Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Триллеры » Le vol des cigognes
Le vol des cigognes - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le vol des cigognes

Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:

Premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le Vol des Cigognes lui a été inspiré par Voyages d'automne (1991), un reportage sur le suivi par satellites de la migration des cigognes.
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
1 ... 57 58 59 60 61 62 63 64 65 ... 85
Перейти на страницу:

En amont du ruisseau, on pouvait apercevoir un campement de baraques. Des fumées épaisses s'élevaient par des cheminées de tôle. Je m'acheminai vers le repaire d'Otto Kiefer.

C'était une nouvelle clairière, rouge et boueuse, encerclée de cahutes et de tentes de toile. Au centre, une longue planche était dressée sur des tréteaux, autour de laquelle une trentaine d'ouvriers buvaient du café et mangeaient du manioc. Quelques-uns étaient penchés au-dessus d'un poste de radio, tentant d'écouter RFI ou Radio-Bangui, malgré le vacarme des groupes générateurs. Des hordes de mouches se ruaient sur leurs visages.

Des feux barraient l'entrée des tentes. Dans les flammes, des singes grillaient, leurs poils crépitaient en produisant une odeur de came répugnante. Tout autour, des hommes frissonnaient de fièvre. Certains accumulaient les vêtements – vestes, pulls, toiles plastiques – troués et enchevêtrés dans un magma de replis. Ils portaient des chaussures dépareillées – des sandales, des bottes, des mocassins, qui s'ouvraient en mâchoires de crocodile. D'autres au contraire étaient à moitié nus. Je repérai un homme filiforme, enroulé dans un boubou turquoise, dont le crâne était surmonté d'une sorte de cône chinois tressé. Il venait de trancher la gorge d'un fourmilier et collectait avec précaution le sang de l'animal.

Il régnait ici une atmosphère contradictoire: un mélange d'espoir et de désespoir, d'impatience et de nonchalance, d'épuisement et d'excitation. Tous ces hommes appartenaient au même rêve perdu. Cramponnés à leurs désirs, ils vouaient leur vie au tâtonnement quotidien de leurs mains dans la boue écarlate. Je balayai, une dernière fois, le camp du regard. Il n'y avait pas l'ombre d'un véhicule. Ces hommes étaient les otages de la forêt.

Je m'approchai de la table. Quelques regards se levèrent, lentement. Un homme demanda:

– Que cherches-tu, patron?

– Otto Kiefer.

L'homme jeta un coup d'œil vers une cabane de tôle, au-dessus de laquelle une pancarte indiquait: «Direction». La porte était entrebâillée. Je frappai et pénétrai à l'intérieur. J'étais parfaitement calme, ma main cramponnée sur la crosse du Glock.

Le spectacle qui s'offrit à moi n'avait rien de terrifiant. Un grand type, dont la pâleur rappelait l'éclat livide d'un squelette, s'efforçait de réparer un magnétoscope posé sur une vieille télévision, modèle bois et métal. Il devait avoir soixante ans. Il portait le même chapeau que moi – un bob kaki, percé d'œillets cerclés de métal – et un tricot de peau grisâtre. Il arborait un holster vide à la ceinture. Sa figure était longue, osseuse et grêlée. Son nez piquait droit et ses lèvres étaient fines. Il leva les yeux dans ma direction. Bleu liquide, délavés et vides.

– Salut. C'que vous voulez?

– Vous êtes Otto Kiefer?

– J'suis Clément. Vous y connaissez quéq'chose en magnétoscopes?

– Pas vraiment. Où est Otto Kiefer?

L'homme ne répondit pas. Il se pencha de nouveau sur l'appareil, marmonna: «Me faudrait p't-être un tournevis.»

Je répétai:

– Savez-vous où est Kiefer?

Clément appuyait sur les touches, vérifiait les voyants. Au bout d'un instant, il esquissa une grimace. La terreur m'empoigna les tripes: le vieux avait les dents taillées en pointe.

– Qué'c'que vous lui voulez, à Kiefer? dit-il sans lever les yeux.

– Simplement lui poser quelques questions.

