Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-06719-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
Béru poursuit et, sa voix gaillarde, on devine qu’il ira loin et qu’il parlera net :
— Les tracas de la vie, remarquez, c’est toujours de notre corps qu’ils arrivent. Les problèmes, ils découlent de cette foutue carcasse : la maladie, le sommeil, l’amour, la bouffe… Mais il en existe des plus minus bien empoisonnants aussi dans leur genre. On va se les examiner à la loupe, les Mecs. Et voir comment t’est-ce qu’on peut les feinter.
« Je prends le plus simple, détaille le Monumental : l’éternuement. Quand vous avez le temps de le prévoir, qu’il vous picote le pif un bout de moment avant d’esploser, vous pouvez préparer la manœuvre, sortir votre tire-gomme et vous fout’ en batterie pour le cueillir au déboulé. Mais y a des fois où il spontane, l’éternuement. Il vous éclate dans le museau comme un ballon rouge qui touche une cigarette allumée. Tchaoummm ! Vous avez l’impression de voltiger en éclats. Ça vous file du rouge dans la pipe et des étincelles partout. Après, vous matez les conséquences avec tourment. Il vous pend des vilaines ficelles au naze et vos voisins sont pleins d’emblèmes ! Quand cet incident se produit, perdez pas votre calme. Et vous escusez pas, surtout ; sinon vous êtes fichus. Pour commencer vous tirez votre mouchoir et vous vous ramonez le blair. Ensuite vous dites à l’assistance : “Vous parlez d’un coup de cymbales, mes amis ! J’en vois qui sont pleins de virgules, c’est pas la peine qu’ils se portent partie civile, je vais leur filer un coup de chiftir pour leur redonner l’éclat du neuf à moins qu’ils voudraient les conserver pour leur correspondance ?”. C’est bien balancé, hein ? exulte Sa Majesté. »
Il se lisse les tempes.
— Deuxième sorte d’emmouscaillage : le bâillement. Vous v’là en soirée et la dame de la maison se colle au pianoche pour vous martyriser le Vermifuge Lune de Werther. Ou bien c’est l’ancien officier qui vous bonnit ses bravoures de jadis… Brèfle, voilà votre mental qui décroche et, conséquemment, votre mâchoire. Vous bâillez. Au début, vous arrivez à conserver le clapoir hermétique, mais y a rien de plus communicateur que la bâillanche. Ça se gagne, vous déguisez vite un salon en jeu de grenouille !
« Plus vous luttez, plus ça vous fait chialer les yeux. Quand l’organisme commande, faut se soumettre. Voilà une recette pour pas paraître malotru. Sitôt que vous sentez que ça va vous venir, le grand air du lion de Belfort, vous commencez à distribuer des grandes mimiques admiratives comme quoi vous êtes charmé et que vous pouvez plus le juguler, votre enthousiasme. Vous faites des “Ooh !” des “Aah !” en ouvrant le bec aussi grand qu’un oisillon voyant radiner sa môman avec un vermisseau frétillant. Vous chiquez au grand délire, c’est les transes, quoi ! Après, il vous reste plus qu’à poursuivre en terminant chaque bâillement par un mot tel que : Formidable ! Inouï ! Sensas ! Seigneur Jésus ! Merde alors ! Eh ben, ma vache ! etc. Astucieux, vous admettez ? Bon. Maintenant, j’en reviens au mouchement. L’autre jour, je vous ai appris comment on se mouchait avec ses doigts. Ça n’est valable qu’en plein air ou chez des intimes. Supposez que vous futassiez pris au dépourvu lors d’une réception dans la Haute, hein ? Un rhume vicieux et pas de mouchoir, y a de quoi vous paniquer le plus intrépide. Naturellement, les démoralisés, ils iraient en demander un à la maîtresse de maison. Eh bien, ils auraient tort, car ça se fait à aucun prix. Un mouchoir, c’est pas comme une épouse : ça ne se prête pas ! Moi, je m’ai organisé. Je m’esclame en m’approchant de la fenêtre : “C’est fou ce que votre parc est joli, madame la baronne” (à condition que la dame soye baronne, comme de bien s’entend). Je fais semblant de regarder à l’estérieur et je débite des poéseries sur la verdure enchanteresse, les petits zoiseaux espiègles et les tarifs des jardiniers. Je cause des arbres : “C’t’un melonier géant que j’aperçois là-bas ?” Ou bien : “Tiens, vous aimez aussi les Zigodus diplodocus ?” Et mine de rien, en jactant, je m’empare du rideau. Et puis brusquement je murmure : “Mince, mon lacet !” Je me baisse et tout en toussant pour couvrir le bruit, je refile mon trop-plein dans le rideau. »
Il nous illumine de son sourire radieux.
