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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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Il fit quelques pas dans sa cage étroite, le jarret tendu et la tête haute, puis le triomphant éclat de son front se couvrit d’un nuage.

– Quant à connaître bien au juste le secret, reprit-il, ça n’y est pas encore, mais la démarche de M. Tupinier, surajoutée à mes calculs, y jette un demi-jour qui fait que dame! c’est sûr que je n’y vois encore goutte… Et pourtant, ça saute aux yeux, qu’il y a une conjoncture particulière dans la circonstance… ah! nom d’un cœur! si j’avais reçu les premiers éléments d’une meilleure éducation première…

Il tapa violemment sur son portefeuille gras et déplia de nouveau le fameux papier qui entretenait, dans son imagination romanesque, et cela depuis tant d’années, tout un monde d’espérances.

Il lut:

– Pétrat sube ondessimat… Pétrat, c’est bien sûr le nom de l’individu… Quel individu? Faudrait la subtilité de Similor pour s’en rendre compte… Est-ce de l’italien ou du chinois? Nantan-ket! comme disait le bas-breton dans Le Spectre de Concarneau où Laferrière jouait si mignonnement le noyé… sube? dame! vas-y voir! ondessimat… ou bien Onde et Simat, l’homme et la femme? cherche! Fili hitaire… on dirait presque du français, ça!… Siam… les jumeaux en venaient… Regomme domusse hantait Jeanne Huam… ça se comprend, que diable! ils s’aimaient, ces deux-là. Kuhéritez… La succession de Clare, parbleu! «héritez!» Moi, je ne demande pas mieux, d’abord! mais la manière… Ah! nom de nom.! c’est pas l’embarras, j’en ai mal à la tête! Savoir s’il faut se mettre au lit ou réveiller la petite pour tenir conseil ensemble nous deux. Ça la regarde encore plus que moi, puisqu’elle est l’enfant ravie par les bohémiens dans la montagne. Je vais toujours l’appeler.

Il mit la main au bouton d’une porte située en face de la sortie, et qui donnait sur un trou encore plus exigu que sa chambre à coucher.

La voiture d’Échalot n’était pas grande, il est vrai, mais ces maisons roulantes sont généralement aménagées avec une remarquable intelligence. Ce second trou était l’ancienne retraite de l’ingrat Saladin. Échalot, sensible par nature, ne put retenir un monologue.

– Enfant prodigue et fugitif, soupira-t-il, quand la porte fut ouverte, voilà donc l’air que tu respirais dedans à l’époque de ton innocence! La Providence se charge elle-même de te punir des crasses que tu m’as faites sans discontinuer, depuis le temps où je te donnais le sein avec ma cornue, plus commode même qu’un vrai biberon de chez le bandagiste. C’est à la veille de ma fortune faite, Saladin, avec laquelle je vais me retirer dans l’aisance, que tu as eu l’inconsistance de m’abandonner… comme c’est bête de ta part!

Il s’arrêta et poussa une exclamation d’étonnement.

Après le trou de Saladin, c’était la chambre de Lirette qui, dans la pensée d’Échalot, devait être endormie depuis longtemps, car elle était rentrée à dix heures (Dieu savait d’où), et minuit avait sonné déjà au restaurant du Père-Lathuile.

Pourtant, par les fentes de la porte, une vive lumière se montrait.

Il ne faut pas que le lecteur s’étonne si, après avoir utilisé les fentes du volet en faveur des curiosités de Cadet-l’Amour, nous nous servons maintenant des fentes de la porte de Lirette. Chez Échalot, les fentes abondaient partout, à ce point qu’on eût dit une maison à claire-voie.

Échalot, mécontent, pensa:

– Elle s’abîme la vue à lire des ouvrages d’imagination de Paul de Kock, Atala, Les Mousquetaires, et autres. Le spectacle, je comprends ça, mais les livres, n’en faut pas, ça occupe!

Et il colla son œil à la plus large des fissures, par laquelle on aurait aisément passé le doigt. Ici, autre et plus grand étonnement.

– C’est comme dans Peau-d’Âne! balbutia Échalot, qui resta bouche béante à regarder.

Lirette était assise auprès de sa petite table à ouvrage sur laquelle brûlait une lampe poussée à son maximum de lumière.

Le sommeil l’avait surprise pendant qu’elle ajustait le nœud élégant d’une ceinture de taffetas noir, selon le modèle d’une gravure de mode placée devant elle.

Ceci n’était rien encore.

Les fées du travail sont rares dans ces pauvres baraques où la paresse «artiste» règne d’ordinaire despotiquement, mais il s’en trouve, néanmoins, et je pourrais citer une des plus vénérables maisons de modes de Paris qui fait exécuter ses «délicatesses» par une danseuse de corde émérite.

Le surprenant, ici, c’était la toilette même qu’Échalot voyait pour la première fois sur le dos de sa pupille et pensionnaire.

Une robe de taffetas noir adorablement troussée, avec un corsage qui semblait en vérité sortir tout battant neuf des ateliers de Wortz-le-Conquérant.

C’était simple, mais charmant et cela paraissait d’une richesse folle dans le cadre d’un si misérable réduit.

Et si vous saviez comme Lirette était jolie là-dessous! Elle avait passé un peigne mouillé dans ses cheveux noirs, et cela lui faisait une coiffure enchantée. Sa tête pâle aux traits hardis mais exquis, se renversait dans ces boucles si belles et si douces qui brillaient comme si on les eût parsemées de jais. Le sommeil l’avait surprise au moment où elle piquait son aiguille, un sommeil souriant qui disait le rêve de l’enfant, étonnée de naître femme.

Peut-être Échalot n’était-il pas le meilleur juge possible des merveilleuses séductions offertes par ce tableau. Il se gratta pourtant le nez d’un air connaisseur et pensa tout haut:

– Où diable a-t-elle péché cette pelure-là? C’est mignon tout plein, quoique un tantinet de brimborions verts et rouges ne feraient pas mal là-dedans, histoire de régayer la nuance agréablement qu’est trop sombre.

Sa main se leva pour ouvrir, mais une réflexion le retint.

Ayant gratté suffisamment son nez, il passa à l’oreille, et se demanda franchement:

– Aurait-elle manqué à l’honneur!

Entendait-il ce grand mot comme don Diègue et Rodrigue?

Et encore, on ne sait pas bien comment ces deux rodomonts espagnols l’entendaient en espagnol. Notre grand Corneille a singulièrement nettoyé la poésie du vieux Guilhem de Castro, père du Cid.

Toujours est-il qu’en prononçant ces remarquables paroles, Échalot semblait bien scandalisé jusqu’à un certain point, mais son sourire était tout gaillard par-dessous.

Il était de son siècle.

Il appartenait, sans le savoir, à cette philosophie moderne qui voit toutes choses avec un miséricordieux sang-froid et grâce à laquelle les tuyaux de poêle des théâtres adultérophiles gagnent presque autant d’argent que les cheminées à vapeur.

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