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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Et nous étions là, ce gamin – Gregor – et moi. À massacrer le champ intérieur gauche. Il avait l’air tellement jeune que je lui demandai son âge. Il me répondit « huit ans », et je me dis, Seigneur, il ne peut pas être si jeune que ça, puis je réalisai qu’il parlait en années martiennes, évidemment ; il devait avoir seize ou dix-sept ans, mais il ne les faisait vraiment pas. Il était arrivé récemment à Argyre – d’où, je ne sais pas –, et il habitait dans la coop locale avec sa famille ou des amis, je n’ai jamais eu le fin mot de l’histoire. En tout cas, il me faisait l’effet d’un solitaire. Il ne ratait jamais un entraînement, bien qu’il soit le plus mauvais membre d’une équipe effroyable, et il était manifestement frustré par ses retraits à la batte et toutes ses erreurs. Je me suis toujours demandé ce qu’il faisait là, en fait. Il était tellement timide ! Il fallait le voir rougir, marmonner, faire le dos rond et se marcher sur les pieds. Il réalisait une synthèse du genre.

L’anglais n’était pas sa langue maternelle. Il était arménien, morave ou quelque chose comme ça. En tout cas, il parlait une langue que personne ne comprenait, à part peut-être quelques vieillards dans sa coop. Sinon, il baragouinait ce qui passait pour de l’anglais sur Mars. Et il faisait beaucoup de fautes. Il avait parfois recours à un traducteur électronique, mais dans l’ensemble il s’arrangeait pour ne pas avoir besoin de parler. Nous devions faire un sacré numéro, tous les deux : Double Patte et Patachon jouant à la baballe. Quand par hasard nous réussissions à jouer une balle, c’était pour la rabattre sur le sol, courir après comme des dératés et l’expédier au-delà de la première base. Nous arrivions rarement à faire des retraits. Nous nous serions fait remarquer. Sauf que tout le monde était comme ça. Le base-ball, sur Mars, était un jeu où on faisait de gros scores.

Enfin, c’était beau quand même. Un rêve, en fait. D’abord, l’horizon, quand on est sur une plaine comme Argyre, n’est qu’à cinq kilomètres au lieu de huit ou neuf. Ça saute aux yeux, quand on vient de la Terre. Le champ intérieur de leurs terrains est d’une taille juste un peu supérieure à la normale, mais le champ extérieur est carrément gigantesque. Le terrain de mon équipe faisait neuf cents pieds à partir du centre et sept cents le long des lignes. Quand on était debout sur la plaque de but, la barrière du champ extérieur était une petite ligne verte dans le lointain, sous un ciel violet, assez près de l’horizon. Ce que je veux dire, c’est que le terrain de base-ball occupait à peu près tout le monde visible. C’était génial.

Ils jouaient avec quatre joueurs de champ extérieur, comme au softball, et pourtant il y avait encore beaucoup de place entre eux. L’air était aussi ténu qu’au camp de base de l’Everest, et la gravité n’est que des deux cinquièmes de la gravité terrestre. Autant dire que quand on frappait la balle bien comme il faut, elle volait comme une balle de golf cognée par un bûcheron. Mais si grands que soient les terrains, il y avait encore un certain nombre de home runs à chaque partie. Il était rare qu’une équipe perde sans marquer un seul point. Jusqu’à mon arrivée, en tout cas.

J’étais venu là après avoir escaladé Olympus Mons pour les aider à fonder un nouvel institut de sciences des sols. Ça, ils avaient eu assez de jugeote pour ne pas essayer de le faire avec des cassettes vidéo. Au début, pendant mes loisirs, je faisais de l’escalade dans les Charitums, et puis j’avais été happé par le base-ball et ça me prenait presque tout mon temps. Très bien, je vais jouer, leur avais-je dit. Mais je refuse de coacher. Je n’aime pas dire aux gens ce qu’ils ont à faire.

