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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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Autre question immédiate un h ou une h ? Tout commence ici par le féminin. Ainsi, pour Pierre Richelet et son Dictionnaire françois, en 1680, pas de tergiversation : « Une H bien faite. » H est féminine… Dix ans plus tard, pour Antoine Furetière, dans son Dictionnaire universel : « H. subst. Fém. Elle ne se prononce point dans les mots qui ont une h, quand ils viennent du latin, & n’empêche pas l’élision, quand un e féminin précède le mot, mais elle s’aspire fortement dans les autres mots & empêsche l’élision. » Féminin donc, c’est confirmé. Tous à vos dictionnaires de latin ! Et l’Académie française, que dit-elle, en 1694 ? Féminin aussi. Jusqu’à la sixième édition, en 1835, ou il est bisexuel. « H. s. f. et m. » L’explication en est donnée : « Lorsqu’on l’appelle Ache, suivant la prononciation ancienne et usuelle, son nom est féminin. Une H (ache). Une grande H. Une petite h. » Jusqu’ici, on se trouve en terre connue. Ce qui suit surprend : « Il est masculin, lorsque, suivant la méthode moderne, on prononce cette lettre comme une simple aspiration, telle qu’elle est dans la première syllabe de héros. » Voilà qui est d’une obscure clarté.

Quelques décennies plus tard, qu’en est-il ? Chez Pierre Larousse par exemple, au tome neuvième du Grand Dictionnaire universel : « H, h. s. f. dans l’ancienne épellation m. dans la nouvelle (s’appelait ache autrefois, s’appelle he — e aspiré — aujourd’hui). » Et c’est ainsi qu’on découvre que dans la seconde moitié du XIXe siècle, on apprenait l’alphabet en prononçant H comme E, aspiré… : A, Bé, Cé, Dé, Eu, Ef, Gé, Heu… Ce ne sera plus ainsi au XXe siècle, on prononcera à nouveau H, comme ache. D’où sans doute, pour la huitième édition, en 1935, le retour à « Une H majuscule. Une grande, une petite h ». Cependant dans le Petit Larousse, millésime 1906, h était déjà masculin, et dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie, nous voilà en 2000, plus d’hésitation : « H (se prononce ache) n. m. invar. » Le genre masculin l’a emporté.

Avouons néanmoins qu’il y a matière à perplexité, parce que si vous consultez en 1972 l’Encyclopédie du bon français, il faut aller très avant dans l’article pour repérer que l’h pouvait être aussi substantif masculin, l’article qui lui est consacré commençant en effet ainsi : « 1. On distingue deux sortes d’h, l’h muette et l’h aspirée. » Ce n’est que dans la seconde colonne qu’on y évoque la possibilité d’un h masculin.

Quant à l’usage alors constaté, il donne le tournis : Ferdinand Brunot, grand grammairien du début du XXe siècle, puis Joseph Hanse, Jacques Damourette et Édouard Pichon, autres grammairiens qui prirent la suite, le font en effet féminin pendant que d’autres linguistes, Léon Clédat, Pierre Fouché et Maurice Grevisse, préfèrent le masculin… De fait, si on se tourne vers les écrivains, la même valse-hésitation se joue : ainsi Voltaire écrit-il « un h », attesté dans une lettre à Helvétius, du 27 octobre 1760, Jules Renard préfère de son côté « une h », repérée, dans son Journal, le 13 juin 1898. Mais pour Georges Duhamel, c’est « un h » et si Abel Herman écrit « une h », Colette et Maurois choisissent « un h ».

Il vaut mieux s’arrêter là, en évitant de se lancer dans la longue liste de la h aspirée…, avouons que cela sonne mal, du h aspiré, sonne mieux à nos oreilles contemporaines. Suivez l’astérisque. Un astérisque.

Ha, Haha…

Ha ! Ha ! Ha ! Il riait gras et frappait de sa canne, les losanges du plancher.

Paul Adam, L’Enfant d’Austerlitz, 1901.

Parfois, mots et phonétique interfèrent et perturbent l’ordre alphabétique ! Ainsi, le meilleur passage sur ha est-il à trouver dans le long article que Furetière consacre à la lettre H et non à l’article ha. Cependant, c’est aussi au deuxième paragraphe de l’article A de son Dictionnaire universel qu’on bénéficiera d’explications pertinentes sur Ha

Tout commence en effet par le fait que le son « A », affirme Furetière, « exprime presque tous les mouvements de notre âme ». Ha ? « Et pour rendre l’expression plus forte, on y ajoûte », insiste-t-il « une h devant ou après, comme dans l’admiration : Ha le beau tableau ! » Le lexicographe offre ensuite sans hésiter toute une gamme de sentiments : « Dans la joye : Ha quel plaisir ! Dans la colère : Ha méchant ! Dans la douleur : Ha la teste. » Du côté de la chasse ou de la course aux lévriers : « Dans le mouvement : Ha lévrier », formule qui laisse un peu perplexe. Mais on allait oublier le plus grave : « Dans la pasmoison : Ha je me meurs. »

S’agissant de lièvres — il a bien été question de lévriers — c’est dans l’article ha ha que Furetière se fait précis, en partant d’un univers qu’il connaît bien pour avoir été en procès pour son dictionnaire contesté dans sa légitimité par l’Académie : « Les Procureurs disent qu’ils prennent les lièvres à la chasse du ha ha, parce qu’ils font ce cri quand on leur en fait présent. » Furetière a-t-il lui-même offert des lièvres ?

Une rapide consultation du côté de Pierre Richelet de l’article ha, à son ordre alphabétique, fait honneur à Molière, deux fois cité sans références : « Ha, ha, ha ! ma foi, cela est tout à fait drôle » ; « Ha, ha ! coquins, vous avez l’audace d’aller sur nos brisées. » C’est Littré qui nous donnera les références de cette dernière citation, extraite des Précieuses ridicules, acte I. Pour la première citation, on reconnaît Le Bourgeois gentilhomme, acte I, scène 5, si on veut être précis.

Et vertiges de l’amour ou du mépris, suit chez Richelet un article de deux lignes qui ne peut manquer d’attirer l’attention : « Ha ha ! Ce mot se joint avec celui de vieille pour marquer une vieille décrépite et méchante. » Et le lexicographe d’attester l’existence du mot en offrant une citation de Scarron, qu’il cite en l’amputant d’un r, témoignant au passage du peu d’attention portée à l’orthographe des noms propres au XVIIe siècle. Citation très raffinée : « Vieille haha votre chien de fessier en a. Scaron. Poés. » Poésie ?

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