c'est...

- Tu ne vas tout de m�me pas m'obliger � mettre une couche comme ils donnaient l�-bas sous pr�texte que c'est moins cher ! s'indigna-t-elle.

� Ah ! des garnitures ! r�p�ta Camille, soulag�e D'accord... Je n'y �tais pas du tout, l�...

Le Franprix, parlons-en, elles le connaissaient par c�ur aujourd'hui et bient�t il devint ringard, m�me! C'�tait au Monoprix qu'elles trottaient � pas menus avec leur Caddie � roulettes et leur liste de courses �tablie par Franck la veille au soir...

Ah ! Le Monop'...

Toute leur vie...

Paulette se r�veillait toujours la premi�re et attendait que l'un des deux gar�ons lui am�ne son petit d�jeuner au lit. Quand c'�tait Philibert qui s'en chargeait, c'�tait sur un plateau avec la pince � sucre, une serviette brod�e et un petit pot � lait. Il l'aidait ensuite � se relever, lui regonflait ses oreillers et tirait les rideaux en se fendant d'un petit commentaire sur le temps. Jamais un homme n'avait �t� aussi pr�venant avec elle et ce qui devait arriver arriva : elle se mit � l'adorer elle aussi. Quand c'�tait Franck, c'�tait euh... plus rustique. Il lui d�posait son bol de Ricor� sur sa table de nuit et ripait sur sa joue pour l'embrasser en r�lant parce qu'il �tait d�j� en retard.

� T'as pas envie de pisser l� ?

� J'attends la petite...

� H� m�m�, c'est bon, l� ! L�che-la un peu ! �a se trouve elle va dormir encore une heure ! Tu vas pas te retenir pendant tout ce temps...

Imperturbable, elle r�p�tait :

� Je l'attends.

Franck s'�loignait en grognonnant.

Eh ben, attends-la, va... Attends-la... C'est d�gueulasse y en a plus que pour toi maintenant... Moi aussi, je l'attends, merde ! Qu'est-ce qui faut que je fasse ? Que je me p�te les deux jambes pour qu'elle me fasse des risettes � moi aussi ? Fait chier la Mary Poppins, fait chier...

Elle sortait justement de sa chambre en s'�tirant :

- Qu'est-ce tu ronchonnes encore ?

� Rien. Je vis avec le prince Charles et s�ur Emmanuelle et je m'�clate comme une b�te. Pousse-toi, je suis en retard... Au fait?

� Quoi ?

� Donne ton bras voir... Mais c'est tr�s bien �a ! s'�gaya-t-il en la palpant. Dis donc, la grosse... M�fie-toi... Tu vas passer � la casserole un de ces jours...

� M�me pas en r�ve, le cuistot. M�me pas en r�ve.

� Mais oui ma caille, c'est �a...

C'�tait vrai, le monde �tait beaucoup plus gai.

Il revint avec sa veste sous le bras :

� Mercredi prochain...

� Quoi mercredi prochain ?

� Ce sera Mercredi gras parce que mardi j'aurai trop de boulot, et tu m'attends pour d�ner...

� A minuit ?

� J'essaierai de rentrer plus t�t et je te ferai des cr�pes comme tu n'en as jamais mang� de ta vie...

� Ah ! J'ai eu peur ! j'ai cru que t'avais choisi ce jour-l� pour me sauter !

� Je te fais des cr�pes et apr�s je te saute.

� Parfait.

Parfait ? Ah, il �tait mal ce con... Qu'est-ce qu'il allait faire jusqu'� mercredi ? Se cogner dans tous les r�verb�res, rater ses sauces et s'acheter de nouveaux sous-v�tements? Putain mais c'�tait pas vrai, �a ! D'une mani�re ou d'une autre elle finirait par avoir sa peau, cette salet�! L'angoisse.... Pourvu que ce soit de la bonne... Dans le doute il d�cida de s'acheter un nouveau cale�on quand m�me...

Ouais... Eh ben �a va y aller le Grand Marnier, c'est moi qui vous le dis, �a va aller... Et ce que je flambe pas, je le bois.

Camille venait ensuite la rejoindre avec son bol de th�. Elle s'asseyait sur le lit, tirait l'�dredon et elles attendaient que les gar�ons soient partis pour regarder le T�l�Achat. Elles s'extasiaient, gloussaient, raillaient les tenues des potiches et Paulette, qui n'avait pas encore imprim� le passage � l'euro, s'�tonnait que la vie soit si peu ch�re � Paris. Le temps n'existait plus, s'�tirait mollement de la bouilloire au Monoprix et de Monoprix au marchand de journaux.

Elles avaient l'impression d'�tre en vacances. Les premi�res depuis des ann�es pour Camille et depuis toujours pour la vieille dame. Elles s'entendaient bien, se comprenaient � mi-mot et rajeunissaient toutes les deux � mesure que les jours rallongeaient.

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