Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-06719-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
La Mégère se propulse au chevet de son indigne gendre.
— Et vous vous imaginez qu’Angélique vous suivra, misérable ?
— C’est ma femme, répond noblement Mathias. Si elle m’aime, elle m’obéira ; si elle ne m’aime pas, je n’en ai rien à fiche et vous pourrez la garder avec son lardon en prime. Maintenant disparaissez, puanteurs vivantes ! J’ai à causer avec ces messieurs !
Vous verriez ce spectacle, mes chéries ! Ce two men chauve ! Ils trépignent comme des pantins à ficelle, les Clistaire. Elle en a les bajoues qui floconnent, la belle-doche. Et le vieux, c’est sa barbichette qui joue la saint-cyrienne, droite, hérissée, en poils d’artichaut tout à coup !
Ils liment des choses horribles ! Ils s’insurgent avec un bruit de scie à marbre. Ils menacent. Ils disent que l’asile psychiatrique de Bron est à deux pas et que le bon docteur n’a qu’un mot à signer pour qu’il y soye embastillé à vie, Mathias. Une moulinette en guise de chapeau et le pantalon à la Dagobert’s king, tel il finira, dans une chambrette capitonnée. Elle va dare-dare convoquer le concile séraphique, Sa Sainteté Clistaire Ier ! A votre Sainteté, m’sieurs-dames ! Ses points cardinaux vont prendre les mesures d’urgence : réclamer du ciel le châtiment abominable qu’il mérite, le brave Rouillé. La langue lui tombera, pour avoir osé prononcer des paroles pareilles. Ce à quoi il leur rétorque que ses poings ne lui tomberont pas et qu’il leur démolira la bouillasse s’ils viennent trop le faire tartir.
Je sonne la garde ! Je dis que les Clistaire ont une crise d’hystérie et qu’il conviendrait de les évacuer. Ma qualité de commissaire prévaut sur sa qualité de toubib. Devant l’agitation du couple, et en les entendant invectiver, les infirmières appellent des infirmiers colosses, de ceux qui vous coltinent à bout de bras comme des bébés en cellulo. On finit par expulser leurs béatitudes si peu béates. Le silence revient enfin et Mathias éclate de rire.
— Ce que ça fait du bien ! dit-il. Fallait-il que je sois nouille-aux-œufs pour subir le climat de ces deux fous !
— Baste ! ça sera été ta période gâteuse, rassure Béru. T’avais les claouis endormis par l’amour, mais maintenant que t’as réagi t’es sauvé, mec. T’es sauvé !
On lui serre chaleureusement sa main virile. Vive l’Homme avec un H et des choses majuscules !
— Maintenant, décidé-je, passons aux questions sérieuses : raconte !
Il me cligne de l’œil.
— J’attendais votre venue, m’sieur le commissaire.
Il allonge ses mains sur son drap.
— L’autre nuit, après vous avoir quittés, je suis rentré à la maison. Juste comme je refermais la porte du porche et tandis que je tâtonnais pour trouver la minuterie, quelqu’un m’a appuyé le canon d’un pistolet dans le dos et une voix de femme a murmuré avec un accent étranger : « Pas un mot, pas un geste sinon vous êtes mort, mon arme est munie d’un silencieux. » Je n’ai donc pas bronché. Nous avons poireauté un instant dans le noir. Mon agresseur voulait s’assurer de votre départ, je suppose. Et puis j’ai entendu arriver une auto. J’ai eu quelque espoir, mais j’avais tort car il s’agissait d’un complice. La femme qui me tenait en respect a rouvert la porte. Un homme aux cheveux calamistrés se trouvait de l’autre côté. Lui aussi braquait un pistolet. Il m’a fait monter à l’arrière de l’auto et il a pris place à côté de moi, tandis que la fille, une superbe blonde, s’installait au volant…
Il se tait, essoufflé.
— Tu veux t’arrêter un peu ? je propose.
Mais Mathias tient à finir son récit. Il en sait toute l’importance. C’est un bon flic.
