Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-06719-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
« Moi je voulais pas que ça soye dit, le marié, de l’abdiquer en pleine digestion, mon menu Edouard VII ! J’éclusais à toute vibure les coupes de champ’ qui traînaient sur les tables pour me colmater à tout prix. Pendant ce temps, croyez-moi si vous voudrez, la cousine Gertrude continuait de fascinationner à plein gosier. Elle avait pas remarqué l’arrêt de la zizique, en pleine extase comme elle se trouvait, les yeux fermés.
« Elle gloussait qu’elle croyait en toi comme au bonheur suprê ê ême, cette horrible pintade.
« Il ne restait plus qu’elle et moi à pas se joindre au concert. Tout le monde était à l’équerre pour se finir, se ramoner une bonne fois. Moi, Béru, je luttais avec mon puddinge infect. Il risquait des tentatives qui me l’amenaient au gosier. Je le refoulais au champagne. C’était plus terrible que le match France-Galles du rugueby. Les mêlées étaient plus sévères, plus brutales. A mes côtés, Agénor m’aidait pas à surmonter l’horreur de mes tripes, le brigand tonton finissait de tapisser le voile à Berthe. Il marchait dessus pour tenter de récupérer son fameux râtelier. Dans cette débâcle, l’appareil à croque du tonton, il faisait plus déprimant qu’aux Puces, lorsqu’il poireautait entre le phono à pavillon et la photo de Bismarck sur l’Illustration. C’était lui, surtout, ce bon dentier rafistolé, qui esprimait bien haut la répugnance de la scène. Il criait grâce au milieu de sa flaque, il demandait pardon d’avoir mastiqué tout ça ! Il avait honte ! A la fin de sa chanson, elle a rouvert ses yeux, Gertrude. Vous auriez vu sa chute libre depuis le septième ciel où qu’elle s’était juchée en se masturbant les ficelles vocales ! Elle venait de bêler son dernier je t’ai-ai-ai-aime, pâmée. Et puis tout à coup elle a vu la noce pliée en deux, le musico sur son estrade qui basculait ses ultimes harengs par-dessus son flamboyant accordéon. Alors elle s’est grouillée de se mettre à l’unisson, de participer à la grande chorale clapoteuse. Elle a lâché son répertoire pour entonner Beugh, Beugh, elle aussi. Y a eu que moi à sauver les appâts rances ! Entre deux hoquets garnis, Agénor m’a bredouillé :
« “Comment tu fais, Sandry, pour résister ?”
« “Je pense à Edouard VII”, j’ai répondu.
« Il a cru que je me payais sa bouille et ç’a l’a dévasté de plus belle. »
Le Gros pose son chapeau et, au moyen d’un peigne à trois dents, se recoiffe.
— Pourtant, fait-il, c’était bien à l’Edouard VII que je pensais. Je me disais que j’avais réussi le même exploit qu’un roi Rosbif et ça me dopait l’honneur national. C’était méritoire pour un manant, non ?
Il interrompt là son récit.
— En conclusion, dans une noce, ne saoulez pas les musiciens, c’est trop lourd de conséquences. Bien sûr, faut qu’ils se mouillent la meule, mais alors entendez-vous avec les loufiats pour qu’ils leur mettassent de la flotte dans le pinard.
« Revenons maintenant au déroulement. Pendant le bal de noces, le marié doit très peu danser. S’il gaspille ses forces en valses, qu’est-ce qui lui restera pour la java de la nuit, hein ? S’agit pas de rater le départ, les gars ! Je me rappelle d’un de mes copains qui s’était tellement dépensé en pas z’au double que, le soir venu, il pouvait plus se tenir debout. Sa Madame toute neuve attendait son taf de vertige, mais tout ce qu’il lui a joué, c’est un solo de ronflette. C’est triste pour une nuit de noces, non ? La pauvrette a bien essayé de se prodiguer et de le démarrer à la manivelle, mais il avait les bougies trop encrassées pour que la carburation se fisse. Vous imaginez, cette mignonnette en train de se faire un gala à tarif réduit, tristement, près de son ronfleur ? Le lendemain il avait tellement honte dans son bunoust[21], le jeune marié, que ça lui a mis la frénésie en torche, son manquement de la nuit. A la merca[22] il trouvait plus le moyen de planquer sa confusion. Elle pantelait, sa confusion. Elle se recroquevillait timidement. Ça lui avait sabordé le mental. Et vous le savez, mes potes, mais dans ces cas-là, lorsque la gamberge vous jette un défi, vaut mieux pas insister. Les plombs ont sauté, quoi ; c’est pas de titiller l’interrupteur qui rétablira le courant ! Six mois plus tard ils ont divorcé vu que la petite dame était toujours déguisée en demoiselle. Tout ça parce que le marié avait trop gambillé à sa noce ! Alors avis ! »
Bérurier extrait un deuxième litron de sa serviette loqueteuse. Il boit, savoure, avale.
