Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #8
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:
Échalot aussi aurait pu éditer des systèmes de morale à la portée des belles habituées du Gymnase, mais il manquait d’orthographe.
Au bruit de la porte qu’il ouvrait, Lirette s’éveilla en sursaut.
Sa première impression à la vue d’Échalot fut un émoi confus. Elle se mit à rire comme on cherche une contenance, puis, son regard étant tombé sur sa robe de taffetas, elle rougit.
– Comme ça, dit Échalot, prenant, l’air froid et fin d’un juge d’instruction, tu as changé de peau, fillette?
Elle devint plus rose et ses sourcils eurent un léger froncement.
– Chérie, tu me planterais là à la régalade! C’est pas toi qui te gênerais pour ça!
«Liberté! libertas! reprit Échalot. Les femmes ce n’est pas des esclaves enchaînées par les anciennes mœurs et coutumes de la féodalité, mais n’empêche que de courir comme ça loin de mon regard, après la nuit tombée, ça devait avoir des conséquences analogues: je l’avais pronostiqué.
– Quelles conséquences? demanda Lirette, qui releva sa jolie tête hautaine.
– Robes de soie, pardié! repartit Échalot sans sévérité aucune, ceintures à bouts, corsages ruches, à la suite de quoi, peut-être, dentelles, pierres précieuses avec bijoux d’or et d’argent.
La fillette frappa du pied, et une larme de colère jaillit de ses yeux.
– M’avez-vous crue capable de cela, bon ami, dit-elle. C’est ici qu’était la sévérité.
Échalot baissa les yeux devant son regard et balbutia.
– Pour de l’offense, il n’y en a pas, petite, tu me remplaces momentanément toutes mes autres affections, et avec ton caractère, je sais bien que si je ne te surveille pas, tu me quitteras.
– Jamais je ne vous quitterai, dit Lirette, mais je ne veux pas être calomniée, même par vous.
Elle parlait un français net et droit, comme les ouvriers qui parlent français: chose moins rare qu’on ne le pense. Ce n’était pas la langue prétentieuse et maladroite des beaux diseurs du petit commerce: c’était encore moins l’idiome fantastique des lettrés de la foire dont Échalot faisait un si éloquent usage, c’était… Mon Dieu oui, c’était une voix juste qu’elle avait, ou un don, si vous voulez. Je le répète: elle parlait droit.
Cela vient tout seul à ceux, à celles surtout qui savent écouter et lire. En sa vie, Lirette avait eu occasion de causer avec d’autres gens que ceux de la foire. Nous en connaissons au moins deux, le prince Georges de Souzay et le Dr Abel Lenoir.
Il y avait une troisième personne sur qui Lirette avait pu prendre exemple: une amie, celle-là. Autrefois, la baraque d’Échalot était place de la Bastille. Échalot, en ce temps, allait voir parfois le bon Jaffret dont il avait soigné les oiseaux, et il amenait Lirette.
Mademoiselle Clotilde accourait alors, et c’étaient des parties de cache-cache à travers les grands corridors de l’hôtel Fitz-Roy, où Lirette semblait parfois se reconnaître mieux que mademoiselle Clotilde elle-même.
– La calomnie, reprit Échalot sentencieusement, est l’arme des traîtres et mauvais sujets de l’Ambigu joués par M. Chilly; ça ne me connaît pas. Je retire mes expressions puisqu’elles ont l’air de t’inconvenienter, mais n’empêche que l’heure des explications a sonné. En veux-tu?
– Je suis prête à répondre si vous m’interrogez.
– Bon! alors, en bref, où vas-tu le soir?
– À mes affaires.
– Bon. Est-ce les affaires du secret mystérieux de ta naissance, ou des rendez-vous romanesques, simplement d’amour?
– Les deux, interrompit Lirette, j’aime et je veux être riche, parce que celui que j’aime est un prince.
X Interrogatoire de Lirette
Échalot était précisément l’homme qu’il fallait pour trouver toute simple une pareille déclaration.
Il n’avait jamais vu de prince; mais les princes grouillaient dans les féeries de son imagination, et il répéta pour la troisième fois:
– Bon! Un prince, je conçois ça. Ce qui ne m’irait pas du tout à ma manière de voir, c’est si tu avais buté contre le premier venu du commerce ou même artiste pour faire connaissance avec. Quant à moi, privativement, je n’ai pas d’orgueilleuse fierté, étant jusqu’ici du peuple, quoique je pourrais aussi me découvrir une naissance. Il n’est jamais trop tard, et ma mère (sa voix trembla) décéderait plus contente, j’en suis sûr, si elle me pressait contre son cœur avant de mourir!
Il s’essuya les yeux et reprit:
– Ton prince t’aime-t-il?
– Non, pas encore, répondit Lirette tristement.
– Et il te flanque de la soie?
– Non, ce n’est pas lui.
– Qui donc, alors? Un bourgeois sérieux?
Ils étaient assis en face l’un de l’autre. Lirette avait repris sa chaise, Échalot s’était mis sur le pied du petit lit. Elle n’avait plus le moindre trouble, et son brave examinateur questionnait avec une débonnaire tranquillité.
– Je vous aime comme vous êtes, papa Échalot dit-elle; mais vous, vous ne savez pas qui je suis.
Il bondit, car il se méprit au sens de ces paroles, et il s’écria:
– Et toi, le saurais-tu, coquinette? As-tu découvert?…
– Je sais, répondit-elle, que je suis une honnête fille, voilà! La fièvre d’Échalot tomba à plat.
– Ça, dit-il, c’est bien mignon de ta part. Tu as raison… quoique d’entendre une jeunesse qui dit tout cru: «J’aime», ça n’annonce pas de la conduite.
– Ah! s’écria Lirette, je voudrais le dire à l’univers entier! Je l’aime! Je l’aime! Je l’aime!
– Excusez! ça coûterait en lettres de faire-part! Mais je suis fait pour comprendre l’amour, ayant éprouvé sa cuisson et ses délices, il n’y a pas encore bien longtemps. La passion est la principale fleur de notre existence… Veux-tu parler affaires, un petit peu, bobonne! Je te propose de prodiguer en ta faveur toute mon expérience et capacité. C’est bon de dire: «Je veux être riche», mais les voies et moyens… Voyons! Dévide ton petit chapelet.
– J’ai droit à une grande fortune, prononça tout bas Lirette.
– Mon idée y a toujours été conforme, approuva Échalot chaudement. Va, chacun de nous ici-bas est entouré de circonstances. Une voix intérieure me dit que je peux à chaque instant découvrir le secret de mes parents personnels avec des rentes et biens-fonds considérables, soit négociants, soit seigneurs de la cour dans le faubourg Saint-Germain. Seulement, y a les sarcasmes de la destinée: si tu attends aussi longtemps que moi… dame!
– Je n’attendrai pas, murmura Lirette, qui parlait comme malgré elle, et dont le sourire avait d’étranges gravités.
Échalot la regardait curieusement.
– Tu t’auras fait tirer les cartes? s’écria-t-il. Elle secoua la tête; il poursuivit:
– Tu auras parlé avec la somnambule lucide?…
– Non, interrompit la jeune fille, je ne crois pas à tout cela.
– À qui crois-tu donc?
– À Dieu… et à moi, fit Lirette.