Je lui redonne son verre. Il boit. Béru propose d’aller acheter un peu de bourgogne, affirmant que ça lui redonnerait des forces. Je l’en dissuade et Mathias reprend, d’une voix un peu hachée.
— Ils m’ont conduit dans une maison sinistre, du côté de Saint-Clair…
— Je sais, fais-je, c’est nous qui t’avons délivré.
— J’avais reconnu votre voix, quand vous engagiez mon gardien à se rendre, assure le blessé.
— Une fois là-bas, que s’est-il passé ?
Le Rouquin respire un grand coup.
— Un type nous attendait, vous avez dû le voir ?
— Il a fait mieux que le voir, rigole l’Aimable, puisqu’il l’a assaisonné !
Mathias hoche la tête.
— C’est pas volé ! Quel salaud ! Ils m’ont enchaîné et se sont mis à me torturer pour me faire parler.
— Que voulaient-ils savoir ?
— Qui vous étiez et ce que vous saviez.
— Nous ? s’étonne le Gros.
— Au début, murmure Mathias, j’ai dit que je vous avais connus à Paris. Mais ça ne les a pas satisfaits. Ils m’ont affirmé que Bérurier n’était pas un vrai professeur, ni vous un vrai Noir, m’sieur le commissaire !
— Pas un vrai professeur, bredouille le Gros, anéanti. Les abrutis !
— Ils ont quelqu’un dans la place, assure le Brasero.
— Un des élèves, le renseigné-je, un dénommé Abel Cantot.
Il ouvre des veux admiratifs.
— En effet, c’est bien le nom que je leur ai entendu prononcer.
Mathias montre sa main gauche empaquetée.
— Ils m’ont arraché les ongles de cette main, révèle-t-il. C’est atroce, si vous saviez ce que j’ai souffert !
Le pauvre lapin ! Je ne m’étais pas aperçu de ces sévices, trop hypnotisé que j’étais par son coup de pistolet dans le cigare.
— Ils me demandaient ce que nous savions, poursuit-il.
— Et tu leur as dit ?
— La vérité : à savoir que nous ne savions rien. Que nous avions seulement des doutes à propos des deux suicides, et que nous cherchions à comprendre pourquoi on avait tenté de m’assassiner à deux reprises.
— Notre venue à l’Ecole les a inquiétés et ils ont décidé de te kidnapper et de te faire parler avant de t’abattre afin de savoir où nous en étions. Ils t’ont cru ?
— Devant les souffrances qu’ils m’infligeaient et qui ne modifiaient pas mes dires, ils ont fini par se rendre à l’évidence.
— Parfait ! Donc, pour l’instant, ils sont persuadés que nous nageons en plein mystère ?
— Exactement.
— Reconnais que c’est le cas, ronchonne l’Implacable.
— C’est le cas, conviens-je.
Je me penche à nouveau sur Mathias.
— Autre chose à me dire ?
— Et comment ! Entre eux, ils parlaient espagnol, mais c’est une langue que je comprends parfaitement. Quelques instants avant votre arrivée à la villa, je les ai entendus dire qu’ils étaient suivis et ils ont recommandé à mon gardien de me liquider en cas de coup dur.
Mathias est oppressé. Il avale encore un peu d’eau, amenant Béru aux limites du dégoût.
— La femme a dit à son mari : « Nous devons prévenir Cantot pour qu’il ne retourne pas là-bas, ce serait dangereux pour lui. De toute façon, sa présence n’est plus nécessaire maintenant que tout est en place ! »
Mathias me chope le poignet de sa main valide.
— Vous m’avez bien entendu, m’sieur le commissaire ? Elle a dit « maintenant que tout est en place ».
Je me dresse, la tête bourdonnante. J’ai la tremblote, à force d’énervement. « Maintenant que tout est en place ! » Donc les gars de la mystérieuse bande ont accompli leur mission. Redonc il va se passer quelque chose ! Et quelque chose de grave, quelque chose de terrible puisqu’ils n’ont pas hésité à tuer et à kidnapper pour parvenir à ce quelque chose !