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Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]

Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:

Exister en compagnie de gens bien élevés est terriblement démoralisant car cela contraint à vivre comme eux pour ne pas ressembler à un peigne-cul.
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
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Le cher Bien-en-Chair quitte sa chaire[23]. Il s’avance au bord de l’estrade, d’un pas blasé.

— A partir de demain, annonce-t-il, on va z’étudier les usages mondains. C’est-à-dire le superflu. Pour les démonstrations, je m’ai assuré le précieux concours d’une réelle gentilhommière, la comtesse Troussal du Trousseau que le pedigree de ses aïeux remonte aux mots croisés.

Il toussote.

— Aussi je vous demanderai de soigner votre tenue !

Machinalement, réflexe conditionné sans doute, il tâte sa braguette, constate que trois boutons ne sont pas arrimés, rectifie sa mise et nous offre un salut de judoka. Sa profonde courbette lui vide la poche supérieure, laquelle contenait : deux stylos Bic, une banane, de la monnaie, une pince à linge, son bourre-pipe-passe-partout, un os de poulet et la photographie en couleurs du prince Rainier de Monaco.

CHAPITRE QUATORZE

DANS LEQUEL LA SITUATION ÉVOLUE

Je finis la soirée en compagnie du camarade Racreux, bien que le gigot aux flageolets du soir l’ait rendu infréquentable. Il me propose une belote que je repousse : j’ai pas l’esprit aux cartons. Une espèce d’angoisse croît en moi et, réciproquement, je crois en elle[24].

— T’as l’air soucieux ? observe le pétomane, en se faisant crépiter le fouinizoff.

— Dis voir, l’Harmonieux, coupé-je, tu étais en compagnie de Bardane, toi, lorsqu’il est descendu du car pour rentrer à l’Ecole ?

— Yes, pourquoi ?

— Raconte-moi bien succinctement comment il a manœuvré.

Intrigué, le tirailleur à blanc s’ébroue le pyjama pour l’aérer.

— T’y reviens encore sur ces affaires ? M’est avis, reconnaît-il loyalement, que tu vas faire un bon poulaga, tu as l’obstination nécessaire.

Son appréciation me va droit au cœur en épargnant le visage. Il la traduit aussitôt en morse inférieur. Puis, après un instant de réflexion, attaque :

— On se trouvait toute une bande a l’auberge du Coq et du Beaujolais réunis qui marque le terminus des cars pour Lyon.

— Et alors ?

— Rien… bredouille-t-il. Non, franchement rien…

Il a beau gamberger, tout lui semble en ordre. Il en pétarade du rez-de-chaussée.

— On éclusait de la bière… Certains jouaient au juke-box. Et puis le car est arrivé. Le chauffeur et le receveur sont descendus boire un coup sur le pouce. Pendant ce temps on est allés s’installer dans le véhicule…

— Et Bardane ?

— Bardane aussi.

— Comment était-il ?

— Qu’est-ce que tu entends par là ?

— Je veux dire, il semblait soucieux ?

— Pas du tout. Il se marrait.

— Continue…

— Les employés de la ligne sont remontés. On allait partir, déjà le receveur commençait de nous délivrer les billets…

Il revit très intensément l’instant. C’est ce que je souhaite. Il faut que son souvenir se démultiplie, qu’il fonctionne au ralenti…

— Ensuite ? l’incité-je doucement.

Il fait la moue avec son fondement, puis reprend :

— Comme le chauffeur mettait le moteur en marche, quelqu’un a demandé d’attendre, vu qu’un retardataire se pointait en courant…

Il sourcille.

— Tiens ! le retardataire, justement, c’était Cantot, le copain qui se fait porter pâle depuis hier.

Voilà qu’une souris se met à me grattouiller le bulbe de ses petites pattes. On avance, mes chéries ; on avance !

— Et alors ? dis-je dans un souffle pareil à un dernier soupir.

Racreux continue de s’exprimer à chaque bout, mais je ne prête l’oreille qu’à ses sonorités supérieures.

