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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Un plateau couvert de neige, jonché de roches noires et de grandes mesas. À l’est, le vide ; loin en dessous, les forêts de Tharsis. Au nord-ouest, une colline qui monte éternellement.

Marie arrive et esquisse une petite danse sur le rocher. Dougal retourne vers la paroi et redescend vers l’amphithéâtre chercher un autre chargement. Il ne reste plus grand-chose à transporter. Ils sont presque à court de vivres. Eileen les rejoint, et Roger lui serre la main. Elle laisse tomber son fardeau et lui donne une accolade digne d’un grizzly. Ils sortent de leurs paquets de quoi faire un repas froid et mangent tout en regardant Hans, Arthur et Stephan remonter du fond du bol. Dougal est déjà presque à leur niveau.

Lorsqu’ils sont tous arrivés en haut, en une petite cordée menée par Dougal, les réjouissances commencent pour de bon. Ils laissent tomber leur fardeau, s’embrassent, poussent des cris. Arthur court en rond comme s’il voulait tout voir en même temps et ne réussit qu’à s’étourdir. Roger ne se souvient pas de s’être jamais senti tout à fait comme ça.

— Notre cache est à quelques kilomètres au sud, dit Eileen après avoir regardé la carte. Si nous y arrivons ce soir, nous pourrons fêter ça au champagne.

Ils avancent en colonne dans la neige, en se relayant pour ouvrir la marche. C’est un plaisir d’avancer en terrain plat, et ils ont si bon moral qu’ils progressent à bonne allure. Plus tard, dans la journée – une journée de soleil complète, la première depuis qu’ils ont quitté le camp de base –, ils arrivent à leur cache, un étrange endroit plein de paquets emballés dans de la toile goudronnée, couverts de neige, et marqué par une chaussée de lave qui s’arrête à un kilomètre environ au-dessus de l’escarpement.

Dans le matériel, il y a une grande tente champignon. Ils la gonflent, entrent par le sas et s’avancent sur le sol de la tente pour la fête du soir. Soudain, ils sont dans un gigantesque champignon transparent, et ils rebondissent sur le sol pneumatique surélevé, transparent lui aussi, comme des enfants sur un lit de plumes. C’est luxueux, extravagant, enivrant. Des bouchons de champagne sautent et volent sous le dôme de cristal. Dans l’air chaud, ils sont très vite grisés, et ils se racontent combien l’escalade était merveilleuse, combien ils l’ont appréciée. L’inconfort, la fatigue, le froid, la détresse, le danger et la peur se dissipent déjà dans leur esprit, se muent en autre chose.

Le lendemain, Marie n’est pas si enthousiaste quant au reste de l’expédition.

— Ce n’est qu’une promenade sur une foutue colline. Et une longue marche, en plus !

— Comment voulez-vous descendre, sinon ? demande Eileen d’un ton acerbe. Vous voulez sauter ?

C’est vrai. Les dispositions qu’ils ont prises les obligent à escalader le cône du volcan. Il y a un chemin de fer qui descend du bord nord de la caldeira vers Tharsis et la civilisation. Elle utilise, en guise de rampe, l’une des grandes coulées de lave qui gomment l’escarpement au nord. Mais d’abord, il faut qu’ils arrivent au chemin de fer, et l’escalade du cône est probablement la façon la plus rapide et la plus intéressante d’y arriver.

— Vous pourriez redescendre toute seule, ajoute Eileen d’un ton sarcastique. La première descente en solo…

Marie, qui se ressent apparemment des effets du champagne de la veille, se contente de montrer les dents et s’éloigne pour s’amarrer dans l’un des harnais de la voiture. Leur nouvel assortiment de matériel est logé dans une voiture à roulettes qu’ils doivent tirer sur la pente. Pour des raisons de commodité, ils portent déjà les combinaisons spatiales dont ils auront besoin lorsqu’ils seront encore plus haut. Pendant leur ascension, ils vont sortir de la nouvelle atmosphère martienne, ou à peu près. Ils ont l’air bizarres dans leurs combinaisons vert métallisé et leurs casques transparents, se dit Roger. Ça lui rappelle l’époque où il guidait des groupes dans les canyons, alors que ce genre d’équipement était indispensable sur toute la surface de Mars. La possibilité de brancher la radio de leur casque sur la fréquence commune, le fait de se retrouver tous les sept ensemble, quatre tirant la voiture, trois marchant à leur guise devant ou derrière, tout cela fait de cette randonnée un événement plus social que l’escalade de la falaise. De l’escalade à la marche : la première journée est une retombée dans la banalité.