— Se moucher dans les rideaux, c’est commun, me direz-vous ! Soite, mais y a la manière. Le butor, il évacue ses stalactites n’importe où. C’est à la hauteur de l’ourlet qu’il faut se dégager l’éteignoir car, à cet endroit, ça ne se remarque pas. La correction avant tout ! Le même procédé, on peut l’utiliser à table. Pendant le repas, vous avez le secours de votre serviette. Vous racontez une blague à votre voisine. Une bonne. Par exemple celle du lion. Je vous la place au cas où que vous seriez pris au dépourvu. C’est dans un salon, y a le vieux major de la coloniale qui raconte ses aventures : « Je me trouvais dans la brousse, il fait. V’là un lion grand comme ça qui débouche d’un sentier à faible circulation. Vite j’épaule ma vinchestère. Mes choses ! Elle s’enraye ! Le lion continue de m’avancer dessus. Je dégaine alorsss mon colt. Inscrivez pas de chance : il s’enraye aussi. Et le lion me venait toujours dessus… « Alors ? » que gémit l’assistance. Le colonial se racle le gosier : Le lion pousse un coup de gueule : « Rrrhâoum ! il mugit[26] d’une voix terrible. Et puis il se tait. L’assistance, elle est pétrifiée ! « Et alors ? » que s’hasarde la vicomtesse. « Alors, bredouille le major, j’ai ch… dans mon froc ! » Les salonnards sont outranciers. Ils toussent, ils réprobationnent. A la fin, y a la vicomtesse qui indulgente un peu. « Mon cher, elle fait, vu les circonstances, étant donné le critique de votre situation, il est assez normal que vous eussiez eu cette pauvre réaction organique. » Mais le major secoue la tranche. « Non, dit-il, c’est maintenant, en faisant rrrhâoum que j’ai ch… dans mon falzar. »
Bérurier considère l’hilarité générale avec satisfaction.
— Vous voyez qu’elle fait marrer, dit-il, donc, vous vous marrez plus fort que tout le monde, si tellement que vous vous mettez votre serviette devant la bouille. Et, au beau, milieu d’un éclat de rire ! Prflrfl ! Vous larguez votre marchandise. Ensuite, par contre, faites attention, lorsque vous vous torchez la moustache après les sauces. Une supposition que vous ayez affaire à des pisse-froid et que votre blague du lion fasse pas rire, vous vous mouchez avec la nappe. Suffit de laisser tomber votre couteau. Vous vous escusez à votre voisine. Une simple phrase : « Je suis dégourdi comme un manche à couilles » suffit. Vous vous baissez, vous faites mine de tâtonner pour récupérer le coutelas et v’lan ! vous refilez le bonheur dans le bas de la nappe !
Il étudie son guide, lequel, soit dit au passage, commence à ressembler à du papier hygiénique surmené.
— Continuons, fait l’Intègre. Cracher ! Bon, ben cracher sans mouchoir, c’est pas commode. Quand vous êtes debout, au salon, vous vous rabattez sur les plantes vertes, c’est simple. Si par chance il y a un piano à queue que la queue est levée, balancez votre glave dans les cordages, c’est pas ce qui fera patiner la pédale d’embrayage. Vous procédez en deux temps. Premier temps, faut vous rassembler le matériel dans la bouche. Le coup de gosier décamoteur fait du bruit, je sais. Aussi, vous vous plantez devant un tableau, une tapisserie ou une estatue. Et vous faites « Ahrrr que c’est beau ! ». C’est pendant le « ahrrr » que vous centralisez les déchets.
« Ensuite il vous reste plus qu’à attendre le moment propice. C’est simple. Pour roter, c’est quasi du kif. Sauf que le bruit d’excuse, au lieu de précéder, il suit. Le rot, c’est une pure question de réflexe, les mecs. Dans la fraction de seconde qu’il vous échappe, faut enchaîner avec une syllabe appropriée. Il y a plusieurs sortes de rots. Les bruyants bien sonores qui vous partent comme une détonation. C’est les plus traîtres. Ils pardonnent pas lorsqu’on n’a pas le réflexe que je cause. Pour les compléter, ceux-là, faut avoir l’oreille musicienne et l’imagination à ouverture éclair. Mais on n’arrive vraiment à mettre au point sa défense qu’après un long entraînement : pour cela, exercez-vous à tête reposée. Si le rot qui vous jaillit n’est pas récupérable, si vraiment on peut le transformer en rien, alors imitez-le très fort et à plusieurs reprises, comme un qui aboierait, en somme. Et vous annoncez à vos voisins : “Vous entendez, ça ? Eh bien c’est le cri du coyotte en chaleur. Ah ils m’ont assez empêché de pioncer quand j’étais au Texas, les bougres”. Pour les petits rots de rien du tout, format soupir, c’est de la broutille. Vous vous en tirez très bien en le lâchant lors d’une phrase telle que “Pfff, moi, vous savez” ou “Vous avez déjà bouffé au Grand Véffffour ?” C’est en somme les mots en f qui vous sauvent la mise. Alors causez de Michel Strogoff, du prunier de Roscoff, d’un fieffé coquin, ou d’un formidable phonographe. »
26
Le « mugissement » du lion ! Voilà bien encore une bérurerie !