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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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En finale, je claquai encore un home run au cours de la première manche, et Thomas en fit autant. Ça faisait deux d’affilée, et nous étions en train de gagner. Gregor les ratatinait. Lorsque je revins, lors de la manche suivante, je me sentais bien, et les gens me réclamaient un autre home run. Le lanceur de l’équipe adverse avait l’air vraiment résolu. Il était particulièrement grand, aussi grand que Gregor, mais avec plus de coffre, comme beaucoup de Martiens. Il prit du recul, et me lança la première en pleine tête. Pas exprès ; il ne la contrôlait pas. Puis je manquai plusieurs lancers, en swinguant très tard, jusqu’à ce que le compte soit plein : trois balles, deux strikes, et je me dis : Tans pis, quoi, si je suis éliminé maintenant, ce n’est pas très grave. Au moins, j’ai frappé deux home runs de suite.

Et puis j’entendis Gregor hurler : Allez, coach ! Tu peux le faire ! Cramponne-toi ! Reste concentré ! Tout ça en m’imitant, pas mal d’ailleurs, j’imagine, parce que le reste de l’équipe se mit à rire à gorge déployée. J’imagine que c’étaient des choses que je leur avais moi-même dites ; c’est bien le genre de chose qu’on crie sans y penser au cours d’une rencontre, ça ne veut rien dire. Je ne savais même pas que les autres m’écoutaient. Bref, j’entends Gregor qui m’asticote, et je recule dans le rectangle du frappeur en me disant : Écoutez, les gars, je ne suis vraiment pas fait pour être coach, j’ai joué dix parties comme arrêt court en serrant les dents pour ne rien vous dire. Au final, j’étais tellement énervé que, sans m’en rendre compte, j’ai tapé la balle comme un bûcheron et je l’ai envoyée par-dessus la barrière du champ droit, plus haut et plus loin que les deux premiers home runs. C’était une balle rapide à hauteur de genou, à l’intérieur. Comme m’a dit Ernie, par la suite : Mon petit vieux, tu l’as bien explosée ! Les gars de l’équipe ont fait sonner la petite cloche de bateau pendant que je faisais le tour des bases, en leur tapant dans la main à chacun en revenant de la troisième à la plaque de but. Je devais avoir un sourire qui me faisait trois fois le tour de la figure. Quand je me suis assis sur le banc, je sentais encore la force du coup dans mes mains. Je la verrai toujours partir comme une fusée.

Bref, nous menions 4 à 0 dans la dernière manche quand l’autre équipe arriva, bien déterminée à nous flanquer la pâtée. Gregor commençait à en avoir plein les pattes, à la longue. Il donna encore quelques bases sur balle, puis il lança une balle courbe, celle-ci facilement frappable, et le grand lanceur de l’équipe adverse me l’expédia loin au-dessus de la tête. Bon, quand il fallait jouer une balle tendue, j’étais dans mon élément, mais dès qu’on m’envoyait une balle en l’air, j’étais perdu. Je tournai le dos au missile et je courus vers la barrière, en me disant que soit elle sortait, soit je la cueillais contre la barrière, mais que, dans l’air, je ne la reverrais jamais. Seulement, c’est vraiment bizarre de courir sur Mars. On va trop vite, et on fait des soleils en essayant de ne pas se retrouver à plat ventre. C’est ce que je fis en voyant la piste d’avertissement [1]. Puis je relevai les yeux et je localisai la balle qui retombait. Alors je fis un bond sur place – c’est-à-dire que j’espérais sauter tout droit en l’air, vous comprenez, mais j’avais pas mal d’élan, et j’avais complètement oublié la gravité. Bref, j’ai bondi comme un diable hors de sa boîte et j’ai rattrapé la balle. C’est stupéfiant, mais je me suis littéralement retrouvé en train de voler par-dessus la barrière.

