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Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]

Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:

Exister en compagnie de gens bien élevés est terriblement démoralisant car cela contraint à vivre comme eux pour ne pas ressembler à un peigne-cul.
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
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« Toujours habillé, vous commencez de l’entreprendre à bloc. Qu’elle sente bien le râpeux de vos frusques sur sa peau, ça gratte, un mâle ! Ça endolore ! Tâchez-moi de lui filer une fumante première séance ! Qu’elle en oublie sa date de naissance, nom de Dieu, et l’adresse de ses parents ! Qu’elle en oublie le français ! Faut qu’elle se mette à parler chèvre, mes amis, à parler chienne, à parler vache ! Faut qu’elle comprenne sa douleur et qu’elle l’oublille ! Faut qu’elle soit pleine d’urticaire ! Qu’elle fume ! Qu’elle supplie ! Qu’elle meure deux fois, trois fois, dix fois ! Faut la bousiller à coups de tendresse ! La ranimer à coups de tendresse. La porter, la transporter, la rouler, la piloufacer, l’engloutir dans le pâmé et la repêcher ! Si vous la réussissez somptueusement, dès le premier soir, votre bergère, l’avenir elle est à vous ! Foie de Bérurier ! Et je chahute pas avec mon foie ! »

Il s’offre une quinte de toux, vite calmée par une rasade de juliénas.

— Bien entendu, continue l’Initiateur, le nombre des petits z’impatients qu’ont pas attendu la nuit de noces pour jouer Monte-là-dessus est de plus en plus conséquent. Peu importe ! Faut toujours qu’une nuit de noces soye une première de gala, les gars. Toujours ! C’est Noël, même si la vierge l’est pas tellement ! Et maintenant que je vous ai conseillé de ce qu’il faut faire, examinons un peu ce qu’il faut éviter.

Il se fait chanter les lampions entre le pouce et l’index. Ça produit un petit bruit geignard comme lorsque le pompiste vous nettoie le pare-brise avec son râteau de caoutchouc.

— Primo, fait-il, tout en se fourbissant les orbites, voyons pour l’homme. Au moment qu’ils entrent dans leur chambre d’amour, il doit éviter les réflexions telles que les suivantes : « Tiens, ils ont changé le papier de la tapisserie depuis que suis venu » ou « J’espère qu’y a pas des punaises, comme à l’hôtel de la Tringlette où j’allais avec Simone ».

Béru réfléchit encore, en homme soucieux de ne rien omettre.

— Et puis, continue le Vaillant, au moment des effusions, que cette truffe de mari aille pas chuchoter, pour lui calmer les angoisses, à sa souris : « Laisse-toi faire, Lolotte, j’ai l’habitude » ou bien, impatienté : « Si elle te fait peur je vais l’offrir à des que ça leur fera plaisir ». Ou même (y en a qui en sont capables) : « Eh ben dis donc, ma petite fille, t’as le coup de reins mollasson, faudra travailler tes abdominaux ». Eviter aussi de l’appeler par un autre prénom que le sien, ce qui pourrait la froisser. Si elle s’abandonne comme une planche à repasser, au lieu de lui chercher des griefs, complimentez-la. Les gonzesses les plus prudes aiment qu’on leur fasse croire qu’elles sont des championnes de l’amour. Plus elles bavouillent triste, plus elles se croyent courtisanes et sont fières de l’être. Ce qui indique qu’elles méritent vos encouragements puisque en dedans de leur cœur elles ont la vocation. Aussi, après la séance de radada-à-crinière vous poussez un sifflement ébloui et vous murmurez : « Fichtre, pour une blanche colombe, t’es aussi dessalée qu’une morue, gamine ».

Il se lève et accomplit sous nos regards fervents quelques mouvements gymniques à base de flexions de jambes. Un craquement fâcheux nous annonce que son pantalon y participe à contrecœur. Le Gros s’interrompt, se palpe le fondement d’un index particulièrement tactile, fait la grimace, et se rassoit sans commentaire.

— Etudions maintenant le problème de la fille, décide l’Epoustouflant. Avant tout, elle doit jamais désappointer si, le soir « J », le marié lui déballe du fluet. Pas qu’elle s’esclame « Y a maldonne ! J’ai marié un homme, pas une portion de chipolatas ! » C’est vachement outrageant pour le matou. Que les gloutonnes sachent bien que c’est pas l’objet qui compte, mais la façon de s’en servir.

« Vous connaissez tous la blague au sujet de la distraction chez les jeunes mariés ? Je vous la répète parce qu’elle est pas si bête que ça. Le comble de la distraction, c’est qu’aftère l’amour, le marié donne mille balles à sa gerce et que celle-ci les chope et les glisse dans son bas. Cette histoire vous résume les dangers. Faut se surveiller de part et d’autre, pas oublier un instant ce qu’est l’autre par rapport à lui ou à elle et ce qu’on fiche entre ces quatre murs tous les deux, Banco ?

