Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-06719-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
Mister Bérurier, le gentleman bien connu, a des pensées concomitantes car il m’adresse, par-dessus le plumard de Mathias, une grimace aussi éloquente qu’un exploit d’huissier… Riche de formules subtiles aptes à toujours résumer magistralement les situations les plus complexes et les plus ambiguës, il murmure :
— J’ai idée que ça pue sérieusement le roussi !
A midi nous retournons à l’Ecole et je bombe dans le bureau du dirlo, lequel me tend une enveloppe portant le cachet d’un bureau de poste de Bordeaux (Gironde).
— Cela vient d’arriver pour vous, mon cher ami, il me fait.
C’est la Sûreté bordelaise qui m’adresse son rapport. Le document indique que je ne me suis pas trompé. Castellini, Bardane et Cantot furent bel et bien réunis, voilà trois ans à Libourne à la suite d’une série d’attentats politiques à propos desquels Bordeaux délégua des effectifs policiers dans la cité du pinard. Castellini et Cantot faisaient partie de ces renforts et eurent l’occasion à maintes reprises de lier connaissance avec Bardane. Je propose la lettre au directeur qui la lit d’un œil soucieux.
— Mon cher San-Antonio, me fait-il gentiment, cette découverte est intéressante, mais où nous conduit-elle ?
— Vous me permettez de téléphoner, patron ?
— Faites !
J’appelle la Sûreté de Bordeaux. Pendant que ces demoiselles d’épée et thé branchent des fiches en se racontant leur soirée de la veille, j’affranchis le Boss sur les révélations de Mathias. Derrière ses lunettes à monture de jonc, il me file un drôle de regard soucieux.
Lui aussi se rend compte qu’on est à la veille (ou au jour) d’événements graves. Le tubophone carillonne. J’obtiens un commissaire principal. Par chance, il est au courant de l’affaire.
— Pourriez-vous m’adresser d’urgence une photographie de l’inspecteur Abel Cantot ? demandé-je.
Le directeur de l’Ecole me fait un signe et chuchote :
— Nous en avons une ici !
— J’en aimerais une autre ! lui réponds-je.
Mon interlocuteur bordelais m’annonce qu’il va faire le nécessaire. Satisfait, je raccroche.
Les yeux interrogateurs du patron m’obligent à le mettre au parfum.
— Il m’est venu une petite idée relative aux… suicides de Castellini et de Bardane, monsieur le directeur.
Mais il ne me laisse pas finir.
— Et moi, soupire-t-il, je crois bien en avoir une à propos de la fameuse catastrophe qui se prépare…
— Pas possible ?
Là, il m’intéresse et je lui laisse la priorité.
Alors il se lève, contourne son burlingue et m’entraîne dans l’embrasure d’une fenêtre. Nous avons une vue plongeante sur l’esplanade. Juchés sur des escabeaux, les jardiniers sont occupés à accrocher des drapeaux français et ronduraziens dans les arbres poudrés de neige (autre cliché d’écoliers — voire de journalistes).
— Demain, soupire le Boss, nous recevons l’illustre visiteur que vous savez. Vous n’ignorez pas que le président Ramirez est un homme dont la vie est très menacée. On jette plus de bombes sous ses pas que de pétales de roses ! Supposez que ses farouches ennemis aient prévu un attentat ici même ?
Je saisis le bras de mon interlocuteur.
— Dix sur dix, patron ! Vous venez de mettre dans le mille ! Les Dolorosa sont des Centro-Américains. Tout se tient !
Le Big Boss continue d’exposer sa théorie.
— Vous avez dû lire dans la presse, poursuit-il, toutes les mesures prises pour recevoir le président du Ronduraz. Rarement dispositif de sécurité fut aussi poussé. Supposons un instant que les gens de l’opposition aient décidé de lui faire son affaire au cours de son voyage en France ?
J’acquiesce.
— Je vois où vous voulez en venir, monsieur le directeur.
Le maître de l’E.N.S.P. essuie ses lunettes avec sa fine pochette de soie grise.