En retombant, j’ai roulé dans le sable et la poussière, la balle coincée dans mon gant. J’ai ressauté par-dessus la barrière et j’ai levé la balle pour que tout le monde la voie. Mais ils ont accordé un home run au batteur, parce qu’il faut rester à l’intérieur du terrain pour attraper une balle, c’est une règle locale. À vrai dire, ça m’était bien égal. Tout le but du sport, c’est de vous amener à vous surpasser, hein ? Et c’était bien dans l’esprit du jeu que le batteur frappe lui aussi un home run.

Alors on a repris la partie et Gregor a été retiré à la batte. On a gagné le tournoi et on nous a portés en triomphe, surtout Gregor. C’était le héros du jour. Tout le monde voulait lui faire signer quelque chose. Il ne parlait pas plus que d’habitude, mais il se tenait droit comme un i, subitement. Il n’en revenait pas. Ensuite, Werner a pris deux balles et tout le monde les a signées, en guise de trophées pour Gregor et moi. Plus tard, j’ai vu que la moitié des signatures qui figuraient sur ma balle étaient fantaisistes : Mickey Mantel, des noms comme ça. Gregor avait écrit : Au coach Arthur, salut, Greg. Je l’ai toujours sur mon bureau, à la maison.

Le doux et le salé

Au début, l’eau des nouveaux ruisseaux était toujours limoneuse. Elle avait dissous les sels contenus dans le sol, et il y en avait tellement que ça ressemblait à de la brique liquide courant dans les plis du terrain. Elle était presque visqueuse et avec les cristaux blancs qui faisaient comme une dentelle fantastique sur les berges, en certains endroits, on aurait dit du sang circulant dans des veines de sucre candi. Et c’était plus près de la réalité que la plupart des gens ne le pensaient.

Vous comprenez, quand le petit peuple rouge était devenu la dix-neuvième réincarnation du dalaï-lama, il avait eu l’illumination et, du coup, il était fort embarrassé : jusque-là, les êtres humains et tous les discours qu’ils tenaient à la surface lui avaient procuré une distraction de choix ; maintenant, ils constituaient un problème pour lui, ou du moins une préoccupation sérieuse. Le petit peuple rouge devait sauver Mars des humains, ces charmants bousilleurs, mais sans leur nuire, et même en les aidant.

En même temps, il comprit les regards de reproche que leur adressaient leurs cultures d’archéobactéries – c’était évident, tout d’un coup. De même que, sur Terre, le dalaï-lama ne mangeait pas de viande, sur Mars, le petit peuple rouge ne devait pas manger les archéobactéries.

Le petit peuple rouge connut aussitôt la famine. Malgré un certain désarroi, il considéra plutôt cela comme un accroissement de conscience, donc bénéfique, et se convertit à un régime végétarien respectueux de la vie, à base de graines et des équivalents bactériens des fruits : le lait et le miel. Il eut longtemps faim, tout le temps qu’il lui fallut pour s’habituer à ces cultures nouvelles, et alla, quand il y était obligé pour faire la soudure, chercher sa nourriture à la surface, dans les détritus des humains. Mais les êtres humains avaient tendance à réagir à ce genre d’activités avec des pesticides, aussi ne s’y résolvait-il que dans les cas désespérés ; les périodes de danger exceptionnel exigent des mesures extrêmes.

En attendant, de même que les êtres humains s’abattaient sur lui par en haut, les archéobactéries, ces ingrates, le rongeaient par en dessous. Beaucoup d’anciens n’avaient pas trouvé l’apaisement avec leur libération ; ils criaient vengeance, ils réclamaient une compensation, certains exigeaient de retrouver leur domination originelle sur le sol martien. C’est malheureux, mais donnez-leur le doigt et les archéobactéries vous prendront le bras ; tous les coins de ma cuisine en sont la preuve. Certains cadres réformés fomentaient la révolution dans les profondeurs, et bien qu’ils soient minoritaires au début, ces mécontents réussirent à empoisonner l’esprit de nombreuses autres archéobactéries, menaçant de déclencher des réactions en chaîne qui contamineraient tous les niveaux de l’écosystème planétaire et finiraient par se faire sentir à la surface.

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