Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
— N’approchez pas, vous autres !
— Sale menteur, dit Arthur.
— Il a dû glisser. Je crois qu’il était pourchassé par un renard de Weddell.
— Vous vous moquez de moi, là !
— Oui.
— Passons sur un canal privé, fait Eileen. Je ne vous entends pas, avec tous les autres.
— D’accord. Canal 33.
— Pourquoi celui-là ?
— Ah…
C’était il y a longtemps, mais c’est le genre de choses bizarres qui restent gravées dans sa mémoire.
— Ça devait être notre canal privé, lors de notre première randonnée ensemble.
Elle a un petit rire. Ils passent l’après-midi à la traîne derrière les autres, à bavarder.
Un matin, Roger se réveille tôt, juste après les miroirs de l’aube. Les rayons horizontaux, atténués, des quatre soleils du parhélie éclairent leur tente. Roger tourne la tête, regarde sous son oreiller, à travers le fond transparent, le mince sol qui couvre la roche, quelques mètres plus bas. Il se redresse. Le tapis de sol s’enfonce un peu sous son poids, comme un matelas d’eau. Il s’avance doucement sur le plastique souple, pour ne pas réveiller les autres qui dorment à l’endroit où le toit rencontre les lamelles du sol. La tente ressemble vraiment à un gros champignon transparent. Roger descend les marches transparentes pratiquées dans le pied et va aux toilettes, qui se trouvent dans ce qui serait la bague du champignon. En ressortant il tombe sur Eileen, encore à moitié endormie, qui se lave dans la petite cabine située près du compresseur et du régulateur d’air comprimé.
— Bonjour, dit-elle. Vous voulez bien me frotter le dos ?
Elle lui tend l’éponge, se retourne. Il frotte vigoureusement les muscles tendus de son dos, éprouve une pulsion d’intérêt sensuel. Cette chute de reins… Magnifique.
Elle regarde par-dessus son épaule.
— Ça va, je dois être propre, maintenant.
— Ah. Oui, probablement, dit-il avec un sourire en lui rendant l’éponge. Je vais faire un tour avant le petit déjeuner.
Roger s’habille, franchit le sas, s’aventure vers le haut de la prairie dans laquelle ils campent : une prairie surarctique, couverte de mousses et de lichens, jonchée d’edelweiss et de saxifrages mutants, le tout recouvert d’un léger manteau de givre blanc, étincelant, qui craque sous les bottes à chaque pas.
Un mouvement attire le regard de Roger et il s’arrête pour observer un lapin-souris à la fourrure blanche qui ramène dans son terrier une racine arrachée. Il y a un éclair, un vacillement, et un pinson des neiges se pose devant l’entrée du terrier. Le petit lapin lève la tête, regarde le pinson, passe devant lui avec son fardeau. Le pinson fait ce que font tous les oiseaux, la tête allant instantanément d’une position à l’autre, puis s’immobilisant. Il suit le lapin dans son trou. Roger en avait entendu parler, mais c’est la première fois qu’il voit ça. Le lapin ressort à la recherche de nourriture. Le pinson réapparaît, la tête pivotant d’une position à l’autre, un vacillement fugitif, et il regarde Roger. Il vole par-dessus le lapin qui détale, plonge dessus en piqué, repart. Le lapin a disparu dans un autre trou.
Roger traverse le torrent de glace de la prairie, remonte sur l’autre rive. Là, à côté d’un rocher qui lui arrive à peu près à la taille, il y a une drôle de masse d’un blanc pur, avec une sphère blanche au centre. Il se penche pour regarder ça de plus près. Passe un doigt ganté à la surface. Une sorte de glace, apparemment. D’une forme inhabituelle.
