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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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— Vous êtes jeune et nouvelle dans la Patrouille, et…» Corwin reprit son souffle. Ce fut avec un peu plus de chaleur qu’il poursuivit : « Oui, vous aussi, on vous laisse la bride sur le cou. Impossible de faire autrement. Mais il y a votre motivation. Vous n’aviez aucune raison de faire ce que vous venez de faire, hormis votre sentimentalisme enfantin. Nous ne pouvons tolérer ce genre d’attitude, Tamberly. C’est beaucoup trop dangereux. »

Je ne pouvais pas rester sans rien faire alors qu’Aryuk, Tseshu, leurs enfants et leurs petits-enfants risquaient de se faire tabasser, voire tuer. Et je… je ne souhaitais pas que Loup-Rouge soit complice d’une telle atrocité. « J’ignore quel est l’article du règlement qui nous interdit de faire preuve de tendresse dans la mesure où cela ne met pas notre mission en danger. » Elle se façonna un sourire. « Je n’ose pas croire que vous n’ayez jamais commis d’acte semblable. »

Il demeura impassible un moment. Puis se fendit à son tour d’un sourire. « Touché* ! J’avoue. » Gravement : « Mais vous avez outrepassé votre autorité. Les choses n’iront pas plus loin, mais considérez cela comme une leçon, doublée d’une mise en garde. »

De nouveau affable : « Et maintenant que la question est réglée, je vous propose de rétablir nos relations diplomatiques. Asseyez-vous. Je vais faire un peu de café, nous l’arroserons d’une goutte de brandy et partagerons ensuite un bon repas, comme nous aurions dû le faire depuis longtemps.

— J’ai passé pas mal de temps sur le terrain, lui rappela-t-elle.

— Oui, oui. Mais à présent, nous sommes bloqués par le mauvais temps, et pour plusieurs jours.

— Je pensais sauter en aval, au premier jour de beau temps.

— Allons, ma chère, votre zèle est admirable, mais écoutez la voix de l’expérience. Il est fortement conseillé de céder de temps à autre au repos, au loisir et même à la paresse. L’excès de travail abrutit, vous savez. »

Ouais, et je vois à quel genre de détente tu penses, mon cochon. Mais elle ne s’offusqua point. C’était une idée toute naturelle étant donné les circonstances ; et sans doute considérait-il sa proposition comme un compliment. Cela dit : non merci. Comment vais-je me tirer de ce guêpier sans le vexer ?

V.

Celui-qui-Répond habitait dans la plus petite maison du village, à peine plus spacieuse qu’une hutte, car le chaman vivait seul, sauf quand le visitaient les démons qu’il devait repousser. Cependant, il arrivait souvent qu’un homme ou une femme de la tribu vienne le voir.

Renard-Véloce était assis près de lui devant le feu. À la lueur des flammes s’ajoutait une chiche lumière venue du trou ouvert dans le toit. Après la tempête, le ciel s’était éclairci et on sentait même un peu de chaleur dans l’air. Les objets magiques semblaient frémir dans la pénombre. Ils étaient peu nombreux : un tambour, un sifflet, des ossements gravés, des herbes séchées. Par ailleurs, le chaman ne possédait que peu d’ustensiles domestiques. Son existence participait avant tout du monde spirituel.

Il fixa son visiteur en plissant les yeux. Ils n’avaient échangé que des paroles prudentes. « Toi aussi, tu as des raisons de te sentir troublé », lui dit-il.

Une grimace déforma le visage rusé de Renard-Véloce. « Oui. Quelle est la proie que les deux étrangers traquent parmi nous ?

— Qui le sait ? souffla Celui-qui-Répond. J’ai cherché des visions pour m’éclairer sur eux. Aucune ne m’est venue.

— Ont-ils jeté des charmes contre toi ?

— Je le crains.

— Comment est-ce possible ?

— Nous sommes loin des sépultures de nos ancêtres. Durant notre périple, nous avons laissé nos morts derrière nous. Pour le moment, rares sont les défunts qui peuvent nous aider ici.

— Le spectre de Coureur-des-Neiges doit être très fort.

