Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
Quoi qu’il en soit, nous arrivâmes finalement au bout de la saison et je devais rentrer sur Terre après ça. Le record de notre équipe était de trois victoires pour quinze défaites, et nous étions bons derniers dans le classement de la saison. Mais un tournoi final fut organisé, un week-end, pour toutes les équipes du bassin d’Argyre, une série de rencontres en trois manches, parce qu’il y en aurait beaucoup. Nous perdîmes tout de suite la première partie, et nous étions dans les derniers au classement. Puis nous perdîmes la suivante, à cause des bases sur balle, surtout. Wemer remplaça un moment Thomas, et comme ça ne marchait pas mieux, Thomas remonta sur le monticule pour remplacer Werner. À ce moment-là, je courus depuis le centre pour les rejoindre sur le monticule. Je leur dis : Écoutez, les gars, laissez lancer Gregor.
Gregor ? répondirent-ils d’une seule voix. Pas question !
Il serait encore pire que nous, ajouta Werner.
Comment serait-ce possible ? répliquai-je. Dites, les gars, vous venez d’accorder la première base à onze batteurs d’affilée. Il fera nuit avant que Gregor arrive à faire pire.
Alors ils acceptèrent. À ce stade, ils étaient complètement découragés, comme on pouvait s’y attendre. J’allai donc trouver Gregor et je lui dis : C’est bon, Gregor, tu vas pouvoir essayer, maintenant.
Oh non, non non non non non non non. Il ne voulait pas en entendre parler ; il jeta un coup d’œil vers les gradins, où il y avait quelques centaines de spectateurs, surtout de la famille, des amis, et quelques curieux qui passaient par là. Et je vis alors que ses grands-parents et sa petite amie ou je ne sais quoi étaient là et le regardaient. Je voyais mon Gregor se fermer comme une huître.
Allez, Gregor, insistai-je en lui mettant la balle dans le gant. Je vais te dire, c’est moi qui vais recevoir. Tu lances et je reçois. Comme à réchauffement. Lance ta balle courbe, c’est tout. Et je l’entraînai vers le monticule du lanceur.
C’est ainsi que Werner l’échauffa pendant que je m’équipais. Au passage, je mis une boîte de balles à coutures bleues à la disposition de l’arbitre. Je voyais bien que Gregor était nerveux, et je l’étais aussi. Il n’avait jamais lancé, mais je n’avais jamais joué receveur, et les bases étaient pleines ; il n’y avait pas de retrait. C’était un moment de base-ball assez inhabituel.
Lorsque j’eus revêtu mon équipement, je m’approchai de lui. N’aie pas peur de lancer trop fort, lui dis-je. Mets-moi juste ta balle courbe dans le gant. Ne t’occupe pas du batteur, je te donnerai le signal avant chaque lancer : deux doigts pour une courbe, un doigt pour une balle rapide.
Une balle rapide ?
C’est quand tu lances la balle très vite. Ne t’inquiète pas. On va juste lancer des balles courbes, de toute façon.
Tu disais que tu ne voulais pas coacher, dit-il amèrement.
Je ne te coache pas, là, je suis receveur.
Je regagnai donc mon poste derrière la plaque de but. Regarde bien les balles courbes, dis-je à l’arbitre. Des balles courbes ? répéta-t-il.
La minute d’après, c’était parti. Gregor était accroupi sur le monticule comme une grande mante religieuse, le visage rouge, boudeur. Il lança la première balle juste au-dessus de nos têtes, vers le back stop. Le temps que j’aille la récupérer, deux gars marquèrent, mais j’éliminai le coureur qui allait de la première à la troisième base, et je retournai voir Gregor. Bon, lui dis-je, les bases sont dégagées et on a un retrait. On va juste lancer, maintenant. En plein dans le gant. Comme la dernière fois, mais plus bas.
Et c’est ce qu’il fit. Il lança la balle au batteur, qui la rata, et la balle arriva juste dans mon gant. L’arbitre en était baba. Je me retournai, lui montrai la balle dans mon gant et lui dis : Ça, c’était un strike.
