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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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— Extrader ?

— Ça veut dire qu’un État d’mande à un autre d’y donner un prisonnier.

— Je sais ce que ça veut dire, fit Peggy.

— Alors pourquoi vous posez la question, m’dame ?

— Continuez votre histoire.

— Seulement, quand ils emmèneront Alvin dans des chaînes, avec des gardes qu’auront l’œil ouvert et qui l’surveilleront l’jour et la nuit, ils arriveront jamais dans l’Kenituck pour un procès. J’connais quèques-uns des bougres qu’ils ont engagés pour l’emmener. Ils savent qu’à un certain signal ils devront s’en aller et le laisser tout seul dans ses chaînes.

— Pourquoi n’avez-vous rien dit aux autorités ?

— J’vous l’dis à vous, m’dame, fit Mike Fink en souriant. J’me l’suis aussi dit à moi, et j’l’ai dit à Holly.

— Les chaînes ne le retiendront pas.

— Vous croyez ça ? Y avait une raison pour que ce gars m’ôte le tatouage du derrière. Si les sortilèges avaient pas eu d’pouvoir sus lui, m’est avis qu’il m’aurait jamais ôté l’mien, croyez pas ? S’il avait b’soin de s’débarrasser d’mon sortilège, alors m’est avis qu’ceux-là qui comprennent bien ça, les sortilèges, ils pourraient bien inventer des chaînes qui l’retiennent assez de temps pour qu’on s’en vienne avec un fusil y faire sauter la tête. »

Mais elle n’avait rien vu de tel dans son avenir.

« ’videmment, ç’arrivera jamais, dit Mike Fink.

— Pourquoi donc ?

— Par rapport que j’y dois la vie, à ce bougre-là. Ma vie d’homme, toujours bien, un homme que j’peux r’garder dans une glace, même si j’suis moitié moins joli depuis qu’j’ai eu affaire à lui. Je l’tenais bien serré dans mes bras, m’dame, j’voulais l’tuer, et il connaissait ça. Mais lui, il m’a pas tué. Mieux qu’ça, m’dame, il m’a cassé les deux jambes dans la bagarre. Mais il a eu pitié d’moi. L’a eu d’la compassion. Il a dû connaître que j’passerais pas la nuit avec les pattes cassées. J’avais trop d’ennemis, même là parmi mes amis. Alors il m’a posé les mains sus les jambes et il les a réparées. M’a réparé les pattes, et les os étaient plusse forts qu’avant. C’est quelle espèce d’homme, çui qui fait ça à un bougre qu’a voulu l’tuer une minute plus tôt ?

— Un homme bon.

— Ben, y a des tas d’hommes bons qu’auraient voulu faire de même, mais y en a qu’un qu’avait l’pouvoir pour ça, dit Mike. Et s’il avait l’pouvoir pour ça, il l’avait aussite pour me tuer sans m’toucher. Il avait l’pouvoir de faire tout c’qui lui plaisait, sacordjé, faites excuse. Mais il a eu pitié d’moi, m’dame. »

C’était vrai – la seule chose qui étonnait Peggy, c’était que Mike Fink l’ait compris.

« J’tiens à payer ma dette. Tant que j’vivrais, m’dame, on f’ra pas d’mal à Alvin Smith.

— Ce qui explique votre présence ici, dit-elle.

— J’m’en suis venu icitte avec Holly sitôt que j’ai compris ce qui s’mijotait.

— Mais pourquoi ici même ? »

Mike Fink se mit à rire. « L’buraliste à La Bouche m’connaît joliment bien, et il m’fait pas confiance, je m’demande pourquoi. À votre avis, combien de temps ça prendrait avant que l’shérif du comté d’Hatrack m’tombe sus l’dos comme une camisole mouillée d’sueur ?

— Je suppose que ça explique aussi pourquoi vous n’êtes pas allé voir directement Alvin.

— Il penserait quoi en m’voyant, sinon que j’m’en viens prendre ma r’vanche ? Non, moi, j’observe, j’attends mon heure, j’vais pas montrer l’bout d’mon nez à la loi ni à Alvin non pus.

— Mais vous me racontez tout ça.