— Cela ne fait qu’un seul homme. Combien en compte le Peuple des Souris ? »

Renard-Véloce se mordit les lèvres. « C’est vrai. Le bœuf musqué et le bison sont plus forts que le loup, mais une meute de loups peut terrasser l’un comme l’autre. » Il réfléchit avant de reprendre : « Et pourtant… le Peuple des Souris honore-t-il ses morts comme nous le faisons ? Leurs spectres s’attardent-ils parmi eux ?

— Nous l’ignorons », dit Celui-qui-Répond.

Les deux hommes frissonnèrent. Un mystère est toujours plus terrifiant que la vérité.

« Grand-Homme et Cheveux-de-Soleil jouissent de grands pouvoirs et de charmes puissants, reprit Renard-Véloce au bout d’un temps. Ils se disent nos amis.

— Combien de temps vont-ils encore rester ici ? répliqua le chaman. Et nous aideraient-ils vraiment en cas de nécessité ? Et s’ils cherchaient à endormir notre méfiance pendant qu’ils ourdissent notre destruction ? »

Renard-Véloce eut un sourire ironique. « Leur seule présence menace ton statut.

— Il suffit ! rétorqua Celui-qui-Répond. Toi aussi, tu te sens menacé. »

Le chasseur baissa les yeux. « Eh bien… Loup-Rouge et la plupart des autres… les honorent plus qu’il n’est sage à mes yeux.

— Et Loup-Rouge t’écoute moins souvent que naguère.

— Il suffit ! » Renard-Véloce partit d’un petit rire. « Que ferais-tu si tu en avais la possibilité ?

— Si nous pouvions en apprendre davantage, acquérir un pouvoir sur eux…»

Renard-Véloce lui intima la prudence. « Il faudrait être fou pour les attaquer de front. Mais ils aiment le Peuple des Souris. C’est du moins vrai pour Cheveux-de-Soleil.

— Je pense comme toi. Et quels secrets, quels pouvoir partage-t-elle avec eux ?

— Ces hommes velus ne sont rien par eux-mêmes. Ils sont bel et bien semblables à la souris, dont le renard ne fait qu’une bouchée. Si nous les prenions par surprise, à l’insu de Grand-Homme et de Cheveux-de-Soleil…

— Peut-on agir sans que ces deux-là ne le sachent ?

— Je les ai déjà vus surpris par un événement imprévu, un lagopède surgissant d’un fourré, la glace qui se brise sous leurs pieds, des choses bien ordinaires. Ils n’ont pas conscience de tout ce qui se passe dans le monde… pas plus que toi ou moi.

— Tu es un homme audacieux…

— Audacieux, mais pas stupide, répliqua Renard-Véloce avec quelque impatience. Depuis combien de jours tournons-nous autour du pot, toi et moi ?

— Il est temps que nous parlions franchement, acquiesça Celui-qui-Répond. Tu envisages d’aller là-bas, sans doute chez cet Aryuk qu’elle chérit tout particulièrement, afin de lui faire cracher la vérité.

— J’ai besoin d’un compagnon.

— Je ne connais rien aux armes.

— Cela, c’est mon domaine. Toi, tu comprends les charmes, les démons, les spectres. » Renard-Véloce fixa le chaman. « Peux-tu faire le voyage ? »

L’autre répondit d’un air fâché : « Je ne suis pas un faible. » En vérité, c’était un homme sec et nerveux, et, bien qu’édenté et un peu myope, rapide à la course et même endurant.

« J’aurais dû te demander : souhaites-tu faire le voyage ? » rectifia le chasseur.

Calmé, Celui-qui-Répond opina. « Il va geler dans un jour ou deux, déclara-t-il. Cette neige si molle va devenir dure comme la pierre et il sera facile de marcher dessus. »

Une lueur d’impatience éclaira les yeux de Renard-Véloce, mais il conserva un air neutre et dit d’un ton pensif : « Mieux vaut que nous partions à la nuit tombée. Je dirai que j’effectue une reconnaissance pour me familiariser avec cette région, et aussi que je souhaite méditer en solitaire. » Une telle initiative ne surprendrait personne.

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