Un strike ! hurla-t-il en me regardant avec un immense sourire. C’était une balle courbe, hein ?
Tu parles que c’en était une !
Hé, dit le batteur. Qu’est-ce que c’était que ça ?
On va te montrer, répondis-je.
Après ça, Gregor commença à les laminer. Je n’arrêtais pas de lever deux doigts, et il continuait à lancer des balles courbes. Pas que des strikes, bien sûr, mais suffisamment pour qu’il n’ait pas à accorder trop de bases sur balle. Que des balles à couture bleue. L’arbitre commençait à piger.
Entre deux tours de batte, je regardai derrière moi et je vis que la foule des spectateurs et toutes les équipes qui ne jouaient pas en ce moment-là étaient agglutinées derrière le back stop pour regarder lancer Gregor. Personne sur Mars n’avait jamais vu de balle courbe, et ils n’en perdaient pas une miette. Ils regardaient ça en poussant des oh et des ah, et ils commentaient chaque lancer. Le batteur ratait, ou il tentait mollement un swing, et il se retournait vers la foule avec un grand sourire comme pour dire : Vous avez vu ça ? C’était une balle courbe !
Alors on est remontés au score et on a gagné la rencontre. On a gardé Gregor comme lanceur et on a gagné les trois rencontres suivantes aussi. Pendant la troisième, il lança vingt-sept fois, éliminant les neuf batteurs chacun en trois lancers. Une fois, dans un tournoi universitaire, Walter Johnson avait éliminé les vingt-sept batteurs. C’était comme ça.
La foule était en délire. Gregor était moins rouge. Il se tenait plus droit sur son monticule. Il refusait encore de regarder quoi que ce soit en dehors de mon gant, mais son expression de terreur abjecte était devenue un air de farouche concentration. Il était peut-être sec comme un coup de trique, mais il était grand. Sur ce monticule, il commençait à avoir l’air sacrément formidable.
C’est ainsi que nous remontâmes dans le classement, pour atterrir en demi-finale. Des hordes de gens venaient voir Gregor entre les matches pour lui faire signer leurs balles. Il avait l’air passablement ahuri, mais à un moment donné, je le vis jeter un coup d’œil en direction de sa famille de coop, dans les gradins, et leur faire un petit signe de la main, avec un bref sourire.
Comment va ton bras ? lui demandai-je.
Qu’est-ce que tu veux dire ? répliqua-t-il.
D’accord, répondis-je. Alors, écoute. Je voudrais rejouer au champ extérieur, pour cette partie. Tu peux lancer à Werner ? Parce qu’il y avait quelques Américains dans l’équipe que nous devions affronter ensuite, vous comprenez, Ernie et Caesar, que je soupçonnais de pouvoir lancer une balle courbe. Juste une intuition.
Gregor acquiesça, et je compris que tant qu’il y aurait un gant dans lequel lancer, pour lui, rien d’autre n’aurait d’importance. Alors je m’arrangeai avec Werner, et en demi-finale je me retrouvai au champ centre droit. Nous jouions sous les lumières, cette fois, et le terrain ressemblait à du velours vert sous un ciel crépusculaire violet. Vu du champ centre, tout paraissait minuscule. On se serait crus dans un rêve.
Il faut croire que j’avais eu le nez creux, parce que j’attrapai une frappe tendue d’Ernie, en glissant, et puis j’effectuai une autre course vers le milieu du terrain de trente bonnes secondes, à ce qu’il me sembla, avant d’arriver sous une gigantesque balle en l’air de Caesar. Gregor vint même me féliciter entre deux manches.
Vous connaissez le vieux principe selon lequel un bon jeu défensif mène à un bon jeu offensif. Je ne m’en étais pas mal sorti pendant les rencontres de la journée, mais au cours de cette demi-finale je frappai un lancer haut et rapide, si fort que j’eus l’impression d’avoir carrément raté la balle, qui fila comme une fusée. Home run, par-dessus la barrière du champ centre. Je la perdis de vue dans le crépuscule avant qu’elle retombe.