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READ-E-BOOK » Иронические детективы » Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
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Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]

Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:

Exister en compagnie de gens bien élevés est terriblement démoralisant car cela contraint à vivre comme eux pour ne pas ressembler à un peigne-cul.
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
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« Quelquefois on visitait le cimetière des chiens, dans l’île. Sur les petites tombes y avait des inscriptions qui nous fendaient l’âme : “A Médor, mon compagnon fidèle. Ici repose Loulette Durand, morte en couches.” Souvent les maîtres avaient fait sceller la photo de l’animal dans la pierre. La Loulette Durand, par exemple, c’était un petit fox blanc et noir avec un museau pointu et des oreilles de lapin. En plein milieu du cimetière, je me rappelle d’une estatue représentant un Sarah Bernard. Sur le soc, on lisait “A Toby, héros du travail, mort accidentellement en faisant sa tournée, la laiterie Dubois reconnaissante.” Berthe et moi, on se promettait d’avoir un chien plus tard. On rentrait chez Tintin, mis en appétit par ce bol d’air. On mangeait une bricole : une tranche de tête roulée ou une omelette au lard avec un petit coup de beaujolpif pour se refaire des hormones. Ensuite on jouait à la belote, avec M. Maclou le quincaillier du coin, et Léonard, un type des Pompes funèbres qui se trouvait en congé de maladie. Au service du soir, Berthe donnait un petit coup de paluche à Madame Tintin car ça la démangeait, la restauration. Vers neuf heures, on dînait avec les tôliers. Le frichti et la converse, ça nous portait vite à minuit. Surtout qu’il avait le coup de rouille facile, m’sieur Tintin. Et une fois rapatriés dans notre chambrette, on remettait férocement le couvert. La bouffe épicée de la patronne nous fichait des émois gloutons. La sérénade du sommier, pardon ! Trois qu’on leur en a démolis, aux braves gargotiers. Ils nous ont raconté par la suite, bien plus tard, pour pas que ça nous gêne, que les autres pensionnaires de la tôle ils se mettaient à bivouaquer dans le couloir, près de notre lourde, pour profiter de la séance. Ils apportaient des chaises, des tricots, des kils de rouge et ils nous écoutaient comporter en échangeant des appréciations. Aux différents bruits, ils essayaient de piger la catégorie de nos prouesses. Parmi z’eux se trouvait m’sieur Arthur, un ancien curé qu’avait largué l’Inséminaire un jour de spline pour devenir mac. Il avait organisé le turf d’un tas de mémés autour de la Madeleine, jusqu’à ce qu’une tigresse jalmince se soye permis de le vitrioler en pleine poire, le mettant sur la touche à vie au rayon du pain de fesse. Sa figure ressemblait comme une sœur jumelle à un cul de singe. Depuis cette histoire, il vivotait chétif en représentant du papier d’Arménoche, dans les petits bazars de grande banlieue. Il était tellement répugnant à regarder, m’sieur Arthur, que les boutiquiers se grouillaient de lui passer une petite commande pour s’en débarrasser, s’ôter ce cauchemar de devant la vue. N’empêche que l’amour avait pas de secrets pour lui. Toujours selon Tintin, c’était lui qui documentait la clientèle attentive du couloir. Il fonctionnait à l’oreille. “En ce moment, il affirmait, il est en train de lui faire la toupie japonaise !” ou bien “Ces messieurs dames se paient la figure 4 bis des trois lanciers du Bengale”, ou encore “Tiens, la petite madame est en train de lui enregistrer parlez-moi d’amour au micro-voyou.” Chaque fois, Rirette, la soubrette des Tintin, une gamine délurée de quinze ans, filait un coup de périscope par le trou de serrure et approuvait comme quoi m’sieur Arthur tombait juste. Elle s’en payait des tranches prohibitives, Rirette. A cause du loquet de la lourde qu’était mahousse, y avait que sa petite frime de fouine qui pouvait s’insinérer entre ledit loquet et le chambranle. Alors elle assurait la retransmission en collaboration avec Arthur. C’étaient à eux deux les Roger Couderc de nos exploits. Les pensionnaires, ils congestionnaient drôlement dans le couloir. Ils avaient des vapes affreuses à force d’esgourder et de voir l’horrible m’sieur Arthur leur mimer la figure en cours. Sa bouille brûlée les débecquetait pas, au contraire, ça les suggérait plus fort dans un sens. Un vrai salon de madame la sous-maîtresse ! Tel il était devenu, le couloir de l’hôtel Tintin.

« Quand j’avais remisé mon artillerie de campagne, on pouvait pas en écraser comme on souhaitait parce que pour lors c’étaient les autres qui se déclenchaient. On venait de leur surmener le mental et, sitôt rentrés dans leurs piaules, ils se débauchaient. Même m’sieur et madame Tintin se jouaient Les Nuits Chaudes d’Andalousie à prix de faveur. L’hôtel tout entier interprétait un concerto de sommiers. Le lendemain ça flageolait dans les escadrins. Le pensionnat des yeux cernés ! Ils partaient tous au charbon en titubant d’épuisement, le slip en cale sèche, les yeux en buvard. Ah ! on s’en souvient encore dans les chaumières de la lune de miel des Bérurier ! »

Le Gros nostalgise un petit coup, écluse un gorgeon de rouge et reprend :

— Vous le voyez, mes amis, inutile d’aller bien loin, le plus près, c’est le meilleur.

« Je ne voudrais pas traiter le mariage sans conseiller aux jeunes époux d’éviter de se raconter leur passé amoureux. Beaucoup de maris confidencent et certaines nanas idème. Ils se bonnissent leurs prouesses casanovesques passées. Ils en rajoutent, croyant s’éblouir. Lui : “Quand j’étais à la colle avec la petite Adrienne que je t’ai déjà causé, on se payait des parties de jambons terribles, je lui faisais le scaphandrier pernicieux, la petite échelle, la bielle en folie, le cache-pot-miracle, le tohu-bohu géant, la tringle à rideau polissonne, le coup du milieu et la salade cambodgienne.” Elle : “C’est comme moi avec Joseph, mon premier fiancé, il me faisait l’amour sur son vélo, en rentrant du cinéma. Comme il avait une mauvaise visibilité, je sonnais dans les virages, c’était passionnant.” » 

Béru refoule en bloc ce type de conversation.

— Restez discrets. La bavasse pourrait se retourner contre vous plus tard. Quand arrive la saison de la détente, le premier soir où môssieur préfère le jeu des 7 Erreurs de France-Soir, à escalader sa mémère, la petite désertée elle manquerait pas de lui souligner qu’il attrape la grosse méforme, son Casanova, comparé à l’époque d’Adrienne. Alors, c’est le commencement de la fin !

« D’une façon générale, et pour en conclure avec ce sujet, mes petits gars, tâchez de toujours vous la payer avec entrain et application, votre bobonne, puisque vous l’avez épousée pour ça. Restez ferme sur les prix ! Faut toujours honorer ses contrats. Un contrat de mariage ressemble aux autres, on doit le respecter. L’homme qui jardine sa rombière chaque soir garde la conscience tranquille et peut regarder la vie en face. Dites-vous bien que dans l’existence tout n’est qu’habitude ; le turlututu comme le reste. Prenez donc l’habitude de réussir votre légitime, ça lui évitera le dérangement d’aller se faire réussir par vos copains. »

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