Le sexagénaire marmonna: «Me faudrait un tournevis. J'crois qu'j'ai c'qu'y m'faut par là.» Il me contourna, puis passa derrière un bureau en fer sur lequel tramaient des papiers humides et des cadavres de bouteilles. Il ouvrit le premier tiroir. Aussitôt je me ruai sur lui et refermai avec violence le tiroir sur sa main. J'appuyai de toutes mes forces sur son bras tendu. Le poignet craqua d'un coup sec. Clément ne broncha pas. Je poussai le dingue, qui alla s'écraser contre le bois humide. Sa main brisée était crispée sur un 38 Smith et Wesson. Je lui arrachai le flingue. Le vieux en profita pour me mordre la main, à pleines dents pointues. Je ne ressentis pas l'ombre d'une douleur. Je lui balançai un coup de crosse sur le visage, l'agrippai par son maillot et le hissai jusqu'à hauteur d'un calendrier exhibant une femme aux seins nus. Clément grimaça de nouveau. Il gardait dans sa bouche des filaments de ma peau. Je lui enfonçai le 38 dans les narines (cela devenait une habitude).

– Où est Kiefer, salopard?

L'homme susurra entre ses lèvres ensanglantées:

– Enculé. J'dirai rien.

J'abattis la crosse sur sa bouche. Une volée de dents gicla. Je serrai sa gorge. Du sang jaillissait de ses lèvres, coulant sur ma main serrée.

– Accouche, Clément, et dans deux minutes je suis dehors. Je te laisse à ta mine et tes dingueries de Pygmée blanc. Parle. Où est Kiefer?

Clément s'essuya la bouche de sa main valide et grommela:

– L'est pas là.

Je resserrai mon étreinte:

– Où est-il?

– J'sais pas.

Je lui cognai le crâne sur la paroi de bois. Les seins de la pin-up tremblèrent.

– Parle, Clément.

– L'est… l'est à Bayanga. A l'ouest d'ici. Vingt kilomètres…

Bayanga. Un déclic dans mon esprit. C'était le nom des plaines dont avait parlé M'Konta. Là-bas, chaque automne, les oiseaux migrateurs affluaient. Les cigognes étaient donc de retour. Je hurlai:

– Il est parti rejoindre les oiseaux?

– Les oiseaux? Quels… quels oiseaux?

Le vampire ne jouait pas la comédie. Il ne savait rien du système. Je repris:

– Quand est-il parti?

– Deux mois.

– Deux mois, tu es sûr?

– Ouais.

– En hélicoptère?

– Bien sûr.

Je serrais toujours le cou du vieux reptile. Sa peau ridée se gonflait, en quête d'oxygène. J'étais désorienté. Ces informations ne concordaient avec aucune de mes prévisions.

– Et depuis, tu n'as reçu aucune nouvelle?

– Non… aucune…

– Il est toujours à Bayanga?

– J'sais pas…

– Et l'hélicoptère? L'hélicoptère est revenu, il y a environ une semaine, non?

– Ouais.

– Qui était à bord?

– J'sais pas. J'ai rien vu.

Je lui cognai la tête contre la paroi. L'image de la pin-up se décrocha. Clément toussa, puis cracha du sang. Il répéta:

– J'te jure. J'ai rien vu. On… on a juste entendu l'hélicoptère. C'est tout. Z'ont pas atterri à la mine. J'te jure!

Clément ne savait rien. Il n'appartenait ni au système des diamants ni à celui des cœurs volés. Aux yeux de Kiefer, il ne valait sans doute pas plus que la boue qui lui collait au derrière. J'insistai pourtant:

– Et Kiefer? Etait-il du voyage?

Le vieux prospecteur ricana de toutes ses dents aiguës. Il couina:

– Kiefer? Peut plus aller avec personne.

– Pourquoi?

– L'est malade.

– Malade? Qu'est-ce que tu racontes, bon Dieu? Le sexagénaire répétait, en secouant sa vieille carcasse:

– Malade. Kiefer l'est malade. Ma… malade… Clément étouffait dans son rire ensanglanté. Je relâchai mon étreinte et le laissai s'écrouler au sol.

– Quelle maladie, vieux dingue? Parle.

Il me lança un regard de biais, celui de toutes les folies, puis grinça:

– Sida. Kiefer a le sida.

42

Je m'enfuis à toutes jambes, à travers la forêt, rejoignis Beckés, Tïna et les autres. Je soignai ma main, puis ordonnai un nouveau départ – en direction de Bayanga. Nous reprîmes notre route, droit vers l'ouest, empruntant cette fois une piste plus large. Le voyage dura dix heures. Dix heures de course silencieuse, essoufflée, hagarde, que nous ne stoppâmes qu'une seule fois, pour manger des restes froids de manioc. La pluie avait repris. Des cordes inlassables, auxquelles nous ne prêtions plus aucune attention. Nos vêtements alourdis collaient à la peau et entravaient notre marche. Pourtant, notre rythme ne faiblit pas et, à vingt heures, Bayanga apparut.

1 ... 57 58 59 60 61 62 63 64 65 ... 85
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)