— Le raisonnement des adversaires de Ramira Ramirez est impeccable. Ils se sont dit que le seul endroit où l’étroite surveillance dont il est l’objet se relâcherait, ce serait fatalement celui-ci, puisqu’il se trouvera au milieu de deux cents commissaires et que les services de protection l’estimeront en sécurité parmi nous, nécessairement. C’est en effet ce qui va se passer et l’on ne saurait les en blâmer ! Donc, les révolutionnaires ont préparé leur coup ici !
— Chapeau pour eux ! dis-je, sincèrement admiratif. Fallait avoir le culot d’y penser.
— Maintenant que tout est en place… récite le patron ! C’est significatif.
— Yes, Boss, ça l’est ! Il nous reste vingt-quatre heures pour découvrir ce dont il retourne ! N’oubliez pas que le dénommé Cantot possédait un matériel de plombier et que je l’ai surpris une nuit en train de démonter la tuyauterie de l’infirmerie, voilà qui peut orienter les recherches ! Il va falloir passer l’Ecole au peigne fin, sonder les murs, vérifier les tuyaux, fouiller chaque meuble… Rien n’est perdu puisque nous savons qu’il doit se passer quelque chose. Un homme prévenu en vaut deux.
Il a un pâle sourire.
— Le tout est de savoir si deux hommes suffiront, commissaire…
CHAPITRE QUINZE
DANS LEQUEL BÉRU PASSE EN REVUE LES USAGES MONDAINS
Le Gravos s’est nippé ultra-smart : costard bleu croisé, limace à peu près blanche, cravetouze gris pâle. Il a le cheveu gominé à outrance, du talc sur les joues, la bouche déjà avide de sa comtesse ; on sent le mâle frémissant, en pleine convoitise physique. Il s’est oint de je ne sais trop quelle horrible lotion et pue le salon de coiffure de village. D’un geste noble, il ôte sa montre, la pose devant soi, et déclare après en avoir fixé les rampantes aiguilles pour s’assurer qu’elles tournent rond :
— Gentlemants, la comtesse Troussal du Trousseau, dont au sujet de laquelle je vous ai annoncé l’honneur de sa visite, m’a informé qu’elle aurait du retard. Elle est en train de visiter ses domaines dans la Loire et son homme d’affaires qui lui cherche du suif l’oblige à prolonger son séjour de quèques heures. Nez en moins, elle viendra sur la fin de ce cours qui, conséquemment, durera plus longtemps.
Béru émerge de sa longue phrase à tremplins et respire un bon coup.
— En attendant la digne personne, poursuit-il, on va étudier la manière de se comporter dans l’existence quand on est adulte. Ce qu’il faut faire et pas faire, dire et pas dire chez soi, dans la rue, ou ailleurs. Vous mordez le topo ?
Nos muets acquiescements le satisfont et il attaque.
— Le début de la politesse, c’est le salut. Vous avez votre bada sur le dôme et v’là que vous rencontrez une madame de connaissance. Même qu’il ferait frisquet, faut se fendre du coup de bitos magistral. Je connais que deux exceptions à c’t’usage : si vous seriez grippé et si vous auriez les brandillons chargés de pacsons. Mais dans les deux cas ci-joints, n’oubliez pas de vous escuser, sinon vous passeriez pour un bouseux. Dans le premier, vous faites comme ça, en reniflant en grand pour souligner que c’est pas de la frime : « Pardonnez-moi si je gardasse mon couvercle, chère maâme, mais ce matin encore, mon thermomètre à moustache se payait du trente-neuf à l’ombre ! » Dans le deuxième cas, vous vous mettez de profil à elle, vous tendez juste le petit doigt de la main droite, j’insiste (la gauche ça serait pas correc) et vous dites : « Biscotte ma cargaison, je vous balaie pas le plancher avec mon panache blanc, ma beauté, mais le cœur y est, ainsi que tous les accessoires ». Notez ! C’est les formules les plus fraîches que j’aye mises au point, insiste le Gravos.
Nous ne nous faisons point faute d’inscrire en effet ces phrases utiles sur nos tablettes, pour le cas où les circonstances nous les rendraient nécessaires.