« J’aimerais également dire un mot du voyage de noces. Naturellement, chacun agit suivant ses aptitudes. De nos jours que les voyages sont fastoches et réglables en vingt-quatre menstrualités, les jeunes mariés se croyent obligés d’aller passer leur lune de miel aux Nouvelles Hybrides, en Asie Majeure ou à Ton âne arrive. Foutaise ! La lune de miel c’est pas du tourisme ! Le paysage doit pas distraire de la bagatelle. Un bon coin peinard de la campagne française, la voilà, l’idéal ! Mais minute ! Comme toujours, faut éviter les excès inverses. J’en ai vu qui partaient faire du campinge pour la circonstance ! La nuit de noces sous la tente, c’est bon pour la reine d’Angleterre. Cette nuit-là, faut pas que Ninette aye des fourmis rouges dans le médaillon, c’est pas prévu au programme ! Ni qu’elle s’enrhume à la fraîche ! Et puis, dans les établissements Trigano, vous avez pas le champ libre pour les grands élans cosaquiens. Vos aises, vous pouvez que les prendre à l’estérieur ! Vous vous figurez cette chasse à courre, entre le sac tyrolien et le Butagaz de campagne ? Vous risquez de vous meurtrir contre le réchaud ou de vous coincer la bimbeloterie dans la table pliante ! Et je passe sous silence la fragilité du manoir ! Un coup de reins de mâle en contrueux, et vous arrachez les piquets de la tente ! Le buildinge de toile vous choit dessus comme un couvre-pieu pas opportun. Vous vous empêtrez la gigotance dans les ficelles ! Vous voilà enveloppés, empaquetés, momifiés. Vos belles ardeurs s’entortillent dans les cordages, vous perdez la mandoline de madame pour vous payer le jerricane de flotte dans la confusion bien confuse. Le parcours est aboli. Y a déroute sur le terrain de manœuvres ! On ne peut pas conseiller des calamités pareilles à un jeune couple. Non, on ne peut pas ! ahg »

Il se masse un doigt, il le suce, se le fourre sous le bras.

— Le mieux, affirme-t-il, c’est de faire comme nous, moi et Berthe. On a passé notre lune de miel à Asnières, dans un petit hôtel-restaurant que je connaissais, près de la gare, en face des gazomètres. C’était le beau-père d’un collègue qui le tenait. Chez Tintin, ça s’appelait. Nous y vécussions une période de vrai bonheur. On était les petits gâtés des tôliers. Ils nous dorlotaient, nous mijotaient des plats gratinés. Sa spécialité à Madame Tintin, c’était l’édredon de mer et des pieds-paquets marseillais.

Il renifle un bon coup, mais malgré cette mesure préventive, ses yeux s’embuent.

— Oui, soupire le bon Nounours, du vrai bonheur. Je vais vous donner le programme de nos journées, parce qu’à mon sens, c’était la chouette lune de miel qu’on passait. Je veux pas me vanter, les gars, me faire plus malin que je ne suis pas, mais j’ai toujours bien su prendre l’existence, surtout dans les moments formides.

« Donc, pour vous en revenir, on se réveillait sur les choses de neuf plombes, le morninge. Illico on se mettait à l’établi. C’est pas mon genre de donner dans la confidence intime, vous le savez ! Toujours est-il que Berthe, c’était une affaire étonnante. Elle faisait pas des conditions de paiement, elle. Fallait régler cache ! Et pas lui en promettre ! Une sacré pétroleuse, esperte et tout ! Ça me mettait les sens comme des oursins de découvrir ses capacités matelassières. Je me lance pas dans les détails, mais rappelez-vous que la capsule fantôme, le tampon buvard vagabond, le collier de trente-deux perles, la lorgnette grossissante et le véhicule à deux mains motrices n’avaient pas de secret pour elle ! J’étais tombé sur la grande aubaine ! L’affaire unique d’Issy-les-Moulineaux ! L’orgueil d’un plumard, une trémoussante pareille ! Du produit contingenté ! De la bestiole primée hors concours ! Le lot rarissime, quoi ! Au tiercé de l’amour je m’étais sorti les trois numéros dans l’ordre et le rapport c’était quasiment çui du siècle ! Mais brèfle, je disais : nos journées ! Donc turlututu jusqu’à midi, avec la pause-café dans l’intervalle. A midi, on descendait à la graille en pyjama. On pouvait se permettre vu qu’on croquait dans la cuisine. On se sifflait deux apéros chacun pour se préparer le clapoir, et puis on jaffait au pinard cacheté. Vers les trois heures, on remontait pour un brin de sieste polisson. Ça nous menait jusqu’à six plombes. Pour lors on s’habillait et on allait se faire un bout de flânerie, bras dessus, bras dessous, jusqu’à Courbevoie. Sur le pont on s’arrêtait pour cracher sur les mariniers qui pénichaient au-dessous de nous.

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