— Alors le chauffeur a attendu. Ici, ça se passe en famille, les transports en commun. Le camarade Cantot est monté. Il s’est assis à l’avant, sur le siège près du conducteur. L’autobus démarrait. Et puis voilà que notre Bardane se lève en criant : « Arrêtez ! Arrêtez ! » Il est sorti par la porte de derrière du car, sans explications.

— A côté de qui se trouvait-il assis ?

Racreux gamberge.

— A côté de Bézuquet, je crois bien. Tu sais, le grand blond qui a une cicatrice au menton ?

— Il crèche pas dans le dortoir de Cantot, ce zig ?

— En effet, c’est son voisin de box. Où tu vas, Blanche-Neige ?

Je passe ma robe de chambre d’un geste rapide.

— Pas le temps de t’expliquer, mais je t’écrirai, promets-je.

Le blond Bézuquet est en train de lire un traité d’Apain-Bonlard sur la pédérastie chez les Planctons. C’est un grand studieux excellemment noté. Il est premier en rognures d’ongles, premier en chèques lavés, premier en insecticides, premier en coffre-fort, deuxième en réanimation, deuxième en rumeur publique, deuxième en sommations, troisième en fouilles, troisième en attroupements, troisième en répression de la distribution de tracts. Il a eu un premier grand prix d’état d’urgence, un prix de barrages forcés, un prix de scellés et un accessit de perquisition, pour vous situer un peu mieux cette nature d’élite. Je m’assieds au pied de son lit sans crier gare vu que nous n’appartenons ni l’un ni l’autre à la S.N.C.F.[25]

— Excuse-moi de te déranger, camarade, lui dis-je. Imagine-toi qu’on fait une enquête privée, Racreux et moi, à propos des événements d’ici.

Il me considère par-dessus ses lunettes à monture d’or.

— C’est une louable idée, admet-il.

— Il paraît que tu étais assis dans l’autobus à côté de Bardane lorsqu’il en est descendu ?

— Exact, pourquoi ?

— Il n’a rien dit en descendant ?

— Rien, je l’ai déjà déclaré à l’enquête.

— Et avant de descendre ? Bouge pas, et suis-moi bien, camarade. Le bus ronronnait lorsque l’un d’entre vous a signalé qu’un retardataire se pointait, O.K. ?

— Je m’en souviens, oui, fait Bézuquet, les sourcils froncés.

— Quelque chose me dit que la réaction de Bardane est liée à cette arrivée in extremis de Cantot. Je te demande d’y réfléchir.

J’attends en le défrimant bien ardemment. Il a un œil qui s’écarquille et, inversement, l’autre qui rapetisse.

— Tiens, tu m’y fais repenser, murmure Bézuquet. Bon Dieu, mais c’est vrai, bourrelle-t-il encore.

— Accouche, j’agonise.

— Quelqu’un a crié : partez pas, en voilà encore un ! On s’est tous retournés. J’ai dit : « C’est Abel Cantot, le nouveau ». Et alors, Bardane a murmuré : « Abel Cantot de Bordeaux ? » Je lui ai répondu distraitement que oui. Pendant ce temps Cantot a grimpé dans le bus. Le départ s’amorçait. Brusquement Bardane a crié d’arrêter et s’est précipité dehors !

— Merci, mon pote, fais-je. C’est tout ce que je voulais savoir.

Je regagne ma chambrette, satisfait. Plus de doute : feu Bardane savait que Cantot avait de mauvaises intentions. Il a eu peur de lui… Il est rentré à l’Ecole… Et… Et quoi ? Que s’est-il passé dans la solitude des dortoirs vides ?

Je l’ignore encore, mais j’espère le savoir bientôt.

Il a neigé pendant la nuit. La campagne, à mon réveil, est couverte de ce tapis blanc, orgueil des rédactions de cours moyen première année. Ma toilette et mon harnachement terminés, je passe ramasser le Gros et en loucedé nous mettons le cap sur Lyon. Il maugrée, Béru. Sa comtesse vient de lui écrire qu’elle ne pourra arriver à l’heure prévue et ça lui pose des problèmes de cours, au cher professeur.

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23

Ça ne rime à rien, mais ça me fait plaisir.

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24

Je suis un auteur difficile.

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25

Grâce à ce genre de calembour, le lecteur s'aperçoit moins que je suis en réalité un littéraire.

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