Alors je commençais par m’entraîner avec eux comme au football, pour réchauffer tous ces muscles qu’on n’a jamais l’occasion d’utiliser. Ensuite, Werner nous entraînait au champ intérieur, et nous nous mettions à gesticuler comme des matadors, Gregor et moi. Il nous arrivait de temps en temps d’attraper une balle, de l’expédier vers la première base, et le joueur de première base, un gaillard qui faisait largement plus de deux mètres et était large d’autant, rattrapait parfois nos lancers, alors nous nous tapions dans les gants. À force de faire ça, jour après jour, Gregor devint un peu moins timide avec moi, mais à peine. Je vis alors qu’il cognait rudement fort. Il avait des bras aussi longs que j’étais haut, et qui paraissaient dépourvus d’os, comme des tentacules de calmar, si souples aux poignets qu’il imprimait une sacrée force à la balle. Certaines fois, elle continuait à monter même après être passée dix mètres au-dessus de la tête du joueur de première base. Ça, elle y allait, il n’y a pas à dire. Je commençai à penser qu’il venait jouer parce que ça lui permettait non seulement de se retrouver parmi des gens sans avoir besoin de leur parler, mais aussi de lancer des choses de toutes ses forces. Et je compris accessoirement qu’il était moins timide que taciturne. Ou les deux.

Quoi qu’il en soit, notre jeu était grotesque. La frappe s’améliora un peu. Gregor apprit à rabattre la balle vers le bas et à frapper les balles à terre au milieu du terrain ; tout ça avec une certaine efficacité. Quant à moi, à force, je trouvai mes marques. J’arrivais là après avoir passé des années à jouer au softball balle lente, et au début je swinguais tout ce qui bougeait avec une semaine de retard. Entre ça et le fait que je jouais arrêt court, je suis sûr que mes coéquipiers devaient commencer à se dire qu’en fait d’Américain, ils avaient touché le mauvais numéro. Et comme il y avait un règlement qui limitait à deux le nombre de Terriens par équipe, ils étaient sûrement déçus. Mais peu à peu je perfectionnai mon timing, et après ça je frappai vraiment bien. Le truc, c’est que leurs lanceurs ignoraient les balles courbes et à effet. Ces grands échalas prenaient du recul et lançaient le plus fort possible, comme Gregor, mais ils n’avaient pas trop de toutes leurs forces rien que pour envoyer la balle dans le gant du receveur. C’était un peu effrayant, parce qu’il leur arrivait souvent de vous viser sans le faire exprès. Mais quand ils arrivaient à mettre la balle au milieu, vous n’aviez plus qu’à attendre le bon moment. Et si vous touchiez la balle, il fallait la voir voler ! Chaque fois que je réussissais à l’atteindre, ça me faisait l’effet d’un miracle. J’avais l’impression que, en m’y prenant bien, je pourrais la satelliser. En fait, c’est comme ça qu’ils appelaient les home runs : « Elle est sur orbite », voilà ce qu’ils disaient en regardant la balle sortir du terrain et filer vers l’horizon. Ils avaient un genre de cloche de bateau, fixée au back stop, et chaque fois que quelqu’un renvoyait une balle, ils sonnaient la cloche pendant que le batteur faisait le tour des bases. C’était une très jolie coutume locale.

Bref, j’aimais bien ça. C’est un jeu magnifique, même quand on joue comme un pied. Les muscles que je faisais le plus travailler au cours de l’entraînement étaient ceux de mon estomac : j’avais des crampes à force de rire. Je commençai même à avoir un certain succès comme arrêt court. Quand j’attrapais des balles qui passaient à ma droite, je me retournais vers l’arrière pour lancer vers la première ou la seconde base. C’était ridicule, vraiment, mais les gens étaient impressionnés. J’étais le borgne au royaume des aveugles. Non qu’ils ne fussent de bons athlètes, comprenez-moi bien, mais ces gens-là n’avaient pas le sens du base-ball ; pour ça, il faut être tombé dans la marmite quand on est petit. Eux, ils aimaient jouer, c’est tout. Et je comprenais ça : ces balles jaune verdâtre qui volaient dans tous les sens sur ces terrains aussi grands que le monde, sous ce ciel violet… C’était vraiment magnifique. Ah, ce que nous pouvions nous amuser !

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