Sur le flanc sud, enneigé, du volcan, des signes de vie apparaissent partout. Des goraks leur tournent autour pendant la journée, à la recherche de déchets. Au crépuscule, des hiboules plongent autour de la tente comme des chauves-souris. Roger voit des marmottes sur les roches et les buttes volcaniques. Dans le système de rigoles qui sillonne le plateau, ils trouvent des pousses torturées de pins de Hokkaïdo, de pins asiatiques et de genévriers de Noctis. Arthur chasse deux mouflons de Dall aux grandes cornes enroulées et ils voient dans la neige des empreintes qui ressemblent à des traces d’ours. « Le yéti », dit Dougal. À la lueur des miroirs du crépuscule, ils repèrent une meute de loups des neiges qui se déploient sur la pente, à l’ouest. Stephan passe tout son temps libre au bord des nouvelles rigoles, à faire des croquis en regardant dans ses jumelles.

— Viens, Roger, je vais te montrer les ottarines que j’ai vues hier.

— Rien que des mutants, marmonne Roger, surtout pour embêter Stephan.

Mais Eileen surveille sa réaction, alors il hoche la tête d’un air dubitatif. Que peut-il dire ? Il suit Stephan vers la rigole pour observer la vie sauvage. Eileen le regarde en riant, mais des yeux seulement, affectueusement.

Toujours plus loin, toujours plus haut, sur l’immense colline. C’est une pente à six pour cent, très régulière, et lisse, en dehors des rigoles, d’une bosse de lave ou d’un petit cratère occasionnel. En dessous d’eux, à l’endroit où le plateau se rompt pour devenir la falaise, le bouclier est marqué par des mesas de belle taille – caractéristiques, leur explique Hans, de la tension qui a fracturé le bouclier. Au-dessus d’eux, la forme conique de l’immense volcan est nettement visible. L’interminable colline qu’ils gravissent monte en pente douce, régulière, et très loin, en haut, ils voient le large sommet aplati. Ils ont encore du chemin à faire. Il est facile de louvoyer entre les rigoles, et l’esthétique de la marche, son seul point d’intérêt technique, devient de savoir quelle distance ils peuvent parcourir tous les jours. Il y a deux cent cinquante kilomètres, de l’escarpement au bord du cratère. Ils tentent de faire vingt-cinq kilomètres par jour, et en font parfois trente. C’est bizarre d’avoir si chaud après le froid intense de l’escalade de la falaise. Les combinaisons spatiales et la tente champignon créent une rupture nette avec l’environnement.

Ça leur fait aussi tout drôle de marcher en groupe. La fréquence commune est le théâtre d’une conversation continue, sur laquelle on peut se brancher à sa guise. Même quand il n’a pas envie de parler, Roger trouve distrayant de suivre les échanges. Hans parle de l’aréologie du volcan et discute avec Stephan de l’ingénierie génétique qui a permis à la vie sauvage d’exister dans cet endroit. Arthur indique des caractéristiques du paysage qui auraient pu échapper aux autres. Eileen et Roger rigolent et ajoutent un commentaire de temps en temps. Même Dougal se connecte sur la fréquence vers le milieu de l’après-midi et fait preuve d’un esprit alerte, incitant Arthur à faire découverte sur découverte.

— Regardez là-bas, Arthur, c’est un yéti !

— Noon ? Vous voulez rire ! Où ça ?

— Là-bas, derrière cette roche.

Derrière la roche, il y a Stephan, qui se soulage.

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