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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Mais Stephan le rejoint, l’air subjugué par cette masse de roche désolée, ce monde de pierre et de ciel. Roger ne peut retenir un sourire.

Et Eileen est contente de marcher à côté de lui, tout simplement.

Mais le lendemain, lorsqu’ils sont tous deux harnachés et tirent la voiture, Stephan s’approche de lui et dit :

— D’accord, Roger, je comprends que tu aimes ça. C’est sublime, vraiment. Et tout à fait le genre de sublime que nous aimons : un paysage pur, un endroit pur. Mais…

Il fait quelques pas en silence. Roger et Eileen attendent qu’il continue, marchant à son rythme.

— Mais il y a de la vie sur Mars. Et tu n’as pas besoin que tout soit comme ça, il me semble. Mars sera toujours là. L’atmosphère ne montera jamais aussi haut, alors tu auras toujours ça. Et le monde en bas, avec toute cette vie qui grouille partout… c’est magnifique.

Le magnifique et le sublime, se dit Roger. Autre dualité.

— Et peut-être que nous avons plus besoin de magnifique que de sublime, non ?

Ils continuent à tirer la voiture. Eileen regarde Roger qui ne dit rien. Il ne sait pas quoi dire. Elle sourit.

— Si Mars peut changer, toi aussi, non ?

— Cette intense concentration, ce resserrement de soi sur soi au cœur de ces impitoyables immensités, mon Dieu ! qui peut les dire ?

Cette nuit-là, c’est Roger qui va trouver Eileen, et il lui fait l’amour avec une urgence particulière. Quand c’est fini, il s’aperçoit qu’il a les larmes aux yeux, il ne sait pas pourquoi. Elle lui serre la tête contre sa poitrine, jusqu’à ce qu’il bouge, se retourne et s’endorme.

Le lendemain après-midi, après avoir passé la journée à gravir une colline dont la pente s’adoucit constamment, qui donne toujours l’impression qu’elle va surgir au-dessus de l’horizon, devant eux, ils se retrouvent en terrain plat. Plus qu’une heure de marche, et ils seront à la limite de la caldeira. Ils ont escaladé Olympus Mons.

Ils plongent le regard dans la caldeira. C’est une immense plaine brune, entourée de murailles circulaires. À l’intérieur, des falaises formant des anneaux concentriques, plus petits, tombent vers les cratères effondrés, puis forment dans la plaine circulaire des dépressions rondes, en terrasses, qui empiètent les unes sur les autres. Le ciel, au-dessus d’eux, est presque noir. Ils voient les étoiles, et Jupiter. Cette étoile du soir, tout là-haut, est peut-être la Terre. L’anneau bleu, épais, de l’atmosphère commence en réalité en dessous d’eux, de sorte qu’ils sont sur une grande île au milieu d’une ceinture bleue, surmontée par un dôme de ciel noir. Le ciel, la caldeira, la désolation de pierre circulaire. Un million de bruns, de rouilles, de beiges, de rouges. La planète Mars.

Sur le bord, non loin de là, se dressent les ruines d’une lamaserie bouddhiste tibétaine. Quand Roger voit ça, il en reste bouche bée. Il semble que la structure principale, de couleur brune, ait été une pierre plus ou moins cubique, de la taille d’une grosse maison, sculptée, évidée jusqu’à ce qu’elle comporte plus d’air que de pierre. Lorsqu’elle était occupée, elle devait être hermétiquement scellée, les portes et les fenêtres munies de sas. Maintenant, il n’y a plus de fenêtres. Les murs des bâtiments adossés à la structure principale sont branlants, le toit s’est effondré, offrant l’intérieur au ciel noir. Un mur de pierre à hauteur de poitrine part des bâtiments extérieurs et longe le bord. Des moulins à prière multicolores et des fanions sont accrochés à des sortes de piques. Le léger contact de la stratosphère fait lentement tourner les moulins tandis que les drapeaux pendent mollement.