— Puisque je suis t’arrivé à la nuit de noces, faut qu’on en cause. Prenons un peu avant : au départ du bal en loucedé. La tradition veut que ces pommes à l’eau d’invités guettent la fuite des mariés et qu’ils leur fassent tout un chabanais. Je vais vous donner une ruse. Seulement, pour ça faut un complice : le père de la mariée ou le beau-père par exemple.
« Entre deux danses, le marié il demande à la cantonnière si quelqu’un aurait pas un peu de faf à train, biscotte, prétend-il, y en a plus aux ouatères. Une âme charitable finit bien par trouver dans ses poches une quelconque vieille facture ou une lettre d’amour. Le jeune marié, pour donner le change, il commence déjà à se déverrouiller ses bretelles, comme si ça presserait. Puis il se taille avec son papelard. Personne se méfiant, la danse reprend, la mariée se met à tangoter avec papa ou beau-papa. Mine de rien, son cavalier profite de la pénombre du tango pour l’orienter vers l’issue de secours. La môme met les voiles (c’est le cas de dire) et va retrouver son Roméo près de la porte des vécés. Il leur reste plus qu’à trotter jusqu’à leur charrette, et gode naïte la compagnie. »
Le Mastar cligne de l’œil.
— Notez, notez, recommande-t-il, même si vous seriez marié ça peut vous servir, vous ignorez ce que la vie vous réserve. Donc, poursuit l’Inexorable, la lune de miel est commencée. Vous emmenez Ninette dans la chambre d’hôtel prévue. Mimis mouillés. Ouf ça y est ! Enfin seulâbres ! T’es toute z’à moi, ma gosse ! Serre-moi fort dans tes bras, Lulu ! Dis, Mamour, tu y crois que c’est vrai : on est marida ? Et la séance de décarpillage a lieu. Faut procéder dans la lenteur : pas de frénésie, mes fils ! Du suave ! Faut que ça baigne dans le beurre, tout ça ! Vous la déloquez façon strip-tease, Poupette ! Savamment, doucement, avec des z’haltes, des entrecoupements de baisers fougueux. Demi-lumière (celle de la salle de bains suffit) ! Vous lui calmez la pudeur avec des beaux serments, ayez pas peur d’en rajouter, elle attend que ça, madame la jeune mariée. Promettez-y le grand mirage, le bonheur fou, la fidélité pour toute la vie et même après ! Assurez-lui que ça s’arrêtera jamais, vous deux ! Jurez-lui bien qu’à dater de dorénavant, vous entrez dans le grand cirage des sens pour plus en sortir ! Vous v’là enfermés à la Trappe du suave ! Les yeux dans les yeux, la bouche contre la bouche et le scoubidou dans la tasse à thé, tels vous serez désormais pour l’éternité ! Faut qu’elle ait son ticket pour le paradis des voluptés, la gentille, absolument. C’est sa noye à elle ! La pothéose du baigneur ! Tout en causant et en promettant la lune, vous lui déballez la sienne. C’est très important, les gars, qu’au premier coup d’intimité, elle soye à poil et vous fringué. Ça établit votre supériorité, comprenez-vous ? Elle prend la mentalité de l’esclave ! C’est bon pour l’avenir ! Faut que vous vous affirmiez seigneur ! Elle, elle est nue, et vous en noir, avec cravate blanche ! Ça représente une planète d’écart.
21
Le bunoust : le lit.
22
La merca : la lumière ! Argot que j'utilise à l'intention de mes amis de l'X San-A.