— Par rapport que vous finiriez vite par le connaître quand même. »

Elle secoua la tête. « Je sais une chose : il n’y a aucune route dans votre avenir où vous sauvez Alvin des criminels. »

Fink reprit son sérieux. « Mais y l’faut, m’dame.

— Pourquoi ?

— Par rapport qu’un homme bon paye ses dettes.

— Alvin ne pensera jamais que vous lui devez quelque chose, monsieur.

— Je m’fous de c’qu’y pense, je m’sens en dette, alors j’m’en vais la payer.

— Il y a davantage qu’une dette, c’est ça ? »

Mike Fink éclata de rire. « L’est temps d’pousser ce radeau et de l’mener jusqu’à la rive nord, croyez pas ? » Il lança deux cris aigus, comme pour imiter un sifflet à vapeur ; Holly lui répondit de la même façon et se mit à rire. Ils appuyèrent leurs perches contre le ponton et poussèrent. Puis, aussi souples que des danseurs, les deux passeurs firent traverser la rivière au bac, si délicatement et si adroitement que le filin qui le reliait au câble ne se tendit même pas une seule fois.

Peggy n’adressa pas la parole à Mike Fink durant son travail. Elle préféra le regarder, elle suivit des yeux les muscles de ses bras et de son dos qui jouaient sous la peau, elle observa le va-et-vient vertical lent et gracieux de ses jambes tandis qu’il dansait avec le courant. Il y avait de la beauté dans ce mouvement, de la beauté dans l’homme. Il lui rappelait Alvin à la forge, Alvin devant l’enclume, au milieu des étincelles fusant du métal sous ses coups de marteau, les bras luisants de sueur à la lumière du feu, les muscles gonflant ses avant-bras tandis qu’il tordait et façonnait le fer. Alvin aurait pu exécuter tout son ouvrage sans même lever le petit doigt, rien qu’en se servant de son talent. Mais il y avait le plaisir du travail, la joie de réaliser de ses propres mains. Elle n’avait jamais connu ça – son existence, ses travaux, elle faisait tout avec sa tête et les mots qui lui venaient à la bouche. Sa vie entière tournait autour du savoir et de l’enseignement. Celle d’Alvin autour de l’intuition et de la réalisation. Il avait plus de points communs avec ce rat de rivière balafré qu’avec elle. Cette danse du corps humain opposé à la rivière, c’était une sorte de lutte, et Alvin adorait la lutte. Aussi fruste que fût Mike Fink, c’était sûrement l’ami naturel d’Alvin, aucun doute là-dessus.

Ils atteignirent l’autre rive, cognèrent carrément dans le ponton, puis le préposé à terre arrima l’angle amont du radeau au débarcadère. Les hommes sans bagages sautèrent aussitôt du bac. Les bras, le nez et sa barbe grisonnante encore dégouttants de sueur, Mike Fink posa sa perche et voulut prendre les sacs de Peggy.

Elle le retint d’une main sur le bras. « Monsieur Fink, dit-elle, vous voulez être l’ami d’Alvin.

— J’avais un brin idée de dev’nir son champion, m’dame, fit-il d’une voix douce.

— Mais à mon avis, ce que vous voulez vraiment, c’est devenir son ami. »

Mike Fink ne répondit pas.

« Vous avez peur qu’il vous rejette si vous essayez de devenir ouvertement son ami. Je vais vous dire, monsieur, il ne vous rejettera pas. Il vous prendra tel que vous êtes. »

Mike secoua la tête. « J’veux pas qu’y m’prenne de même.

— Si, vous le voulez, car vous êtes un homme qui entend faire le bien et réparer le mal qu’il a commis, et c’est difficile de faire mieux. »

Mike secoua la tête plus énergiquement, projetant quelques gouttes de sueur à la ronde ; Peggy ne prit pas garde à celles qui lui aspergèrent la peau. Elles étaient dues à un travail honnête, à l’ami d’Alvin.

« Allez le voir face à face, monsieur Fink. Soyez son ami plutôt que son sauveur. Il a surtout besoin d’amis. Je vais vous dire, et vous savez que je le sais : Alvin aura peu de vrais amis dans sa vie. Si vous comptez lui être fidèle et ne jamais le trahir pour qu’il vous fasse toujours confiance, alors je vous promets qu’il aura peut-être quelques amis qu’il aimera autant, mais aucun qu’il aimera davantage que vous. »

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