— La caldeira est aussi vaste que le Luxembourg.

— Vous voulez rire !

— Non, non.

Pour finir, même Marie est impressionnée. Elle s’approche du mur de prière, effleure un moulin à prière d’une main. Regarde dans la caldeira et, de temps en temps, fait tourner le moulin, distraitement.

— Un spectacle ravigotant, hein ?

Il leur faudra quelques jours pour faire le tour de la caldeira jusqu’à la gare. Ils dressent le campement près de la lamaserie abandonnée, et un gros champignon de plastique transparent, plein d’objets multicolores, rejoint la masse de pierre brune.

Les grimpeurs se promènent dans la fin de l’après-midi en parlant tranquillement des roches, ou de la vue dans la caldeira plongée dans l’ombre. Les parois annulaires intérieures paraissent propices à l’escalade en plusieurs endroits.

Le soleil est sur le point de descendre derrière le bord, à l’ouest, et de grandes colonnes de lumière poignardent le ciel indigo, en dessous, plongeant le sommet de la montagne dans une lumière indirecte, inquiétante. Les voix, sur la fréquence commune, sont ravies, calmes, et laissent place au silence.

Une pression sur la main d’Eileen, et Roger s’éloigne tout seul. Le sol est noir, la roche fissurée en un million de morceaux, comme si les dieux lui donnaient des coups de boutoir depuis des millénaires. Rien que de la pierre. Il coupe la fréquence commune. Le soleil va bientôt se coucher. De grands javelots de lumière lavande percent l’infini violet, sur les côtés. Tout là-haut, les étoiles brillent dans le noir. Les ombres s’étendent jusqu’à l’infini. La pièce de bronze brillante qu’est le soleil devient énorme, obèse, ralentit sa descente. Roger fait le tour de la lamaserie. Les murs ouest qui reçoivent les derniers rayons du soleil projettent une lueur orange, chaude, sur le sol et les bâtiments latéraux en ruine. Roger donne de petits coups de pied à la base du mur de prière, replace une pierre tombée. Les moulins à prière tournent toujours – une sorte de bois léger, se dit-il, des cylindres taillés, ornés de grands yeux noirs et de lettres cursives. La peinture, blanc, rouge, jaune, est écaillée. Roger regarde deux yeux orientaux stoïques, imprime une légère rotation à un moulin, éprouve un léger vertige. Le monde partout. Même ici. Le soleil aplati se pose sur le bord, de l’autre côté de la caldeira, à l’ouest. Un petit coup de vent soulève une longue bannière, la fait lentement onduler dans l’air orange vif. « Tout est bien ! » dit Roger, à haute voix. Il imprime au moulin une forte poussée, la dernière, et s’éloigne en décrivant des cercles, comme en proie à un vertige, essaie de tout englober en même temps. « Très bien, très bien ! J’y renonce. J’accepte. »

Il essuie la poussière rouge sur la visière de son casque et repense à l’espèce de petit oiseau qui se libérait à coups de bec de sa gangue de glace. Une nouvelle créature marche à la surface de Mars la Verte.

Comment Arthur Sternbach apporta la balle courbe sur Mars

C’était un grand gamin martien boutonneux, timide et dégingandé, au dos rond et tout en pattes, comme un chiot. Pourquoi ils le faisaient jouer troisième base ? Mystère et pomme d’arrosoir. Cela dit, on me faisait bien jouer arrêt court, alors que je suis gaucher et que j’aurais été infoutu d’arrêter une balle à terre. Enfin, j’étais américain, alors on m’avait mis là. C’est toujours comme ça quand on apprend un sport avec la vidéo : il y a des choses tellement évidentes qu’on oublie de vous les signaler. Par exemple, qu’il ne faut jamais confier la position d’arrêt court à un gaucher. Mais pour les Martiens, tout ça c’était nouveau. Il y en avait qui étaient tombés amoureux du base-ball, ils avaient commandé le matériel, l’équipement, roulé des pelouses, et c’était parti.

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