Le Dico des dictionnaires
- Автор: Pruvost Jean
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions JC Lattès
- ISBN: 978-2709635684
- Жанр: Другие документальные фильмы
Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
Plus d’un siècle s’écoula. Nous voici au millésime 1992. Quelques-unes de ces illustrations n’ont pas disparu… Plus qu’on ne l’imagine. L’acanthe, l’agouti, l’aigle, l’aigrette, l’aiguière, l’ail, l’alambic, l’albatros, l’alcarazas, l’aloès, l’alouette, l’amande, l’ammonite, l’amphore, l’ananas sont toujours là. Certes, modifiées. Avec pour toutes ces illustrations une différence de taille qui donne au millésime 1992 une dimension particulière, la valeur d’un témoin privilégié de l’évolution de l’édition. Il suffit de se reporter à la quatrième de couverture du dictionnaire et de lire : « Nouveau. Toutes les illustrations en couleurs. »
L’illustration a proliféré, les planches, pleine page, demi-page, quart-de-page ont progressivement investi le texte, qu’il s’agisse par exemple, pour cette petite portion de l’alphabet, de l’abeille dont on présente le profil, la corbeille à pollen, le mâle ou faux bourdon, l’ouvrière, le développement larvaire dans l’alvéole ou l’architecture d’un rayon, ou encore des abysses avec « quelques exemples de la faune abyssale ». Et l’illustration étant devenue révélatrice de l’évolution matérielle d’une société, en même temps que de son univers de préoccupation, sont forcément apparues de nouvelles illustrations : l’accélérateur de particules illustré par « la portion du SpS (Super Synchrotron à protons) du Cern à Genève (diamètre de l’anneau : 2,2 kilomètres) », la batterie d’accumulateurs d’une automobile, l’acier et son « schéma d’élaboration », l’ADN et sa « structure en double hélice », enfin un écorché c’est-à-dire la présentation en coupe de l’aéroglisseur. Sans oublier les « différentes conceptions » d’un aéroport, l’aile libre (un deltaplane) et le système d’allumage classique du moteur à explosion non loin du « schéma d’élaboration de l’aluminium », sur une demi-page.
Rien ne vieillit plus rapidement que ce qui est nouveau dans un dictionnaire : plus d’aéroglisseur, ce véhicule, modernissime dans les années 1990, traversant quotidiennement la Manche de Boulogne-sur-Mer à Douvres, a été abandonné, mer houleuse et « shuttle » obligeant. Quant à l’accélérateur de particules du XXIe siècle, il fallut en changer l’illustration déjà dépassée en se concentrant sur « le site du grand collisionneur de hadrons (LHC) du Cern ». Qui nous dira la poésie des légendes ? « Le grand collisionneur de hadrons » !
L’introduction des illustrations dans les dictionnaires relève d’une histoire culturelle intimement liée aux progrès techniques. Ce sont les enluminures des textes sacrés, les lettres ornementales peintes, les miniatures des manuscrits médiévaux, qui constituent la source lointaine de l’illustration dans les dictionnaires, et notamment des lettrines qui ouvrent chaque section alphabétique de nos dictionnaires. Cependant, pour que du manuscrit, décoré à l’unité, on puisse passer au premier Petit Larousse illustré tout en couleurs du millésime 1992, il aura fallu en termes d’imprimerie lever bien des obstacles. Il va de soi que la métamorphose électronique de nombre de dictionnaires papier, avec l’introduction d’images en mouvement et sonorisées, représente une véritable révolution dans la fabrication du produit et dans sa consultation.
C’est au cours de la Renaissance que l’illustration imprimée gagne en quelque sorte son indépendance vis-à-vis du texte, dans la mesure où elle commence à pouvoir faire l’objet d’un ouvrage à elle seule, même si la technologie « démultipliante » lui fait perdre au passage la couleur que l’enlumineur ajoutait sur l’ouvrage individualisé. Les dessinateurs, les graveurs, les typographes, étroitement associés, font alors progresser les technologies et l’un d’entre eux, cumulant ces talents, Geoffroy Tory (1480–1533), publie en 1529 le Champfleury […], art et science de la due et vraye proportion des lettres […] proportionnées selon le corps et le visage humain, réformant l’art typographique et inspirant les éditeurs de dictionnaires français pour les deux siècles à venir.
Au XVIIe siècle, l’Orbis sensualium pictus d’Amos Comenius, édité à Nuremberg en 1658, fait date dans la mesure où les gravures sur bois introduisent l’image parallèlement aux mots, un principe didactique qui sera à terme repris par les dictionnaires. Pour l’heure, au moment où naissent les grands dictionnaires monolingues, à la fin du siècle, l’aspect illustratif se limite à une belle gravure allégorique placée souvent en face du titre, le frontispice, suivi parfois d’une vignette représentant une scène symbolique insérée dans la page de titre. En tête de chaque section alphabétique, on trouvera un « bandeau », c’est-à-dire une petite frise plus ou moins illustrée, puis la « lettrine » pour ouvrir le premier mot et, en fin de section alphabétique, s’il faut meubler un espace vide, un « cul de lampe ». Cependant, on sait déjà comme le déclare Furetière dans le Roman bourgeois que les illustrations servent « à faire acheter plus cher les livres »…
Le XVIIIe siècle, le bien nommé siècle des Lumières et de l’Encyclopédie, se démarque à l’égard des dictionnaires et plus largement à l’égard de tous les livres savants, par le développement des « planches », des « plates », tantôt insérées dans l’ouvrage, tantôt tirées à part. Ainsi, ce ne sont pas moins de onze volumes de planches qui sont présentés dans l’Encyclopédie. L’homme cultivé s’intéresse désormais de plus en plus à l’illustration didactique et l’aventure encyclopédique en est un reflet direct.