Le soleil se lève et un torrent de lumière jaune inonde le paysage. Le demi-globe de glace d’un blanc jaunâtre, à ses pieds, a l’air visqueux. Il frémit. Roger recule. La boule de glace se détache de la paroi rocheuse, se fend au milieu. Un bec émerge, écarte les deux moitiés. Une petite tête bouge à l’intérieur. Des plumes bleues, un long bec noir, incurvé, de petits yeux noirs comme du jais. « Un œuf ? » demande Roger tout haut. Mais les deux moitiés de la coquille sont de la glace, c’est une certitude – il la fait fondre entre ses doigts gantés, il sent le froid. L’oiseau – enfin, un oiseau qui aurait de la fourrure sur les pattes et sur le bréchet, de petits moignons d’ailes et un bec garni de crocs – sort en titubant de sa bulle de glace et s’ébroue comme un chien qui sort de l’eau, bien qu’il ait l’air sec. La glace sert apparemment d’isolant, de nid pour la nuit, ou plutôt pour l’hiver. Ça doit être ça. Une boule de bave, ou Dieu sait quoi, murant l’ouverture d’un creux dans la roche. Roger, qui n’avait pas idée que ce genre de chose puisse exister, regarde, bouche bée, l’espèce d’oiseau faire quelques pas en courant et s’éloigner en dérapant.
Une nouvelle créature marche à la surface de Mars la Verte.
Cet après-midi-là, ils sortent du domaine de la prairie surarctique. La roche est nue, il n’y a plus une fleur, plus un animal. Plus rien, que des fissures dans lesquelles s’efforcent de survivre des mousses et de grandes plaques de lichen otoo. Ils ont parfois l’impression de marcher sur un mince tapis tacheté comme le jaspe orbiculaire, jaune, vert, rouge et noir, qui s’étend à perte de vue dans toutes les directions, un tapis incrusté de givre le matin, un peu humide au soleil de la mi-journée, un tapis dingue, multicolore.
— Stupéfiant, murmure Hans en le palpant du bout du doigt.
— La moitié de notre oxygène est produite par cette merveilleuse symbiose…
Quand ils s’arrêtent, à la fin de l’après-midi, ils gonflent la tente et l’amarrent à des blocs de pierre. Hans saute par le sas en agitant son kit atmosphérique et en faisant des bonds.
— Écoutez, dit-il, je viens de contacter la station radio, qui me l’a confirmé : il y a un système de hautes pressions au-dessus de nous en ce moment. Nous sommes à quatorze mille mètres au-dessus du niveau moyen, mais la pression barométrique est de trois cent cinquante millibars parce qu’une grosse masse d’air se déplace au-dessus du flanc du volcan cette semaine. Vous comprenez ce que ça veut dire ? demande-il, voyant que les autres le regardent en ouvrant de grands yeux ahuris.
— Non ! répondent trois voix, en chœur.
— Une zone de haute pression, répète Roger, inutilement.
— Eh bien, reprend Hans, un peu confus d’être au centre de l’attention générale, ça suffit pour respirer ! Juste assez, mais ça suffit, je vous assure. Et ça, personne ne l’a jamais fait auparavant – à cette altitude, je veux dire. Respirer à l’air libre, l’air martien !
— Vous voulez rire !
— Nous allons établir un nouveau record d’altitude ici et maintenant ! En tout cas, c’est ce que je me propose de faire, et j’invite ceux qui le souhaitent à en faire autant.
— Attendez une minute ! dit Eileen.
Mais chacun a envie de tenter l’expérience.
— Attendez une minute ! répète Eileen. Écoutez-moi, pour l’amour du Ciel ! Je n’ai pas envie que tout le monde enlève son casque et tombe raide mort. On me retirerait ma licence ! Nous allons faire ça selon les règles. Et vous, reprend-elle en tendant un index accusateur vers Stephan, je vous interdis de faire ça. Pas question.
Stephan proteste hautement et longuement, mais Eileen reste intraitable, et Hans l’approuve.
— Le choc pourrait provoquer une nouvelle crise d’œdème, c’est certain. Nous n’avons pas intérêt, d’ailleurs, à prolonger nous-mêmes l’expérience. Mais pendant quelques minutes, ça devrait aller. Prenez seulement la précaution de respirer à travers le filtre de votre masque pour réchauffer l’air.
— Vous pourrez nous surveiller et nous sauver si nous tombons raide mort, dit Roger à Stephan.
— Et merde ! répond Stephan. Allez-y, je vous regarde faire.