Histoire de la Russie et de son empire
- Автор: Геллер Михаил Яковлевич
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Perrin
- Жанр: История
Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
En 1492, le métropolite Zossime, qualifie Ivan III, dans son message pascal, de « souverain autocrate de toute la Russie, nouveau tsar Constantin de la nouvelle Constantinople, Moscou, souverain de toute la Terre russe et de nombreuses autres terres ». Trente ans plus tard, la formule du métropolite devient le titre officiel du souverain moscovite. La charte adressée par Vassili III aux Nenets établis sur les bords de l’Ob, pour leur annoncer qu’ils sont désormais ses sujets, commence par ces mots : « Le grand souverain Vassili, par la volonté de Dieu tsar et souverain de toute la Russie, grand-prince de Vladimir, Moscou, Novgorod, Pskov, Smolensk, Tver, Perm, Iougra, Viatka, des Bulgares et autres3… ».
Sept ans après l’avènement de Vassili III, Sigismond de Herberstein est à Moscou. L’émissaire de Maximilien est frappé par le pouvoir dont dispose le grand-prince : « Par le pouvoir qu’il exerce sur ses sujets, il l’emporte aisément sur tous les monarques du monde ; il a en outre achevé ce qu’avait entrepris son père, privant de leurs villes et fiefs tous les princes et autres figures influentes ; tous sont réduits par lui dans le même esclavage, de sorte que s’il ordonne à un sujet de vivre à sa cour, de partir à la guerre ou d’administrer une ambassade, celui-ci se voit contraint de tout payer de ses deniers ; son pouvoir s’applique autant au clergé qu’aux laïcs, il dispose à son gré et sans le moindre obstacle de la vie et des biens de chacun. »
Ivan III ne jouissait pas encore d’un tel pouvoir. Lorsqu’en 1480, il avait soudain abandonné son armée, postée sur les bords de l’Oka en vue de stopper l’invasion du khan tatar, les habitants de Moscou l’avaient accueilli comme un couard, ayant fui le combat et ouvert aux Tatars la voie de la capitale. Trente plus tard, cela paraît invraisemblable. Quand le boïar Bersen a l’audace de se plaindre que le grand-prince décide de tout avec son favori Ivan Chigoneï-Podjeguine, il est aussitôt décapité. Au diacre Fiodor Jareny, qui exprime également son mécontentement, on coupe la langue et on fait donner le fouet. Le métropolite, qui condamne Vassili III, est déchu de sa dignité et enfermé dans un monastère. Lui succède un disciple de Joseph de Volok, Daniel. Quand Vassili III décide de divorcer, après vingt ans de mariage avec Solomonia Sabourova, sous prétexte qu’elle est stérile, Daniel lui en donne l’autorisation, au mépris de toutes les lois de l’Église, et oblige la princesse à prendre le voile. Il célèbre les noces du grand-prince avec la jeune Elena Glinskaïa qui, quatre plus tard, lui donne un héritier, baptisé Ivan.
C’est à Vassili III que Philothée adresse sa célèbre Épître. L’idée de la nature divine du pouvoir exercé par le souverain moscovite et la prophétie de la « Troisième Rome » favorisent la naissance d’un culte du grand-prince. Herberstein rapporte que si l’on interroge les Moscovites sur quelque chose qu’ils ne connaissent pas, ils ont coutume de répondre : nous l’ignorons, mais Dieu et le grand souverain le savent.
À la politique traditionnelle de « concentration du pouvoir » correspond celle, non moins traditionnelle, sur le plan extérieur, de « rassemblement de la Rus ». En 1510, Vassili III rattache Pskov à Moscou, adoptant à l’égard de cette république marchande la même attitude que son père envers Novgorod. Le chroniqueur de Pskov rapporte que l’émissaire de Vassili devait déclarer au viétché : « Si vous voulez vivre comme par le passé, il vous faut exécuter deux volontés du grand-prince : ne plus avoir de viétché et en décrocher la cloche, et accepter deux gouverneurs du souverain, à Pskov et dans ses environs. » Pskov se plie à l’ultimatum de Moscou ; malgré cela, sur ordre du prince, plus de trois cents familles sont chassées de la ville, et leurs maisons, leurs terres, leurs biens donnés aux Moscovites. Le chroniqueur note : « Les étrangers qui se trouvaient à Pskov ne supportèrent pas cette contrainte et s’en repartirent chez eux. » En 1517, Riazan, naguère rivale menaçante, est à son tour rattachée à Moscou.
Les quelque trente années du règne de Vassili III sont entièrement occupées par des guerres. À la fois offensives et défensives, elles se déroulent sur deux fronts : au sud et à l’ouest. L’ennemi méridional de Moscou est la Crimée. Le khan Menghi-Ghireï rompt l’union conclue avec Moscou au temps d’Ivan III et, nouant des relations d’amitié avec la Lituanie, menace constamment les frontières de l’État moscovite. La cavalerie tatare fait de fréquentes incursions, pénétrant de plus en plus avant dans le pays, atteignant parfois Moscou et réduisant chaque fois en esclavage des milliers de prisonniers. La principale cause de la guerre qui opposera Moscou et la Crimée pendant deux siècles, est leur rivalité à propos de Kazan. Les hommes placés par Vassili sur le trône de la principauté sont contraints de lutter contre les partisans du khan de Crimée. Les empoignades constantes entre les prétendants obligent Moscou à envoyer des troupes pour défendre ses alliés. Vassili III entreprend une politique de protection des marges méridionales de l’Empire moscovite contre les incursions tatares ; il est ainsi le premier à organiser un « service de garde ». Chaque été, des régiments de surveillance sont envoyés le long de la frontière sud, qui suit le cours de l’Oka (le mot « rive » – bereg – est alors synonyme de frontière, et l’on parle de « service de la rive », pour désigner la surveillance du fleuve). Des forteresses de pierre sont construites – Zaraïsk, Toula, Kalouga –, comme autant de points d’appui du système de défense. Peu à peu, ces citadelles ne s’édifient plus seulement le long de l’Oka, mais aussi au-delà. Le système de défense se transforme en place d’armes, en vue d’une nouvelle avancée.
À l’ouest, les opérations militaires sont plus réussies. L’armistice de six ans, signé en 1503 par Ivan III et le roi polonais Alexandre, est rompu en 1507. Un seigneur lituanien, Mikhaïl Glinski, se soulève à Wilno et demande l’aide de Moscou, qui la lui accorde volontiers. Le nouveau grand-duc de Lituanie et roi de Pologne, Sigismond, se hâte de gagner la capitale lituanienne, aussitôt après son couronnement à Cracovie. Il parvient à repousser les troupes moscovites et à mettre Glinski en fuite. En 1508, un nouveau traité de paix est conclu, qui sera rompu par Moscou en 1512. Une guerre de dix ans commence, avec des fortunes diverses. La grande cible des opérations est la ville de Smolensk, assiégée par les armées de Moscou trois ans durant. En 1522, la paix est encore une fois signée, qui cède Smolensk à Moscou.